Alain Finkielkraut
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Lettre ouverte Ă Alain Finkielkraut |
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Les propos d’Alain Finkielkraut ne méritaient pas de réponse. Pourquoi en effet accorder de l’attention à ce philosophe et producteur chez France-Culture qui considère encore les bandes dessinées comme étant des « illustrés » ? Pourquoi  réagir quand il déclare : « Quand on me raconte une histoire, j’ai besoin qu’on me donne à penser, qu’on me donne l’envie d’interrompre ma lecture et de lever la tête, pas qu’on dessine pour moi les héros. » ? Parce que ces paroles ont eu de l’audience. Elles ont été publiées dans Libération du 26 janvier et réitérées à l’antenne de France Inter. Il n’y a pas de raison de laisser dire. L’Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée, par le biais de son président Jean-Christophe Ogier, a rédigé un texte en réaction. Libération n’a pas souhaité le publier pour l’instant. A nous de le faire circuler.
« Lettre ouverte Ă Alain Finkielkraut et Ă ceux qui ont encore besoin qu’on leur explique la bande dessinĂ©e Cette rĂ©ponse a Ă©tĂ© rĂ©digĂ©e le lendemain du festival d’AngoulĂŞme le 28 janvier 2008. LibĂ©ration n’a, pour l’heure, pas jugĂ© utile de la diffuser. Quand Alain Finkielkraut dit « Quand on me raconte une histoire, j’ai besoin qu’on me donne Ă penser, qu’on me donne l’envie d’interrompre ma lecture et de lever la tĂŞte », sait-il qu’il dit lĂ exactement les mots qui dĂ©finissent la manière dont un lecteur se saisit d’une bande dessinĂ©e ? Non, sans aucun doute, non. Si tel Ă©tait le cas, le philosophe n’ajouterait pas comme il le fit dans l’entretien accordĂ© Ă LibĂ©ration, le week-end mĂŞme oĂą se tenait le Festival International de la Bande dessinĂ©e d’AngoulĂŞme. « La beautĂ© des livres, c’est qu’ils sont sans images et qu’ils offrent ainsi libre carrière Ă l’imagination. |
Il y a tant de livres Ă lire, de toiles Ă admirer, que je n’ai pas de temps Ă perdre pour ce qu’on appelait autrefois des illustrĂ©s ». Ah, l’Ă©ternelle question de la reconnaissance de la bande dessinĂ©e au pays de Christophe (le crĂ©ateur du Sapeur Camember pas des Mots Bleus) et d’AstĂ©rix. Voici donc la “bĂ©dĂ©” une fois encore renvoyĂ©e en bas de page, pour ne pas dire au ban de la culture.          Nous n’avons rien contre les illustrĂ©s qui ravirent les enfants d’hier. Mais rĂ©duire la bande dessinĂ©e aux illustrĂ©s relève d’une dĂ©marche qui cantonnerait systĂ©matiquement la littĂ©rature Ă Oui-oui et au Club des 5. Personne n’y songerait. Qu’un philosophe puisse le faire sans remords ni crainte de provoquer un immense Ă©clat de rire nous en dit donc autant sur les limites de cette pensĂ©e que sur la place que tient encore aujourd’hui la bande dessinĂ©e dans la rĂ©flexion commune. La bande dessinĂ©e a le mĂŞme âge que le cinĂ©ma qui, lui, empĂŞche par nature toute interruption du rĂ©cit, mais que nul ne songerait Ă condamner en bloc parce qu’il oserait associer aux mots des images, et plus encore de la musique et des bruits… de quoi empĂŞcher Alain Finkielkraut de penser. Il est remarquable que PersĂ©polis, le film de Marjane Satrapi soit Ă juste titre saluĂ©, primĂ© et commentĂ© sur toutes les chaĂ®nes de radio et tĂ©lĂ©, dans tous les journaux alors mĂŞme que la bande dessinĂ©e PersĂ©polis, au moins aussi forte voire plus convaincante encore dans ce qu’elle porte de rĂ©flexion et d’Ă©motion, n’avait guère Ă sa sortie dĂ©passĂ© le cercle des chroniqueurs “BD”.Après plus d’un siècle de bandes dessinĂ©es nous ne cessons d’espĂ©rer que le 9ème art n’ait plus Ă faire la preuve de son incomparable richesse, de sa puissance d’Ă©vocation et de partage d’imaginaires complexes et subtils, sans oublier l’essentiel : de sa rĂ©sistance absolue Ă toute tentative de rĂ©duire la bande dessinĂ©e Ă du texte “illustrĂ©”. On sait dĂ©sormais qu’aux cĂ´tĂ©s de Shoah, le film de Claude Lanzmann, et de Si c’est un homme, le tĂ©moignage littĂ©raire de Primo Levi, la bande dessinĂ©e Maus de l’AmĂ©ricain Art Spiegelman est indĂ©niablement l’une des rares Ĺ“uvres ayant permis d’approcher l’indicible. C’est aussi ce que prouve LĂ oĂą vont nos pères de l’Australien Shaun Tan couronnĂ© il y a quelques jours meilleur album de l’annĂ©e Ă AngoulĂŞme. Pour faire toucher du doigt, de l’Ĺ“il (et de l’oreille !) la difficultĂ© de l’Ă©tranger abordant une nouvelle terre, ici point de dialogue, tout est dessin, couleurs sĂ©pias, bestiaire Ă©tonnant, objets incongrus. Et le blanc entre les cases pour respirer et rĂ©flĂ©chir. |
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Comme garantie d’intelligence, pour Ă©chapper Ă la relĂ©gation Ă laquelle nous condamne Alain Finkielkraut lorsqu’il conclut sa diatribe en dĂ©clarant « les enfants gâtĂ©s veulent rester des enfants », faut-il rappeler l’attachement que portent Ă la bande dessinĂ©e Michel Serres, Umberto Eco ou Alain Resnais ? Ce dernier Ă©voquait rĂ©cemment dans un documentaire de France Culture la difficultĂ© qu’il y a à « lire une bande dessinĂ©e » (le verbe lui-mĂŞme est impropre). Tout le monde ne peut pas comprendre ce qui rattache le lecteur Ă la bande dessinĂ©e. Mais le mĂ©pris pour ce mode d’expression artistique populaire et Ă©litaire n’est plus tolĂ©rable. »          Jean-Christophe Ogier, 28 janvier 2008
au nom de l’ACBD (Association des Critiques et journalistes de Bande DessinĂ©e)      |
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| Images © Fabrice Tarrin |
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5 mars 2008 à 18:47
Selon M. Finkielkraut “l’enfant gâtĂ© a succĂ©dĂ© Ă l’homme cultivĂ©”. Sa diatribe envers la BD ne dĂ©montre qu’une seule chose : c’est qu’il est ignorant en matière de BD. Ce n’est que pĂ©chĂ© vĂ©niel qui pourrait ĂŞtre totalement pardonnable si cette ignorance n’était doublĂ©e d’arrogance. M. Finkielkraut agit en enfant gâtĂ© et non en homme cultivĂ©. Son sombre constat sur la sociĂ©tĂ© contemporaine s’applique donc et avant tout Ă lui-mĂŞme.
Petite question en forme de boutade pour finir : Monsieur aime les livres sans images ? Que fait-il au cinéma ? Ferme t-il les yeux pour laisser « libre carrière à son imagination » ?
7 mars 2008 à 12:24
Monsieur le “philosophe”,
Avez-vous fait - pour faire simple-, le distingo entre BD d’adultes et BD destinĂ©es Ă des jeunes publics ? Cela ne semble pas ĂŞtre le cas, car vous semblez mettre dans le mĂŞme sac ces deux types sous la rubrique “les illustrĂ©s” en rĂ©fĂ©rence aux magazines, journaux et certains comics etc…destinĂ©s Ă ces jeunes publics; illustrĂ©s qui fleurissaient du temps de votre jeunesse sans percevoir que derrière ceux-ci, toute une forĂŞt foisonnante de crĂ©ativitĂ© se dĂ©veloppait pour aborder par d’autres voies les problèmes de sociĂ©tĂ© ou d’histoire immĂ©diate… Les titres de BD abondent ; renseignez-vous.
Avez-vous, monsieur le philosophe, envisagĂ© l’intĂ©rĂŞt pĂ©dagogique de la BD, support que l’Education Nationale a reconnu comme outil Ă part entière parmi l’ensemble du panel mobilisable par les enseignants, du primaire au lycĂ©e ? Et ce n’est pas anecdotique. Nous sommes dans une sociĂ©tĂ© d’images et certains publics scolaires ont plus de facilitĂ© pour parvenir aux savoirs par ce biais que par les “ouvrages sans image”. Lisez les ouvrages de pĂ©dagogie consacrĂ©s Ă la BD et rappelez-vous que vous avez Ă©tĂ© jeune….
10 mars 2008 à 0:03
Je savais une tripotĂ©e de philosophes un peu lourd depuis quelque temps, je pense que c’est une mode. De plus en plus ils balancent des vannes Ă quatre sous, se la jouent ( ils lisent des livres savants sans image). Je ne suis pas philosophe moi, encore moins intello, je suis ouvrier. L’image incite Ă la lecture d’un texte pour plus de cinquante pour cent de la population. Le dessin, sans parler de la dĂ©marche artistique conforte le lecteur dans la comprĂ©hension du texte, nous n’avons pas tous ta culture “d’Ă©rudit” mon cher Finkielkraut. Pour faire court, quand on ne sait pas on ferme sa gueule… Serge