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«L’image diabolisée, méprisée »

Rosinski et Zep estiment que l’art contemporain se noie souvent et affirment que les meilleurs artistes d’art figuratif de notre temps sont des auteurs de bandes dessinées.
Dans l’art contemporain, il y a des courants, des vagues successives. Aujourd’hui la roue tourne. Le dessin redevient quelque chose de noble. Je n’ai jamais voulu me mêler aux tendances crétines de l’art contemporain qui s’est fourvoyé. Tout casser, d’accord, mais pour quoi ? En arriver à mépriser la peinture et le dessin ? On assiste à un juste retour des choses. La bande dessinée est pétrie de gens de talent. Pour raconter une histoire, il faut savoir tout dessiner - les personnages, les expressions, les mouvements, les décors - et savoir raconter. Il y a une formidable exigence dans la bande dessinée. Mais nous sommes dans un pays où le verbe est prédominant et l’image méprisée. Regardez la critique, c’est édifiant. Et cela ne date pas d’aujourd’hui. Rappelez-vous les critiques de l’époque « nouvelle vague ». Pour eux, le cinéma venait du verbe, pas de l’image. L’image c’était dégradant, futile, alors que le texte était primordial. Aujourd’hui encore on méprise les dessinateurs. Sur le plan fiscal, seul le scénariste de bande dessinée est considéré comme un auteur. Il est donc le seul à bénéficier d’abattements fiscaux.

C’est une hérésie ! Du temps de ma collaboration avec Pierre Christin, j’ai osé faire mes déclarations en tant qu’auteur. Résultat, des démêlés avec le fisc. J’ai perdu d’une manière absolument honteuse. Nous vivons dans un monde, en France principalement, où l’image a toujours été diabolisée ou méprisée. Je suis donc sur la même longueur d’onde que mes camarades Rosinski et Zep.
Vos planches sont composées de petits tableaux indépendants. Accrocher un Bilal à son mur coûte cher ?
D’abord j’en vends peu *. D’où une cote assez élevée. Pour un petit dessin, il faut compter entre 750 et 9 000 euros. Mais des expos circulent. L’une d’elles vient de se tenir en Inde, à l’ambassade de France à New Delhi et au mémorial de la reine Victoria à Calcutta. 114 000 visiteurs en trois semaines. Les Indiens sont d’une curiosité incroyable. Ils viennent en famille, c’est magnifique. Des femmes voilées baissent le foulard devant certaines images. C’est drôle et émouvant.

* 30 œuvres de Rendez-vous à Paris seront exposées, mais non vendues, à la galerie Christian Desbois du 3 juin au 8 juillet. 14 avenue de La Bourdonnais 75007 Paris.

Propos recueillis par Jean-Pierre Fuéri

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