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BoDoï, explorateur de bandes dessinées – Infos BD, comics, mangas | October 18, 2017

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2 Comments

Dans l’atelier de Frank Margerin (2)

21 octobre 2008 |


lucien_case_01.jpgSon trait

« Je ne me sens aujourd’hui pas particulièrement fier de ma façon de dessiner. Mais j’ai tout de même nettement progressé par rapport à mon premier Lucien ! J’avais alors un gros problème de proportions : je travaillais dans l’urgence, mais de façon totalement décontractée. Avec le recul, il semblait que je dessinais du pied gauche, et mes textes étaient illisibles…

En 1992, j’ai reçu le Grand Prix à Angoulême. Cela m’a donné confiance en moi, j’avais l’impression d’être reconnu par le milieu. Sans ressentir de complexe d’infériorité, je ne me suis jamais trouvé particulièrement brillant. Mais des gens comme Reiser et Wolinski ont montré qu’un trait techniquement peu performant pouvait avoir une force incroyable et faire passer des messages et des émotions. Heureusement, la puissance d’un style n’est pas liée à l’esthétisme académique.

Je me situe dans le franco-belge classique, j’aime les gros nez. J’ai toujours voulu faire rire, c’est ma nature. Si je n’avais pas su dessiner, j’aurais joué la comédie. Même s’il n’est pas terrible, mon trait est identifiable au premier regard, et cela me plaît. Je suis bien conscient de mes faiblesses, je tente de faire des scénarios plus fouillés. Graphiquement, je n’utilise pas d’effets virtuoses. J’ai renoncé depuis longtemps aux plongées et contre-plongées, trop compliquées à réaliser. À ma table de travail, je peux passer une journée sur un crayonné et trois ou quatre jours au total sur une planche. Par contre, je suis très rapide quand il s’agit de dessiner en public, je me transforme en Lucky Luke de la dédicace ! »

Sa méthode de travail

margerin_lucien_01.jpg« Je n’en ai pas vraiment. L’idéal serait de me lever tôt. Mon fils m’y aidait beaucoup quand je l’amenais à l’école… Mais il s’agit ensuite de ne pas me laisser embarquer par cette énorme banque d’images qu’est Internet. Quand je cherche la photo d’un pare-choc de 403 par souci de fidélité, je peux de fil en aiguille passer trois heures sur des sites de collectionneurs de voitures. Et puis il y a les bonnes blagues des copains qui arrivent par mail… Une fois que je suis lancé, je peux très bien continuer à travailler pendant des heures, ou bien m’arrêter cinq minutes après. Je n’ai aucune régularité, c’est mon drame ! Je ne deviens sérieux que lorsqu’il y a urgence. »

Son éditeur

« Historiquement, Lucien est né chez Les Humanos, un éditeur auquel je suis très attaché. Quand le bateau a tangué [Les Humanos sont en crise financière depuis plusieurs mois], je n’ai pas voulu quitter le navire. Mais je savais que Louis Delas, le patron de Casterman [auquel appartiennent les éditions et le magazine Fluide Glacial], me voulait depuis quelques années. Même si je n’étais pas payé ces derniers temps, je suis resté aux Humanos. Jusqu’à ce que Fabrice Giger, le P-DG, me parle de la proposition faite par Louis Delas de racheter Lucien : cela semblait l’arranger car cette vente allait rapporter de l’argent. J’ai dit oui. »

margerin_flytox.jpgLa musique

« Gamin, tout mon argent passait dans des vinyles de rock. Aux Arts Appliqués, j’ai rencontré Denis Sire, que j’allais voir en concert avec son groupe Les Crados. Moi, comme j’avais un combi Volkswagen, j’étais le mec qui amenait le matériel. Et puis, petit à petit, j’ai participé en faisant les chœurs, en jouant des maracas ou du bongo… Mais je n’étais qu’un simple figurant. Dans les années 80, pour Angoulême et pour rigoler, on a voulu avec Denis monter un autre groupe. Ce fut Dennis Twist, dont firent partie, entre autres, Jean-Claude Denis, Philippe Vuillemin et Dodo. Nous faisions ça pour rigoler, mais le mari d’une des choristes était ingénieur du son et nous a proposé d’enregistrer un disque. En 1986, nous sommes passés devant les pros dans les hit-parades, avec la chanson Tu dis que tu l’M. Dennis Twist était à égalité avec des groupes comme Niagara ou L’Affaire Louis Trio. C’était une vraie surprise, et nos copains musiciens étaient dégoûtés ! Ensuite, il a fallu faire de la promo télé chez Drucker ou Sabatier. C’était drôle, je faisais du playback comme choriste. Une fois, j’ai même mimé la partie synthé du morceau…

Je ne travaille véritablement la musique que depuis dix ans à peine. Tout a commencé à cause d’un inconnu qui m’appelait pour me demander un dessin de Lucien sur une Harley, avec une guitare dans le dos. J’oublie sa demande, il me rappelle gentiment, j’oublie à nouveau, il me rappelle encore et ainsi de suite. Comme il est sympa, je finis par lui faire son dessin. Je tente de le lui offrir, mais il veut me payer, chose que je refuse. Comme il est prof de guitare, il me propose d’échanger le dessin contre des cours. J’avais 47 ans, et commencer à cet âge avancé ne me paraissait pas très raisonnable. Mais je me suis lancé. J’ai débuté avec une guitare d’enfant qui traînait. J’ai souffert, je me suis accroché. Aujourd’hui, je continue à prendre un cours de guitare par mois avec Alain – c’est son nom. Il m’apprend des morceaux classiques, du blues. Nous sommes devenus copains, je le mets souvent dans mes bandes dessinées. Il faut dire que c’est un personnage : il porte des santiags rouges, un perfecto, roule en Harley mais ne joue pas de rock. C’est un compromis entre John Wayne et Johnny Hallyday, au corps couvert de tatouages représentant des héros de BD. »

Ses projets

« Lucien va paraître dans le mensuel Fluide Glacial. Je cherche encore ce que je vais lui faire faire… Mais je sens qu’il va lui arriver des choses avec son fils ado. Ce sera une façon indirecte de faire participer mon propre gamin à mon travail ! »

Propos recueillis par Laurence Le Saux

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Lucien #9

Par Frank Margerin.
Fluide Glacial, 9,95 €, le 8 octobre.

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Photos de ce dossier © BoDoï et images © Fluide Glacial
margerin_couv_lucien.jpglucien_planche_01.jpglucien_planche_03.jpg

Un petit film d’une dizaine de minutes réalisé par Fluide Glacial pour fêter l’arrivée de Lucien,
de Frank Margerin, dans ses pages :

Commentaires

  1. philippe

    Lucien ce sont mes bd préférées entre toutes, que je ne me lasse pas de relire, tous Ces livres sont le reflet exact de la vie, F.Margerin est vraiment super génial, et j’aimerais beaucoup le rencontrer !
    Je vieillis, Lucien aussi, et ça fait plaisir de voir qu’il est toujours le même, et toujours aussi populaire.
    J’ai adoré dans « le danger public » « en descendant, je monte à 140″ la conduite du beauf, dans sa 403, le père de Manu !
    Vraiment top, monsieur Margerin, continuez, editez des albums, c’est un immense moment de plaisir que de vous lire !

  2. Depuis ses débuts dans Métal Hurlant, vers 1978, Frank Margerin m’a bien fait rire, notamment avec son Lucien et ses copains rockers. Il est devenu célèbre, mais a su garder toute sa gentillesse. J’ai eu l’occasion de le rencontrer lors de séances de dédicaces, et je garde un excellent souvenir de ces rencontres, où il discute, ou plutôt plaisante avec son public, tout en dessinant.
    Efficacité, gentillesse, constance, popularité, voila ce qui fait un grand auteur de BD.

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