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Futuropolis: bilan de cinq ans d’édition par Patrice Margotin

16 mai 2011 |

futuro_introElle vient de fêter ses cinq ans. La maison d’édition Futuropolis – nouvelle version – publie des artistes estimés (Jean-Pierre Gibrat, Etienne Davodeau, David Prudhomme, David B., Blutch, Kris, Christian Lax…), s’intéresse à la marche du monde ou à l’environnement de l’homme – Gaza 1956 de Joe Sacco, Voyage aux îles de la Désolation d’Emmanuel Lepage. Et fabrique des livres soignés, au papier épais et aux couvertures cartonnées. L’occasion de faire le point sur un éditeur à l’histoire complexe (dont la première période a été racontée par Florence Cestac dans La Véritable Histoire de Futuropolis, chez… Dargaud). Entretien avec son directeur général Patrice Margotin, ancien de Nestlé et créateur en 1998 de la division marketing de Galimard.

logo_futuroComment Futuropolis est-il né ?
C’était au départ une librairie spécialisée en bandes dessinées, créée en 1974 par Etienne Robial et Florence Cestac. Ces derniers l’ont transformée en maison d’édition, publiant notamment Edmond-François Calvo (La Bête est morte) ou le jeune et prometteur Jacques Tardi. En 1987, le secteur connut une crise terrible. Futuropolis était alors aux abois, au bord du gouffre. Par conviction éditoriale, Antoine Gallimard lui tendit alors la main, l’intégrant à son groupe et lui ouvrant le catalogue d’auteurs Gallimard. futuro_debaucheSept ans plus tard, Etienne Robial quittait le navire, pour devenir directeur artistique de Canal Plus. Antoine Gallimard, qui souhaitait poursuivre l’aventure, fut désarçonné par ce départ, d’autant qu’autant successeur n’avait été formé – les vrais héritiers de Robial, diront certains, étant les fondateurs de L’Association.

Commence alors une longue période de sommeil pour la maison d’édition…
Oui, car malgré sa volonté de relancer la machine, Antoine Gallimard peine à trouver la bonne personne pour le faire. En 2003, Mourad Boudjellal, patron de Soleil, veut réveiller la belle endormie. Il propose intelligemment de faire alliance, en créant une joint venture.

C’est à dire ?
Il s’agissait d’allier le savoir-faire technique – notamment la production et la diffusion – de Soleil à l’âme éditoriale de Gallimard. A l’époque, j’avais été chargé par Antoine Gallimard de rencontrer Mourad Boudjellal : l’homme m’avait bluffé par son énergie et sa capacité à saisir l’air du temps. En mars 2004, un accord était signé, accordant à Mourad et moi-même la double gérance de Futuropolis.

futuro_editeursQuelle ligne éditoriale était alors envisagée ?
Ce qui m’intéressait, c’était la collection Aire Libre chez Dupuis. Je souhaitais que l’on mêle un propos fort, un regard sur le monde et une exigence graphique – et c’est toujours le cas. Avant le rachat de Dupuis par Dargaud fin 2004, nous avons embauché une partie de l’équipe : l’éditeur Sébastien Gnaedig et le directeur artistique Didier Gonord. Les premiers livres de ce « nouveau » Futuropolis sont sortis en septembre 2005. L’éditeur Claude Gendrot, anciennement chez Dupuis, nous a ensuite rejoints, amenant chez nous des auteurs comme Jean-Pierre Gibrat ou Christian Lax. Ça a été ensuite le tour d’Alain David [ancien collaborateur de Rackham, Vertige Graphic ou Casterman], plus versé dans la bande dessinée anglo-saxonne.

futuro_immigrantsComment la politique éditoriale de Futuropolis a-t-elle évolué depuis ?
Au départ, nous avons frôlé les livres de « genre », avec par exemple la collection feuilletonnesque 32, qui a été un échec. Nous avons appris à resserrer notre propos, à nous radicaliser avec des titres qui portent un vrai regard sur le monde.

A quelle hauteur Gallimard est-il aujourd’hui impliqué dans Futuropolis ?
Gallimard et Soleil possédaient 50% chacun de Futuro. Depuis deux ans, l’équilibre des forces en présence a changé : Gallimard en détient désormais 75%, et Soleil 25%. Cela paraît plus naturel, puisque la ligne éditoriale de Futuropolis est plus proche de celle de Gallimard que de celle de Soleil.

Comment votre production se porte-t-elle ?
De 50 albums par an, nous l’avons ramenée à un niveau légèrement inférieur, de 30 à 40 livres par an. Il nous semble difficile d’en soutenir correctement un nombre plus grand. Il ne sert à rien d’inonder les étals des libraires, les meilleurs résultats financiers s’obtiennent en réduisant la production et en s’occupant plus attentivement de chaque ouvrage.

Quel est le chiffre d’affaires de la maison d’édition ?
Nous avons fait une très belle année en 2010, puisqu’il a augmenté de 70%, atteignant 10 millions d’euros. Nous sommes depuis peu à l’équilibre.

futuro_gazaComment l’expliquez-vous ?
Par un fonds qui s’installe progressivement – mais très sérieusement -, et des succès impressionnants comme Gaza 1956, dont plus de 30 000 exemplaires ont été vendus.

Pourquoi n’a-t-on pas vu de stand Futuropolis au Festival d’Angoulême cette année ?
Nous avions organisé juste avant une grosse fête à Paris afin de célébrer nos cinq ans, et nous n’avions pas envie de nous remettre au travail. Nous aurions pu assumer les deux, mais ç’aurait été compliqué au niveau du timing, car notre équipe est légère. Nous retournerons l’année prochaine à Angoulême.

Quelle est votre position concernant la BD numérique ?
Nous préparons l’adaptation des albums existants, en accord avec les auteurs dont les droits seront au moins égaux à ceux pour le livre papier, et révisables avec des clauses de revoyure. Nous attendons que l’outil technique choisi – avec une double lecture possible, soit case par case, soit planche par planche – soit parfaitement au point avant de nous lancer : nous ne sommes pas pressés, il n’y aura pas de prime au premier entrant !

futuro_lulu

Qu’en est-il de la création numérique ?
Nous ne l’avons pas intégrée à notre réflexion pour l’instant. Nous verrons si des auteurs proposent des idées intéressantes, il sera alors temps de réfléchir à la forme que nous pourrons leur donner.

Quels projets stratégiques pour Futuropolis ?
Nous nous attachons à développer des exploitations dérivées de nos albums, au cinéma par exemple. Les propos de nos auteurs ont une résonance importante, qui transcende le médium BD. Nous avons plusieurs projets dans les tuyaux, dont l’adaptation de Lulu d’Etienne Davodeau sur grand écran par Solveig Anspach. Nous nous concentrons aussi sur les cessions de droits à l’étranger, qui concernent les deux tiers de notre catalogue. Ainsi, Tardi s’implante doucement aux Etats-Unis, et David B. en Espagne, en Allemagne ou en Italie.

Propos recueillis par Laurence Le Saux

Images © Futuropolis

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