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BoDoï, explorateur de bandes dessinées – Infos BD, comics, mangas | October 21, 2017

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22 Comments

Watchmen, le film: l’Apocalypse bling-bling

4 mars 2009 |

watchmen_silk_spectre.jpgZack Snyder aime ce qui brille. Après avoir tâté du mort-vivant dans L’Armée des morts et risqué l’overdose de testostérone dans l’adaptation du 300 de Frank Miller, le voici qui s’attaque à une bande dessinée considérée – à juste titre – comme l’une des plus grandes jamais réalisées: Watchmen. Défi impossible? Pas si sûr. Car, dans ce film de 2h40, les moyens sont là, et l’esprit comme la structure du livre sont conservés. Mais il y a quand même un petit quelque chose qui cloche.

Soyons clairs. Alan Moore, le scénariste de la BD originale, n’a jamais été si bien adapté. En effet, la transposition à l’écran de son œuvre a subi des outrages successifs, à des degrés divers. Si V pour Vendetta, chapeauté par les frères Wachowski, ne s’en sortait pas si mal – malgré des tics pénibles à la Matrix –, la puissance maléfique de From Hell (immense roman graphique autour de l’enquête sur les crimes de Jack l’éventreur) s’est diluée dans l’eau du thé au laudanum de Johnny Depp (le héros). Et que dire de La Ligue des gentlemen extraordinaires, pitoyable carnaval indigne de porter le même nom qu’une des créations les plus délirantes d’Alan Moore…

Pour les Watchmen, Zack Snyder a fait preuve d’une certaine humilité. Il reprend la structure narrative globale du volumineux ouvrage (près de 400 pages), avec son enquête, ses flash-backs et son compte à rebours. On découvre ainsi les différents personnages à tour de rôle, avec les mêmes séquences-clés que dans la BD, et souvent des dialogues identiques. Bien sûr, il a fallu couper et compresser, mais le fan ultime du comics sera sans doute clément envers ces petits coups de ciseaux. watchmen_comedien.jpgOn peut toutefois s’interroger sur le changement de nature de la catastrophe finale, mais le choix de Snyder semble cohérent (hé, j’essaie de pas trop griller la fin pour ceux qui connaissent pas, là). Visuellement aussi, les décors et les costumes sont très respectueux du design imposé par Dave Gibbons dans la BD. Mais alors, vous demandez-vous, où est-ce que ça coince? J’y arrive.

La première question, et je suis mal placé pour y répondre: le film séduira-t-il les non-amateurs de comics? Ce problème se pose de manière plus cruciale que pour les désormais classiques films de super-héros comme Spider-Man ou X-Men, déclinaisons efficaces d’un certain cinéma pop-corn qui ne vise qu’à en mettre plein la vue. Mais le récent succès de The Dark Knight, qui trimballait Batman dans un environnement réaliste et volontairement sombre, permet d’envisager qu’un public plus large (et plus adulte) est désormais susceptible d’apprécier un film de héros désabusé et pessimiste. watchmen_rorschach.jpgCe qu’est Watchmen, avec son final terrifiant et son regard amer sur les justiciers costumés et leur utilité dans la société.

Le principal reproche que l’on peut adresser à Zack Snyder concerne sa mise en scène clinquante. S’ils montrent l’étendue de sa virtuosité, les ralentis, mouvements de caméra et effets bullet-time (le truc popularisé par Matrix) – utilisés dès la séquence d’ouverture – pointent également son manque d’inventivité visuelle. Bling-bling: le terme est à la mode et peu facilement être appliqué à de nombreuses séquences du film. Pourquoi les personnages du cinéma d’action actuel sont-ils obligés de se battre comme Chow-Yun Fat dans Tigres et dragons ou de pratiquer une sorte de kung-fu de bas étage? Pourquoi se sentir obligé de faire traîner en longueur LA scène d’amour de l’histoire pour la transformer en séquence kitschissime (si ce n’est pour faire profiter les spectateurs mâles de la plastique avenante de Malin Akerman)? Pourquoi choisir comme chansons The Times they are changin’ de Bob Dylan, The Sound of silence de Simon & Garfunkel ou Hallelujah de Leonard Cohen? Ne les a-t-on pas assez entendues?watchmen_hibou.jpg

De nombreuses scènes souffrent ainsi d’une certaine paresse, ce qui est un comble quand on connaît le découpage et la narration révolutionnaires de la BD d’origine. Trop de passages ultra-classiques, pas assez de désespoir et d’amertume (le personnage de Rorschach, un des plus intéressants, n’est finalement pas si flippant). Bref, un climat initial d’apocalypse qui s’efface derrière une recherche de spectaculaire. Ou une tentation de facilité qui se cache derrière une volonté d’humilité. En tout cas, ces scories cinématographiques font progressivement perdre foi dans le film de Zack Snyder, même s’il faut lui reconnaître des qualités indéniables. La première étant d’avoir osé se mesurer à un monument du 9e art et d’en être sorti vivant.

Watchmen. Par Zack Snyder. Avec Jackie Earle Haley, Patrick Wilson, Malin Akerma, Billy Crudup… 2h43. En salles le 4 mars 2009.

Commentaires

  1. Jc

    « effets bullet-time (le truc inventé par Matrix) »
    Popularisé, certainement pas inventé.

  2. Jc

    « effets bullet-time (le truc inventé par Matrix) »
    Popularisé, certainement pas inventé.

  3. OK, je vous crois JC, et je corrige. Mais qui l’a inventé alors?

  4. OK, je vous crois JC, et je corrige. Mais qui l’a inventé alors?

  5. Emmanuel Carlier voir wikipedia ou nanarland.

  6. Emmanuel Carlier voir wikipedia ou nanarland.

  7. Martinus Walla$s

    la scène d’amour était également extrêmement kitsch dans le comics, voir même beaucoup plus

    non, le problème de ce film c’est d’avoir été TROP fidèle, surtout au niveau de la construction scénaristique. Ca ne se prête absolument pas au medium cinématographique

  8. Martinus Walla$s

    la scène d’amour était également extrêmement kitsch dans le comics, voir même beaucoup plus

    non, le problème de ce film c’est d’avoir été TROP fidèle, surtout au niveau de la construction scénaristique. Ca ne se prête absolument pas au medium cinématographique

  9. Mmmm, oui, la scène d’amour est un peu kitsch dans la BD, mais passe beaucoup mieux que cette espèce de porno-chic bon marché que nous sert Zack Snyder…
    Mais vous avez raison, le problème du film est sans doute d’avoir été trop fidèle…

  10. Mmmm, oui, la scène d’amour est un peu kitsch dans la BD, mais passe beaucoup mieux que cette espèce de porno-chic bon marché que nous sert Zack Snyder…
    Mais vous avez raison, le problème du film est sans doute d’avoir été trop fidèle…

  11. bidiban

    en ce qui concerne les chansons, celle de dylan est tout à fait pertinente puisqu’elle elle est une référence assez importante dans le comics… pas sure du tout, mais je pense même qu’elle donne son nom à un des chapitres

  12. bidiban

    en ce qui concerne les chansons, celle de dylan est tout à fait pertinente puisqu’elle elle est une référence assez importante dans le comics… pas sure du tout, mais je pense même qu’elle donne son nom à un des chapitres

  13. Hello Bidiban,
    c’est vrai, la chanson de Dylan a un vrai sens, et le chanteur est cité directement dans la BD. Mais comme illustration sonore des images, j’ai trouvé ça un peu too much, un peu trop facile…

  14. Hello Bidiban,
    c’est vrai, la chanson de Dylan a un vrai sens, et le chanteur est cité directement dans la BD. Mais comme illustration sonore des images, j’ai trouvé ça un peu too much, un peu trop facile…

  15. J’ai publié un article consacré à Watchmen (le livre, pas le film) sur mon blog : http://www.fonddutiroir.com/blog/?p=1002

  16. J’ai publié un article consacré à Watchmen (le livre, pas le film) sur mon blog : http://www.fonddutiroir.com/blog/?p=1002

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