La compagnie Ouïe/Dire : bande dessinée à lire, écouter, partager
Zoom sur la structure atypique Ouïe/Dire, qui oeuvre depuis 27 ans au mélange des arts et des regards, des artistes et des habitants de lieux souvent isolés.
Marc Pichelin est loin d’être un inconnu des amateurs de bande dessinée. Auteur de nombreux albums (Vermines, Les Aventuriers du Mékong…), cofondateur des Requins Marteaux, on l’a longtemps lu dans Ferraille et Fluide glacial ou encore Jade. Si l’on avait déjà pu apprécier sa manière de brosser le portrait des losers comme ses réflexions sur la bande dessinée, on n’attendait pas forcément celui qui est aussi musicien dans Ouïe/Dire, foisonnante structure mêlant de nombreux arts en plus d’une vision du monde.
Il faut dire que l’on n’attendait personne dans ce rôle tant la structure est atypique – mais qui existe pourtant depuis quasiment aussi longtemps que les Requins. Fondée en 1994, la compagnie (c’est comme ça qu’elle se définit) Ouïe/Dire ne se limite lpas à Jean-Léon Pallandre, homme de radio, et agit sur de multiples supports, qu’on ne fait pas forcément toujours dialoguer : bande dessinée, littérature, spectacles, expositions et, surtout, le son, toujours partenaire. Ainsis qu’un certain ancrage social.
Ainsi de Vagabondage 932, large projet de résidence portée par le Grand Périgueux qui, à l’aide de la mise à disposition d’un appartement du parc de logement social, place les artistes en plein cœur de la Cité Jacqueline Auriol à Coulounieix-Chamiers. En découlent de nombreux ateliers et rencontres avec des artistes très divers et fidèles (Jossic, Placid, Lolmède, Guerse, Maurel…), l’édition d’un journal nommé Le Voltigeur, qui sert de carnet de résidence, mais aussi de lieu d’expression pour les habitants qui y placent une part de mémoire. En parallèle de ces dessins, les portes s’ouvrent et les habitants parlent ce qui produit d’étonnantes « cartes postales sonores ». Vagabondage 932 a été récompensé par le Prix Hors Cases 2020 à Lyon BD.
Quasiment systématiquement, tout cela se croise, c’est le cœur même de la structure. C’est Louise Collet qui, à l’aide d’une technique de dessin particulièrement complexe et lente, va dessiner les mains de Nénette, repasseuse de flou, artisane comme elle et adepte du détail. Un livre accompagné de sons et textes de Pichelin, enregistrant des dialogues, gardant ainsi par différentes approches une si rare et nécessaire mémoire du vivant et d’une histoire en train de disparaitre.
Sur d’autres sujets on a pu voir Guerse et Pichelin raconter la rivière Lot, ou Baudoin, Lolmède et Placid en immersion à Vandœuvre-lès-Nancy accompagner les deux fondateurs pour « prélever » le territoire dans une balade multisensorielle.
Enfin, au-delà de la qualité de facture des productions, on peut noter que si la compagnie s’intéresse particulièrement à des zones (quartiers ou au contraire ruralité) ou à des métiers rarement mis en art, ils le font avec des auteurs que l’on peut catégoriser dans la BD alternative, souvent réputée difficile d’accès. Et pourtant, force est de constater que l’ensemble prend, et de belle manière, témoignant d’une forte appropriation par les habitants. Une manière, encore, de montrer que ces frontières éditoriales sont souvent virtuelles, et qu’il n’y a rien d’inaccessible par essence : le plus dur est encore de savoir que ça existe.
Et justement, le site de Ouïe/Dire est actuellement en maintenance, mais en habitués de l’exploration et de la réémergence, ses porteurs devraient bientôt le faire réapparaître pour que ces travaux essentiels soient découverts.

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octobre 11, 2021
hugfrMerci pour cet article.
Mon commentaire n’a pas réellement d’intérêt en tant que tel et je laisse la modération faire son travail en le rejetant, mais je ne vois pas vraiment d’autre moyen de signaler une typo dans le papier.
Sauf erreur de ma part, il s’agit des éditions Ouïe/Dire et pas Ouï-Dire et je pense que la « faute » d’orthographe n’en est pas une mais il faudrait demandait directement à Pichelin pour être sûr. -
octobre 11, 2021
Benjamin RoureVous avez tout à fait raison, c’est corrigé désormais. Merci!
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