L’Homme qui vendit la Tour Eiffel
Victor Lustig et son associé Dan Collins écument les tripots des deux côtés de l’Atlantique, avec des combines bien huilées pour faire les poches des gogos friqués aux tables de poker. Mais revenus (fuyant?) des Amériques, les deux compères, entre deux soirées bien arrosées dans le bouillonnant Paris des années 1920, visent mieux. Plus grand, plus éclatant. Alors qu’une polémique enfle en France sur le coût d’entretien de la Tour Eiffel, Victor fomente alors une arnaque XXL : prétendre vendre la vieille dame d’acier à des ferrailleurs…
Voilà une bonne histoire d’escroquerie, avec tout ce qu’on aime dans ce genre de récits : des héros filous aux idées insensées et au talent hors norme pour faire gober n’importe quoi à n’importe qui, un décor envoûtant (le Paris des années folles est un théâtre idéal), un rythme échevelé et un bon lot de rebondissements. Mais surtout, c’est l’aspect historique qui fascine. « D’après une histoire presque vraie » indique l’album en sous-titre : en effet, si ce Victor Lustig a bel et bien existé, on ne sait pas s’il a vraiment monté cette fausse vente à la découpe de la Tour Eiffel. Comme le décrit le bienvenu petit appendice documentaire en fin d’album, la rumeur existe, le trouble persiste notamment sur les multiples identités de l’escroc et ses différents montages, et on comprend aisément que les pigeons n’aient pas toujours voulu mettre en avant leur terrible naïveté. Forts de cette matière première délicieuse, les auteurs produisent une comédie trépidante aux dialogues enlevés comportant d’amusants anachronismes, au dessin drolatique plein d’énergie, dont on ne regrettera que la place de faire-valoir réservée au personnage féminin, sorte de mélange entre Joséphine Baker et Arsène Lupin peu convaincant.





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