Little Tulip
Paul est tatoueur dans le New York de 1970, qui vit une série de meurtres et de viols atroces par un criminel masqué. Cet homme au corps noueux, et marqué d’encre sur le moindre centimètre carré de peau, est aussi l’assistant de la police quand il s’agit de dresser des portraits robots. Avant, Paul s’appelait Pavel. Et a grandi dans le goulag stalinien, où il a appris l’art du tatouage et les cent façons de tuer un homme.
Vingt-quatre ans après Bouche du diable, le duo Boucq-Charyn – responsable aussi de La Femme du magicien – se reforme pour produire un livre tendu et envoûtant, embaumant l’encre, la sueur, et le sang. Le romancier Jerome Charyn développe un scénario dense et prenant, par des allers-retours temporels entre l’Amérique sale et prétentieuse de 1970 et le goulag du début des années 1950. Une usine à fabriquer des criminels sanguinaires, où les petits garçons sont violés, les mères égorgées ou transformées en prostituées, les pères contraints d’abandonner toute parcelle d’humanité pour survivre, à la manière de bêtes sauvages. Mais en abordant ce petit monde par la magie du dessin, associé au côté mystique du tatouage, Charyn évite le misérabilisme et la description trop rude d’un enfer sibérien. De plus, il tisse une trame de thriller à suspense dans la partie moderne de son histoire, gardant ainsi toute l’attention du lecteur. Et pour mettre en images ce scénario parlant justement de la puissance du dessin et de son importance dans la trajectoire du héros, François Boucq dispense à nouveau une prodigieuse leçon de précision, de maîtrise et d’expressivité, mais aussi de style car personne ne dessine « réaliste » comme lui.
Seul petit bémol à la lecture de Little Tulip : un final peu convaincant et trop rapide, où l’incursion du surnaturel fait un peu tache. Toutefois, le livre est cohérent dans son ensemble, fascinant (presque) de bout en bout, et il confirme que Boucq et Charyn forment un des plus beaux tandems de la bande dessinée.

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novembre 10, 2014
Je suis d’accord avec vous… sauf pour la fin 😉
Certes elle est un peu en rupture avec les atrocités auxquelles on assiste pendant près de 80 pages, mais je trouve justement que la magie et le sacré qu’elle apporte sont en lien direct avec le tatouage et sa signification quasi-chamanique dans ce contexte.
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