Image Image Image Image Image Image Image Image Image Image

BoDoï, explorateur de bandes dessinées – Infos BD, comics, mangas | November 19, 2017

Retour en haut de page

Haut de page

No Comments

Les + du blog : MANGA

13 mai 2006 |

seton

seton couvertureLOBOTOMIE A L’AMERICAINE
Fin avril, il a fallu lâcher Palouma une madame ours slovène de 110 kilos à la sauvette, en se cachant, par peur de la colère des bergers des Pyrénées. Les loups, timidement réimplantés eux aussi dans nos montagnes, doivent éviter de se montrer à portée de fusil. Jean Dufaux (interviewé dans BoDoï 97) pronostique la disparition de toutes les espèces animales libres – c’est mieux que sauvages, non ?- dans un proche avenir et imagine déjà des animaux robots comme ceux que montre Philip K. Dick dans son roman Blade Runner.
C’est pourquoi l’odyssée de Lobo, le roi des loups du Nouveau-Mexique dans les années 1890 est toujours d’actualité. Lobo et sa meute tuèrent pendant des années une vache par jour, échappant à toutes les battues, évitant tous les pièges. L’homme qui allait avoir la peau du chef de meute, Ernest Thompson Setton, un Canadien, est au départ peintre naturaliste. En 1992, il s’installe à Paris et présente une immense fresque, montrant une meute de loups se faisant les dents sur les restes d’un cow-boy. Ce fut un tollé. Le doyen du Salon de Paris monta au créneau pour dénoncer l’œuvre impie : « Dessiner des hommes, pourvus d’une âme, victimes d’animaux sauvages qui, eux, en sont dépourvus, c’est avancer la thèse que ce n’est pas Dieu mais la nature qui nous dirige ». Ce qui au fond ne manquait pas de jugeote, mais convainquit Setton de fuir les berges de Seine pour le Nouveau-Mexique où sévissait Lobo.

seton

Chargé d’attraper l’insaisissable, il installa d’abord des appâts empoisonnés : Lobo les entassait et chiait dessus. Il truffa ensuite le territoire des loups de pièges en acier. Lobo les faisait claquer à vide. Les mâchoires d’acier ne se refermèrent que sur quelques chacals – c’est bébête un chacal – qui agonisèrent des nuits entières.
Alors, l’homme, incapable d’attraper le mâle dominant, s’attaqua à la louve blanche qui ne le quittait pas d’une patte. La fin de Lobo était proche… C’est l’immense Taniguchi (Le Sommet des dieux), qui, en 280 planches, dessine la célèbre histoire de Lobo, déjà contée par Setton lui-même dans le livre Lobo le roi des loups de Currumpaw, et par Disney dans le film La Légende de Lobo. Aussi à l’aise pour représenter Notre-Dame que les canyons du Nouveau-Mexique, l’auteur de Quartier lointain excelle dans les épisodes montrant Lobo et sa meute en pleine action. On sent le vent de la course, l’odeur du sang s’échappant des gorges du bétail ouvertes par des crocs impressionnants. On tique un peu, bien sûr quand Lobo, engagé dans un champ de pièges, revient sur ses pas en marche arrière – faut pas pousser -, mais qu’importe. Le souffle de la liberté passe dans ces pages le temps d’un rêve. Les loups vivaient de buffles. Les hommes, après avoir tué trois millions de buffles, n’ont pas admis que les loups prélèvent une tête de bétail par jour pour survivre. Depuis les années soixante, il n’y a plus un loup-gris sur le territoire des 48 états d’Amérique du Nord.
SETON, Le Naturaliste qui voyage, livre 1 : Lobo, le roi des loups, par Jiro Taniguchi et Yoshiharu Imaizumi. Kana, 14,25 euros.

Publiez un commentaire