My Perfect Life
Rappelons à toute fin utile qu’il est parfaitement impossible de se mettre dans la peau d’un adolescent. Les perturbations cognitives auxquelles ils sont soumis sont comme une éclipse du soleil ou un Goal gagnant à 2€ : ça arrive une fois dans une vie et baste. C’est dire le génie de Lynda Barry qui a tenu le fil de sa série Ernie’s Pook Comeek pendant 29 ans en ne passant jamais pour une pénible imitatrice. Sous le charme de ces parfaites vocalises, les éditions Çà et Là avaient eu la bonne idée, l’an passé, de sortir une première somme intitulée Come over come over, bientôt auréolée du Fauve Patrimoine à Angoulême. Par la grâce des dieux du sébum, 2025 accueille un deuxième recueil en français issu de cette œuvre au long cours : My Perfect Life.
Comme dans le premier tome, nous mettons le nez au cœur de la famille Mullen, constituée de deux sœurs et d’une grand-mère louche. Plus que dans la précédente mouture, nous nous focalisons sur l’adolescente prénommée Maybonne, rattrapée par les affres de son âge et l’attitude minable du sexe masculin. Elle est amoureuse, elle veut plaire, elle se fait peloter, on lui dit que c’est une pute, elle fugue et revient. Par là-dessus se rajoute une mère qui ne veut pas s’occuper d’elle, des « copines » à géométrie variable et une petite sœur qui ne comprend rien.
En se recentrant sur le personnage de Maybonne, ce nouveau volet de l’aventure des Mullen se fait plus profond, plus immersif, plus foudroyant. Son texte très présent, dont la première personne fait jaillir les émotions comme un geiser, parvient à nous donner le goût et la forme de la mélasse adolescente. Comme peu, Lynda Barry parvient à revêtir les habits du mal-être à-peine-pubère, maniant avec brio les amplitudes d’humeur. En dessous, en rang d’oignon, les dessins acharnés en retranscrivent les excès et la lenteur, la furie et l’ennui. Pourtant, et malgré les horreurs racontées parfois, la lecture se fait étonnamment légère, l’humour sublime et le pathos absent. Et c’est gaiement qu’on se laisse conduire par le bout du nez à travers dans les méandres synaptiques d’une fille à la vie toute cabossée mais qui s’y accroche tout de même : l’espoir est une tare de la jeunesse.
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