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BoDoï, explorateur de bandes dessinées – Infos BD, comics, mangas | June 4, 2020















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Bitter Root #1

20 mai 2020 |
SERIE
Bitter Root
ALBUM
Affaire familiale - 1
DESSINATEUR(S)
SCENARISTE(S)
EDITEUR(S)
DATE DE SORTIE
22/01/2020
EAN
2378870914
Achat :

Chez les Sangerye, on chasse le monstre de génération en génération. Mais même entre membres du clan, il y a deux écoles. Il y a ceux qui comme Berg, le balèze, Cullen le fluet et Blink la tenace, tentent de ramener les affreux « jinoos » à leur humanité, dans un Harlem de 1924 aux accents steampunk. Et puis il y a la méthode Ford, la tête brûlée de la famille, en mission dans le Sud, partisan lui de l’ »amputation » : l’élimination pure et simple de ces affreuses créatures, sans pitié pour les hôtes. Deux territoires, deux réalités : il faut dire que dans le Mississipi de l’entre-deux-guerres où se débat Ford, les jinoos sont du genre vicieux et portent la cagoule du Ku Klux Klan. Car ce mal qui corrompt l’âme et transforme ceux qui en sont porteurs en terrifiantes aberrations ne touche que les Blancs et puise directement ses racines dans le racisme.

bitter-root-image1 On l’aura compris dans ce Ghostbusters rétro, superbement mis en images par le très doué Sanford Greene, le contexte historique et social n’a pas été choisi par hasard. Par le biais d’un récit ultra-rythmé, Greene et ses co-scénaristes David E. Walker et Chuck Brown, revisitent en mode pulp un pan de l’histoire des Afro-américains, marquée côté face par la Renaissance de Harlem qui vit ce quartier new-yorkais connaître dans les années 1920 un boom culturel et artistique sans précédent, et côté pile par les lynchages et par le massacre d’un quartier noir à Tulsa en 1921. Les auteurs ne se privent pas de mettre ce contexte en regard avec des événements d’aujourd’hui : aux dernières nouvelles, violences policières et racisme systémique n’ont pas totalement disparu du quotidien des Noirs aux États-Unis et Bitter Root s’inscrit dans un mouvement conséquent d’œuvres qui abordent ces sujets par le biais du genre. Pour en citer quelques-unes : la série TV Watchmen, Black Panther, Shadowman ou encore Get Out. Avec ce dernier film signé Jordan Peele, Bitter Root partage une parenté revendiquée à s’inscrire dans une nouvelle forme de réappropriation du récit horrifique.

Hi Comics, qui publie la série en France, a eu l’intelligence de conserver et traduire les copieuses annexes de l’édition originale, qui compilent plusieurs textes très éclairants spécialement écrits pour l’occasion par des universitaires. L’un d’eux, John Jennings, y défend un concept de son invention fort convaincant : l’ethnogothique. Ainsi inscrit dans un courant artistique émergent mais aussi soigneusement rattaché à un patrimoine littéraire plus classique, Toni Morrison en tête, Bitter Root révèle une richesse pas forcément évidente de prime abord au profane. Mais ce deuxième degré de lecture, passionnant, ne pèserait rien si l’album ne tenait par lui-même en tant que divertissement : et là, aucune inquiétude à avoir ! Le cocktail d’humour et d’action équilibré, pimenté par ce qu’il faut de morceaux de bravoure et de rebondissements, classe la série dans la catégorie des très bonnes sagas de SF familiale type Black Science ou Oblivion Song.

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