Cauchon…ou l’homme qui tua Jeanne d’Arc
Pierre Cauchon, évêque de Beauvais, fut longtemps l’homme le plus détesté du Royaume de France. La raison: il fut le juge qui organisa le procès de Jeanne d’Arc et prononça sa condamnation à mort pour hérésie. Il avait choisi le camp des Anglais, qui lui confièrent le soin de la conduire au bûcher. Fort de la conviction qu’il réussirait à la faire avouer ses mensonges et actes hérétiques, il décida de monter un procès exceptionnel, avec de nombreux théologiens confirmés, à même de conclure une sentence incontestable. Et ainsi, il aurait récupéré une partie de la gloire d’avoir démonté le mythe de la Pucelle. Mais cela ne se passa pas tout à fait comme prévu…
Voilà une singulière et bonne idée de dresser le portrait de Cauchon, bourreau de Jeanne d’Arc, qui a longtemps endossé le costume de l’ennemi de la France, en condamnant son héroïne. Mais là où Xavier Dorison est malin, c’est qu’il s’appuie sur une documentation sérieuse et la validation d’experts pour donner sa propre version des coulisses du procès. Comment l’évêque a construit l’événement, pressé par les dettes et naviguant entre les puissants pour se faire une place à leur table. Comment il a peaufiné sa stratégie d’interrogatoire, délaissant la torture si chère à l’Inquisition – entité ici écartée – pour lui préférer la rhétorique, le droit et l’interprétation des textes religieux. Et comment il s’est retrouvé, lui le bouillant et retors matérialiste, face une authentique mystique, sûre de sa foi et de ses voix. Ainsi, l’auteur imagine les discussions entre les deux, met en scène les coups bas et les petits complots chez les nobles, et brosse ainsi une période étrange, morbide, cupide et enfiévrée. Il rend l’ensemble truculent, palpitant, fascinant. À ses côtés, Joël Parnotte déploie un trait réaliste convaincant, joliment éclairé d’aquarelle, qui insuffle pas mal de spectaculaire à ce qui n’est finalement qu’un quasi huis clos.
L’ouvrage est donc une réussite, dans le fond comme dans la forme, mais son style grandiloquent, voire un brin pompier, pourra aussi lasser. Le savoir-faire de Xavier Dorison est indéniable, mais les ficelles du faiseur sont parfois un peu clinquantes… Comme la facture de l’ouvrage, fort chic avec son grand format et ses dorures, et son prix limite de 35 € qui le réservera aux fans de fiction historique et de dessin léché.





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