Le Visage du créateur
Pas si simple, de raconter une histoire dont tout le monde ou presque connaît la fin ! Mais pas impossible, comme l’ont déjà prouvé James Cameron avec son Titanic ou les scénaristes de l’album multiprimé La Bombe (Glénat, 2020). Laurent-Frédéric Bollée était l’un d’eux et, fort de son succès (plus de 170 000 exemplaires vendus), il s’attaque ici à un autre drame historique, celui de la navette Challenger qui a « explosé », quelques poignées de secondes après son lancement.
L’issue est connue, mais qui peut se targuer de connaître les coulisses de la catastrophe ? Toute personne qui aura lu cet album ! Soit dit en passant, ne pas hésiter à l’offrir aux ados qui préparent leur BIA (Brevet d’initiation aéronautique), pour réviser les questions d’histoire. En effet, le scénariste, ex journaliste, a mené une enquête documentaire approfondie pour qu’il ne manque aucune pièce maîtresse dans ce jeu de pouvoir et d’argent aux enjeux astronomiques. Rappelons ici que le programme Apollo ayant été trop coûteux avec ses fusées à usage unique, les États-Unis avaient décidé à partir des années 1970 de construire des aéronefs réutilisables pour plusieurs vols, à l’instar de Challenger.
L’album démarre en 1996. Deux pêcheurs de Floride, un père et son fils, remontent à la surface un débris de métal estampillé NASA. L’occasion pour le père d’évoquer le triste souvenir de la tragédie survenue dix ans plus tôt et qui a marqué l’histoire de la conquête spatiale. On remonte alors le temps jusqu’en 1977, lorsqu’un directeur technique de la NASA fan de Star Trek, contacte Nichelle Nichols, première actrice noire à tenir un rôle principal à la télé (elle joue le lieutenant Uhura), pour lui demander de tourner un film promotionnel vantant les programmes de l’agence spatiale américaine et visant à recruter les futurs astronautes. Ce n’est pas la seule figure célèbre que l’on croisera dans l’album, il est même question d’un certain musicien français…
Laurent-Frédéric Bollée instille de la tension en introduisant dès les premières pages un compte à rebours qui mènera inexorablement au jour de la déflagration. Quant au titre sibyllin, il faudra attendre la dernière page pour en trouver l’explication.
Avec son dessin au trait jeté – qui semble presque esquissé – et une grande variété dans les cadrages, l’artiste italien Christiano Spadoni confère ce même caractère d’urgence à ce récit en noir et blanc et aplats gris. Les aficionados de dessin léché que les mots « roman graphique » hérissent passeront sans doute leur chemin… Dommage, car on entre aussi dans le récit par les portraits touchants des sept malheureux élus (cinq hommes et deux femmes, dont deux civils) qui participeront au dernier voyage de Challenger, notamment par le prisme des objets que chacun d’eux a choisi d’emporter en orbite.
Une fois attaché aux protagonistes, on ne peut que se révolter devant la succession de raisons techniques, humaines, économiques et politiques qui ont conduit à leur fin prématurée. Et même si on la connaissait, on referme le livre avec la gorge nouée. Preuve s’il en est que les auteurs ont relevé le challenge.






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