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BoDoï, explorateur de bandes dessinées – Infos BD, comics, mangas | September 18, 2020















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5 BD incontournables pour le déconfinement

11 mai 2020 |

Ça y est, enfin, les libraires vont pouvoir rouvrir, dans des conditions sanitaires strictes. Mais elles pourront accueillir leurs clients lecteurs, et leur fournir de bonnes bandes dessinées pour étancher leur soif de papier (parce que le numérique, c’est bien, mais bon…). À BoDoï, on vous a préparé une petite sélection de livres sortis juste avant le confinement ou qui devraient débarquer en rayon en cette semaine de reprise. Et qui seront, à coup sûr, des incontournables de 2020. Alors, sortez (prudemment), allez acheter un, deux, trois livres, vous ne le regretterez pas. Et vous aiderez à redonner le sourire à votre libraire.

mind-mgmt-1-couvMind MGMT – T.1/3 Rapport d’opérations

Quand nous l’avions rencontré à Angoulême pour parler de Du sang sur les mains, Matt Kindt nous avait confié que, pour lui, Mind MGMT était son grand oeuvre, la bande dessinée dans laquelle il avait le plus trouvé à mêler fond et forme. Alors que son premier tome est enfin sorti en France, chez Monsieur Toussaint l’Ouverture (éditeur inspiré et pointu de Moi, ce que j’aime, c’est les monstres), on n’ira pas le contredire. En effet, Matt Kindt y développe un récit complexe aux frontières de l’espionnage et du super-héroïsme, en même temps qu’une mise en abyme du feuilleton littéraire lui-même. On retrouve ici des pistes explorées dans les déjà brillants Super Spy et Du sang sur les mains : de courtes séquences de BD, des extraits de dossiers, des allers-retours temporels, des points de vue différents de mêmes événements, des personnalités mouvantes et insaisissables. Mais il y ajoute une surcouche par le biais d’annotations dans les marges, mélange de règlements administratifs barrés, de méta-récits et de voix subliminale. Et ce dispositif n’est pas qu’un jeu, il a du sens dans son histoire d’organisation secrète qui manipule le monde, grâce à ses agents possédant des pouvoir psychiques incroyables. Comme cet homme pouvant anticiper l’avenir de son environnement proche car il perçoit les pensées des personnes autour de lui, ou cet autre qui peut insuffler des idées à des masses de gens et engendrer ainsi des révolutions populaires. Ou encore ce publicitaire capable d’influencer ses lecteurs par des slogans pénétrant leur cerveau… De cette idée fascinante, et avec son trait faussement jeté, aux aquarelles sobres, Matt Kindt tire un scénario vertigineux, qui enchaîne les surprises et les pistes à tiroirs, et qui n’a pas fini de secouer les méninges du lecteur, puisque Mind MGMT est prévu en trois gros volumes. Une grande oeuvre, à nulle autre pareille. Sans aucun doute possible.

Par Matt Kindt. Monsieur Toussaint l’Ouverture, 356 p., 24,50 €. Infos et images par ici.

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la-bombe-couv3DLa Bombe

Se lancer dans une bande dessinée de près de 500 pages, en noir et blanc, retraçant l’histoire de la bombe atomique, vous fait peur ? On peut le comprendre. Et pourtant, La Bombe est une saga passionnante de bout en bout, aussi instructive qu’haletante, preuve que le genre historique peut être aussi plaisant qu’un bon polar. C’est tout le talent des scénaristes Alcante et Laurent-Frédéric Bollée : ils construisent un puzzle choral aux multiples protagonistes sur sept années, sans jamais perdre le lecteur ni leur objectif. On suit ainsi à la fois les scientifiques émigrés aux États-Unis, les militaires gérant ce qui va devenir le projet Manhattan (celui qui conduit à la conception des bombes qui frapperont le Japon à l’été 1945), les politiques de la Maison blanche au Kremlin, les exploitants belges de mines d’uranium en Afrique, les taupes soviétiques aux États-Unis comme les commandos alliés pour faire sauter l’usine de production d’eau lourde nazie en Norvège. Einstein, Fermi, Oppenheimer et Szilard sont là, Roosevelt puis Truman, mais aussi une famille anonyme au Japon dont les enfants périront au front, donnant ainsi un peu plus d’humanité au récit. Le dessin réaliste de Denis Rodier (Arale, L’Ordre des dragons) est au diapason : son noir et blanc d’inspiration américaine classique est parfaitement adapté au sujet, à la fois précis et vivant, portant les informations comme l’émotion par une grande variation de plans et de cadrages, captant toujours l’attention au sein de planches pourtant riches en texte. Par son ampleur, son sujet passionnant et surtout sa réussite narrative, La Bombe est un livre qui restera.

Par Denis Rodier, Alcante et Laurent-Frédéric Bollée. Glénat, coll. 1000 feuilles, 472 p., 39 €.

La Bombe

pucelle_couv Pucelle – T.1 Débutante

Après Cruelle, où elle abordait son rapport ambigu et violent aux animaux pendant son enfance, Florence Dupré la Tour poursuit son travail autobiographique autour d’un nouveau thème, qui sera détaillé sur plusieurs volumes : la sexualité, les changements liés à la puberté, et plus largement la place de la femme dans le monde (dans la famille, dans la société…). Dans ce gros volume au trait fin, nimbé d’un rose faussement candide, l’autrice décrit sans détour l’isolement de ses jeunes années (dans l’Argentine des expatriés ou dans le confort d’une large propriété dans une campagne reculée en France), la prégnance de l’éducation religieuse dans la construction de sa vision du monde. Et surtout la façon dont sa mère maintenait ses enfants dans l’ignorance des questions intimes et sexuelles, la manière dont son père (quand il était là) imposait un patriarcat humiliant, et comment elle a grandi en ayant une vision de la femme – et donc d’elle-même – peu conforme à son idéal. Jouant sur le contraste entre ses dessins et couleurs douces, et le malaise des situations de son enfance, l’autrice de Cigish porte l’autobiographie au-delà du simple travail cathartique pour en faire un témoignage féministe sur les dérives d’une certaine éducation conservatrice. C’est dur, violent, drôle aussi. Une bande dessinée d’une puissance rare, pour une autrice déjà confirmée mais qui prend une nouvelle envergure avec ce projet de longue haleine.

Par Florence Dupré la Tour. Dargaud, 184 p., 19,99 € (sortie le 15 mai).

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Shakespeare World

Oh non, il n’aurait pas dû ! Alors que des travaux bousculent la sépulture de William Shakespeare, un chien du nom de Roméo – trop gourmand, trop impétueux – dérobe un ossement. L’esprit du grand dramaturge lance alors une malédiction à l’Angleterre. Les inondations se multiplient, on expulse les étrangers, une multinationale renverse le gouvernement et même la reine… Et surtout, même si personne ne s’en rend vraiment compte, tout le monde se met à parler avec des vers et tirades directement tirés de pièces de Shakespeare ! Pour son premier album, la scénariste Astrid Defrance s’est lancée un sacré défi, en montant dans des bulles de dialogues des extraits de Hamlet, Richard III ou La Nuit des rois, dans une Angleterre noyée sous le Brexit et le changement climatique, où l’on exécute sur la place publique et où Londres se meurt enfermée dans une muraille circulaire. Bien aidée par le dessinateur Jules Stromboni (Mazzeru), dans un style racé et lisible, aux beaux noirs illuminés de couleurs léchées, qui évoque un peu le travail de Stéphane Oiry, elle développe une histoire absurde et violente, dont le décalage – cocasse au premier abord – entre les textes et la situation contemporaine se révèle quasiment visionnaire. Une tragédie en trois actes audacieuse et bluffante.

Par Jules Stromboni et Astrid Defrance. Casterman, 200 p., 24,95 €.

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Ultralazer – T.2 Rok

Après avoir quitté la verte planète Topoï, chassés par des hordes de Buzards belliqueux, Horb et ses amis débarquent sur l’ocre astre Rok, une planète déjà colonisée et asséchée par les vilains oiseaux. Mais à force de ténacité, de débrouillardise, et de conviction dans l’idée de solidarité, ils vont fomenter un plan pour renverser l’ennemi, et redonner vie aux Rois des bêtes… Voilà une belle saga de fantasy écolo, dynamique et chatoyante, quelque part entre les mondes de Miyazaki, Moebius et Star Wars, avec un vrai côté shônen en plus dans ce 2e volume où le héros apprend à maîtriser ses pouvoirs. Les décors d’Yvan Duque sont inventifs et de toute beauté, et les personnages de Maxence Henry immédiatement attachants. Ce dernier co-signe avec Pauline Giraud le scénario de cette aventure tous publics, pleine d’humour, qui réussit à dépoussiérer le genre en mélangeant les styles visuels et narratifs des 20 dernières années avec brio, pour n’en tirer que le meilleur. Mais sans n’être qu’une pâle copie de ses glorieux prédécesseurs. Non, Ultralazer possède son ton et sa fraîcheur, et se pose comme une des plus léchées et agréables séries pour petits et grands du moment. Et, par ces temps pandémiques plutôt sombres, on apprécie le parti-pris « feel good » de ce deuxième tome. D’ailleurs, on dégusterait bien le troisième tout de suite… mais il faudra attendre 2021…

Par Maxence Henry, Yvan Duque et Pauline Giraud. Delcourt, 128 p., 18,95 €.

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