Lisa Mandel lauréate du Super Tournesol du 30e anniversaire
Le prix Tournesol a été créé en 1996, et remis pour la première fois l’année suivante, pour récompenser une bande dessinée portant les valeurs de l’écologie dans toutes ses facettes – et non juste l’environnement. Décerné en marge du FIBD depuis (il le sera encore cette année parmi les nombreux OFF), il était très en avance sur son sujet – parfois copié depuis – mais surtout très atypique de par ses porteurs. Cornaqué par Yves Frémion (critique, journaliste, mais aussi ex-député européen et conseiller régional écolo), il reste à ce jour le seul prix de BD lié à un parti politique : le Tournesol est le logo des verts dans le monde entier, et le jury comprend systématiquement des membres du parti écologiste français (mais aussi belge et suisse), aux côtés de militants, d’élus, d’acteurs du monde de la bande dessinée.
La liste des lauréates et lauréats est toujours très intéressante à balayer, et donne une bibliographie à explorer pour qui veut se lancer dans le sujet. On passe de l’aventure de science-fiction (Valérian premier lauréat, mais aussi le plus méconnu et pacifiste Ikar, de Follet et Makyo) à l’humour en passant par la bande dessinée documentaire, qui explose ces dernières années. On croise des très célèbres et des plus confidentiels, avec une sélection assez internationale, récompensant un mangaka avant le FIBD (l’indispensable Gen d’Hiroshima de Nakazawa en 2004). À travers les titres primés on découvre différentes strates du combat écologiste : la nature toujours, le nucléaire, mais aussi la lutte sociale, le combat pour la reconnaissance des victimes de l’amiante, l’agriculture, l’anticolonialisme…
Tous les dix ans, le Prix Tournesol remet un « Super Tournesol » à une personnalité dont l’œuvre est marquée par les valeurs du prix mais qui ne l’a jamais reçue, par des hasards de sélections. Ce fut F’murr en 2006 et Cosey en 2016, et le prix du 3e anniversaire a, lui, été annoncé à l’orée de 2026, le 6 décembre, à l’Académie du climat, en parallèle du SoBD.
Fidèle à cette volonté d’une écologie engagée sur de nombreux fronts, c’est Lisa Mandel, prolifique autrice qui débuta dans Tchô ! avec Nini Patalo, qui l’a emporté. Lors du discours de remise, elle l’a accepté avec émotion tout en indiquant n’avoir jamais vraiment parlé d’écologie, mais être heureuse de voir que ses ouvrages pouvaient sembler s’y relier. Dans les faits son parcours est pourtant plus éloquent. Car en récompensant Lisa Mandel, le jury du prix Super Tournesol veut saluer une autrice qui a porté une bande dessinée exigeante, d’abord en jeunesse en prenant les enfants comme véritables petits humains et futurs adultes qu’ils sont, puis en abordant de nombreux sujets au cœur de l’écologie politique.
Notons par exemple que celle qui a été récipiendaire du prix féministe Artémisia en 2008 (pour Esthétique & filature, avec Tanxxx) fait partie des co-fondatrices du Collectif des créatrices de BD contre le sexisme, collectif dont on a encore vu l’importance cette année. Lisa Mandel est aussi l’autrice du délicat et puissant Princesse aime princesse (Gallimard) ; elle visibilise régulièrement les questions LGBTQIA+, un engagement poursuivi avec le lancement récent de la collection « Romances queers », pour proposer de nouveaux imaginaires. Avec HP (L’Association), elle s’inspire des souvenirs de sa famille pour parler de l’hôpital et de la santé mentale dans les années 1970, en y abordant clairement les enjeux sociaux comme d’empouvoirement… Santé, féminisme, défense des minorités de genres, autant d’enjeux au cœur des luttes des écologistes en France.
Dans une situation de grande paupérisation des autrices et auteurs, notons que Lisa Mandel a aussi été à l’origine de la création de la maison d’édition Exemplaire, dont l’objectif est d’être moins dépendant des grandes maisons d’édition et de permettre une meilleure distribution des revenus aux créatrices et créateurs. Ce regard profondément ancré dans le collectif et dans la défense de la justice sociale a été déterminant dans ce prix.
Enfin, notons que lors de la cérémonie, hommage a été rendu à Frank Pé, décédé quelques jours plus tôt, et qui était a priori finaliste. Son œuvre poétique et naturaliste est plus directement empreinte de l’image classique de l’écologie, et si le choix a été autre, les jurés ont souhaité saluer ce compagnon de route de l’écologie dessinée.





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