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BoDoï, explorateur de bandes dessinées – Infos BD, comics, mangas | October 21, 2020















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Merwan : pop post-apo’

23 décembre 2019 |

merwan-photoNon, la science-fiction n’a pas à être toujours grise, techno et déprimante. La preuve avec Mécanique céleste, un album lumineux dans lequel Merwan imagine que le peuple renverse un ordre autoritaire par un match de ballon prisonnier. Exit les combats à mort à la Hunger Games, vive le sport comme arme de distraction massive et de conquête de la liberté. Lors d’un passage en dédicace à Lyon, avant qu’il aille découvrir la sérigraphie tirée par l’atelier de la librairie Expérience à partir d’une de ses illustrations, BoDoï a rencontré un auteur qui refuse de se laisser gagner par le pessimisme et qui compte bien partager son histoire et son enthousiasme avec le plus grand nombre.

Pourquoi avoir choisi de vous lancer dans un récit de science-fiction et dans un registre moins sombre que d’autres histoires du même genre ?

Je préfère parler d’histoire post-apocalyptique que de SF, qui implique à mon sens un aspect scientifique ou technologique. Je préfère poser des questions que d’apporter des réponses définitives. Je partage l’angoisse de beaucoup sur l’état actuel du monde et je me suis dit que si je continuais à penser sans cesse à ça, je finirai par mourir d’un ulcère. Alors, j’ai choisi de passer par-dessus l’effondrement et d’imaginer le monde d’après. Y mettre de la vie, de la couleur, de la lumière, de l’humour aussi. Mécanique céleste est de la pop post-apo’!

merwan-mecanique-celeste-panAviez-vous des références en tête, à suivre ou à prendre à contre-pied?

Pas tant que ça. Dans le genre post-apocalyptique, ma référence est Akira, mais ce n’est pas vraiment léger, même s’il y a beaucoup de vie dedans. Pour le côté lumineux, je pense plutôt à Miyazaki. Mais ce sont des films qui m’ont le plus inspiré pour ce projet. D’une part, Lagaan, d’Ashutosh Gowariker, qui raconte la libération d’Indiens par un match de cricket. Et d’autre part, Singin’ in the rain : parce qu’il m’a fait prendre conscience qu’on peut marcher sous la pluie, être trempé et être heureux.

Vous aviez déjà mis en scène le sport dans Fausse Garde – le pankat, un sport de combat imaginaire, inspiré du MMA – et vous en faites de nouveau le ressort de votre récit. Qu’est-ce qui vous plaît tant dans le sport ?

J’aime le sport en soi, je pratique. Et j’adore le sport télévisuel, avec ses spectateurs, ses commentateurs… Quand je regarde un match avec de bonnes équipes et un gros enjeu, je sais que ça peut devenir un grand moment. De plus, il y a les grands champions, dont tu sais qu’ils peuvent changer le cours d’un match à chaque instant et tu n’attends qu’une chose, c’est qu’ils le fassent, car ils le font toujours ! Jordan, tout le monde savait qu’il pouvait marquer à la dernière minute, et il le faisait, et c’était génial ! Et puis, en BD, il y a Dragon Ball : tu sais que le héros va finir par gagner, par tout l’art de Toriyama est de trouver toujours de nouvelles manières, toujours plus folles, de remporter la victoire. Je reprends l’idée: j’assume dès la couverture de dire qu’ils vont gagner, mon job est de montrer comment.

Quelles sont les difficultés à représenter le sport en BD ?

Ici, le défi était de réussir à expliquer les règles clairement, et ce, pendant les matches. Être didactique tout en conservant le dynamisme. C’était palpitant à faire, j’ai adoré dessiner la dernière séquence dans l’immeuble même si c’était ardu. Je l’ai imaginé comme une scène de guerre, mais avec des ballons à la place des douilles.

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Mais pourquoi le ballon prisonnier ?

C’est une réminiscence d’un plaisir d’enfance, quand on faisait du sport à l’école et qu’on jouait au ballon prisonnier en se donnant à fond sans penser à rien d’autre. Je me suis dit que si j’avais autant kiffé, petit, ça valait le coup d’utilisé cette idée.

Quelles ont été vos sources d’inspiration pour les décors ?

J’ai longuement parcouru les banques d’images en ligne, en cherchant des lieux désolés, comme ces immenses bâtiments abandonnés à Detroit, dans lesquels la nature reprend ses droits. J’ai également réuni une grosse icono sur les peuples vivant au bord de l’eau, ou sur les grands bateaux.

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Sérigraphie réalisée par l’atelier Expérience à Lyon, pour les éditions Dargaud.

Vous donnez énormément d’humanité à vos personnages, vous semblez tous les apprécier.

Oui, je les aime tous, même les pires, je les adore. C’est une constante chez moi, je ne peux pas faire autrement que d’aimer mes personnages. Même ceux qui m’insupportent, comme le père de Wallis, qui est tyrannique et étouffant, je l’aime. Et plus un personnage va se révéler noir et pourri, plus je vais lui trouver un alibi.

merwan-mecanique-celeste-asterEt Aster, comment l’avez-vous construite ?

Aster a un grand désir d’intégration au clan dont elle est exclue car elle n’est pas née en son sein. Elle cherche sa place dans le monde et moi aussi je l’ai beaucoup cherchée: j’ai mis deux ans à la trouver ! Il fallait que son physique résume l’univers. Les bottes de récup’, le mini-short années 80 récupéré aussi, la queue de renard qui évoque un petit côté animiste, la coupe de cheveux moderne mais un peu tribale, le gilet davantage hi-tech… Toutes ces petites choses l’ont construite.

Deux ans pour Aster… Combien de temps avez-vous passé sur le livre?

Environ quatre ans, mais j’avais déjà commencé quand je dessinais Jeux d’ombres. Au départ, je voulais d’ailleurs adopter la même technique, au lavis et ensuite une colorisation. Mais l’envie de faire de la couleur directe était trop forte… et je n’aurais pas eu ce rendu si lumineux. Mais c’était long ! Deux ans et demi sur les planches

Ne tourne-t-on pas trop en rond à travailler si longtemps seul ?

Les réseaux sociaux m’ont beaucoup aidé. Je n’y étais pas vraiment avant, mais encouragé par certains, je me suis créé un compte Instagram sur lequel j’ai pu partager régulièrement des images. Au départ, cela me semblait être une contrainte, mais cela s’est révélé être un outil génial pour maintenir l’énergie. Avoir des retours réguliers sur mon travail, parfois très constructifs – le choix de la couverture s’est en partie fait ainsi – a été très important.

Était-ce aussi dans une volonté de vous ouvrir à un large public ?

Les réseaux sociaux, non. Ce n’était pas dans un esprit de teasing ou de promotion, mais vraiment d’échange. En revanche, j’ai découvert l’importance de la représentation dans la BD. Par exemple, nombre de mes personnages sont noirs : eh bien, la moitié de mes abonnés Instagram le sont aussi. Et je dois souligner que Vince Marchbanks, le « Lebron James du dodgeball », le très sérieux ballon prisonnier américain, me suit et qu’il a bien aimé mes planches! Pour revenir à l’ouverture, c’est une chose dont je me suis rendu compte petit à petit. Plus j’avançais, plus je me rendais compte que ma cible allait être large : j’arrive à faire lire Mécanique céleste à des gamins qui ne dévorent que du manga ou à des lecteurs qui se cantonnent habituellement au franco-belge classique.

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Vous parlez beaucoup de plaisir. C’était une ligne directrice dans le projet ?

Encore une fois, si on se prend trop au sérieux, on meurt d’angoisse. L’idée n’est pas de détourner le regard sur la triste réalité, mais je pense qu’on peut être à la fois très sérieux et pas du tout. Surtout, il ne faut pas oublier de vivre le moment présent, être pleinement dans l’instant, dans ce qu’on est.

mecanique-celeste-couvL’univers est de Mécanique céleste est posé, et vous n’avez pas tout expliqué. Y aura-t-il une suite ?

C’est très probable. J’ai envie de développer cet univers, raconter d’autres choses, aller au-delà des seuls matchs de Mécanique céleste. Et aussi dans des albums moins longs: je ne veux pas encore passer des années sur chaque histoire!

Propos recueillis par Benjamin Roure

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Mécanique céleste.
Par Merwan.
Dargaud, 200 p., 24,99 €, septembre 2019.

Photo portrait © Rita Scaglia – Images © Merwan/Dargaud – Photo sérigraphie © BoDoï

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