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BoDoï, explorateur de bandes dessinées – Infos BD, comics, mangas | September 25, 2020















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Radium Girls

25 août 2020 |
SERIE
Radium Girls
DESSINATEUR(S)
Cy
SCENARISTE(S)
Cy
EDITEUR(S)
COLLECTION
PRIX
22 €
DATE DE SORTIE
26/08/2020
EAN
2344033440
Achat :

« Lip, dip, paint. » Lisser avec ses lèvres, tremper dans la peinture, et peindre le cadran. Un geste répété des milliers de fois par les jeunes ouvrières de l’United State Radium Corporation (USRC), usine américaine qui, entre 1917 et 1926, fournit l’armée en montres luminescentes. Car il ne s’agit pas de n’importe quelle peinture, mais de la fameuse « Undark » au radium, produit découvert 20 ans auparavant par Marie Curie. Il ne fait pas briller que les montres : à force de travailler avec ce matériau, les jeunes ouvrières développent leur propre halo lumineux, jouent à faire briller leurs dents, leurs ongles, avec un produit qu’elles pensent anodin. C’est pourtant loin d’être le cas : même à toute petite dose, le radium se révèle un véritable poison pour les ouvrières, qui, au bout de quelques années, commencent à perdre leurs dents, et dont les os s’effritent, des tumeurs entraînant rapidement la mort de plusieurs d’entre elles. Celles qui oseront s’attaquer à la firme auront bien du mal à faire reconnaître sa responsabilité, témoignant parfois jusque sur leur lit de mort. Mais leur affaire laisse une trace pour tous les travailleurs : c’est l’une des premières dans laquelle un employeur a été déclaré responsable de la santé de ses employés aux États-Unis, ouvrant la voie à de nouvelles législations.

001 RADIUM GIRLS[BD].inddL’histoire de ces « Radium girls », longtemps ignorée, a généré un regain d’intérêt depuis quelques années. Cy (Le Vrai Sexe de la vraie vie, Éditions Lapin) s’en empare pour livrer ce très bel album. Elle choisit de baser son récit sur un petit groupe d’ouvrières de New Jersey, parmi celles qui choisiront de se battre quelques années plus tard, et que l’on découvre comme des jeunes filles de leur époque : celles qui vont être les premières à pouvoir voter, et qui ont avant tout envie de s’amuser. Discussions, drague et disputes font le quotidien des « Ghost girls », filles fantômes qui jouent de leur allure luminescente pour étonner (et attirer) les garçons. Même si elles se font huer quand elles gênent la projection d’un film au cinéma, une scène particulièrement drôle et adroitement mise en scène par l’album.

Seul le scandale sanitaire qu’elles vont révéler puis combattre sonne moins juste que la jolie dynamique de groupe que l’autrice a su créer avec sa galerie de personnages. La complexité de l’affaire, qui ici s’incarne avant tout dans un « méchant », semble parfois échapper au récit qui choisit de se tenir au point de vue des héroïnes. Celles-ci prennent lumineusement vie au fil des pages et sous le trait simple et expressif de l’autrice.

Car Radium Girls se démarque par le très beau travail de Cy aux crayons de couleur, dans une palette réduite où le vert luminescent répond à toutes les nuances de mauve. Le récit est rythmé par un découpage soigné, que l’illustratrice a émaillé de grandes planches, comme des hommages. On sent d’ailleurs que l’ouvrage ne se contente pas de faire connaître l’histoire des Radium Girls au plus grand nombre, il honore aussi avec éclat la mémoire de ces pionnières sacrifiées sur l’autel de la modernité.

005 RADIUM GIRLS[BD].indd

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