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BoDoï, explorateur de bandes dessinées – Infos BD, comics, mangas | June 26, 2017

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« Un léger bruit dans le moteur », troublant thriller réédité

18 avril 2017 |

léger_51hNnmY2CNL._SX352_BO1,204,203,200_Sorti à l’automne 2012 et couronné du Prix SNCF Polar 2013 à Angoulême, Un léger bruit dans le moteur signé Gaet’s et Jonathan Munoz (Le Dessein), première BD de ce dernier à l’époque, ressort chez l’éditeur normand Petit à Petit.

Plongé dans la psyché d’un enfant-tueur, le lecteur vit les derniers instants de la populace locale, dans un hameau sordide perdu dans les limbes de la ruralité. C’est bien simple, le gamin de dix ans, aux allures d’enfant de chœur, déteste tout le monde : son demi-frère, dont il a fracassé le crâne avant de faire croire à la thèse de l’accident, son père, sa belle-mère, la prostituée, les voisins, la grosse maîtresse qui sent mauvais et même ses copains. Il conçoit donc un plan d’éradication de la sinistre communauté. Aucun ne mérite de vivre, surtout pas Gandriale, le père pédophile de sa copine Laurie. D’autant que le Gandriale, le soir venu, traîne dans la forêt chez la catin…

Haletante voire dérangeante, cette adaptation du roman de Jean-Luc Luciani laisse le souffle court. Un gamin-tueur déjà, c’est rare. Tout beau tout gentil en apparence, il se révèle d’une cruauté sans nom. Un Machiavel en culottes courtes version Massacre à la tronçonneuse, dont l’ambition est de tuer jusqu’au dernier, enfants compris. Il est d’autant plus troublant qu’il imagine un plan diabolique à la parfaite rationalité (dans l’esprit du gamin hein !) sans en comprendre totalement les enjeux. Les récitatifs du gosse, truffés de fautes d’orthographe, sont ainsi très malins.

Découpé en courts chapitres, ce récit d’ambiance vu à travers les pensées de l’enfant installe donc un rythme nerveux, un suspense digne d’un excellent thriller et une atmosphère poisseuse. Peuplé de dégénérés, le village suinte la misère sociale et la haine. Et, quelque part, le lecteur se surprend à comprendre cet enfant… Impossible de lâcher l’album, tension à son max mais gros dilemme moral en perspective !

un-leger-bruit-dans-le-moteur-456865Mais finalement, outre la maîtrise narrative, la plus-value revient à Jonathan Munoz dont la partie graphique est en tout point surprenante. Dès les premières planches, l’angoisse d’un bon polar est là. Une pluie diluvienne faiblement éclairée par les phares d’une camionnette en rade et un vieux qui débarque, innocent : « J’ai comme un léger bruit dans le moteur. » L’horreur est là et se lit sur les traits d’un garçon mi-ange mi-démon.

Tons ocre, trait rond presque naïf et un talent à saisir la duplicité des visages, entre pureté absolue et sadisme total. Côté décors, l’ombre domine dans des bicoques aux allures de cercueils abandonnés. Davantage suggérée que montrée, la violence rôde à chaque case. Flippant et surtout troublant…

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Un léger bruit dans le moteur
Par Gaet’s et Jonathan Munoz.
Petit à Petit, 16,90 €, avril 2017.

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