Chamelle
L’Afrique subsaharienne, sans plus de précision. Le désert est omniprésent et le stress hydrique, le quotidien. Une famille décide alors de partir : vers un meilleur horizon, n’importe lequel, celui où il y aura de l’eau. Est-ce une autre région ? Un pays étranger ? Un autre continent ? Ils ne le savent pas. Seule compte la nécessité de l’eau. Cette famille, on s’y attache. Les uns et les autres ont leur personnalité, leur caractère et aussi leurs ambiguïtés. Comme ce père, à la fois héros du quotidien tout en étant pétri de valeurs patriarcales. Au milieu, cette chamelle, à la fois trait d’union de cette famille et source d’espoir à travers son lait nourrissant. Le chemin sera long et, on le sait très vite, le happy end ne sera pas forcément au rendez-vous. Pourtant, on y croit.
Tony Lourenço et Cynthia Thiéry adaptent ici le roman éponyme de Marc Durin-Valois. La narration est fluide, l’ouvrage dense : c’est ce qu’il faut pour marcher aux côtés de cette famille. On s’attache forcément aux êtres et on referme le roman graphique avec un fort pincement au cœur. Rien est éludé de la dureté du voyage : les groupes armés, alcoolisés et drogués, les médias occidentaux à la recherche d’images, comme des vautours volant autour de leurs dépouilles, et même le monde humanitaire : utile et nécessaire, mais où les statistiques cachent les parcours individuels et en viennent à gommer l’humanité.
Le dessin et l’aquarelle de Cynthia Thiéry donnent au récit sa cadence : un cheminement long, fait de pas dans le désert, ponctué de drames. La douceur de la colorisation n’en rajoute pas au drame ; elle permet non pas une mise à distance, mais une façon salutaire pour le lecteur de réfléchir, d’être emporté. Car derrière une histoire tout à la fois singulière et universelle, c’est une réalité géopolitique crue qui se dessine : l’eau, cet or bleu, qui vient à manquer, entre le gaspillage des pays industrialisés et les drames humains qui se jouent, notamment en Afrique subsaharienne.





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