Dead Train #1
La ville de Dead Train est gangrénée par le crime et la corruption, mais c’est ainsi qu’elle tient encore debout. Le puissant clan des gitans gère l’approvisionnement en drogue, l’infâme Deus a la main sur la prostitution et le milieu de la nuit, la police est pourrie jusqu’à la moëlle ou presque, ce qu’il reste de royauté tente de tirer les ficelles de toutes parts, alors que ce serait plutôt un conseil occulte qui serait à la manœuvre… Et au milieu de tout ça, des gangsters communistes, deux flics incorruptibles et une jeune fille à la peau noir et au regard de braise…
Le photographe de studio Le Turk propose ici sa première BD, un thriller poisseux dans une cité vaguement dystopique, mélange d’influences nombreuses. On y retrouve d’abord les ressorts du roman noir, avec des méchants très méchants – caïds sans scrupules ou tueur sanguinaire –, une victime objet de tous les fantasmes qui n’avait rien demandé, des figures féminines dénudées dès que possible, et une paire de policiers intègres mais dépassés. S’y ajoutent une dimension politique grossière et peu convaincante, entre gouvernement libéral et répressif, opposition souterraine communiste, mouvement sectaire de camés, et une petite musique sous-jacente, vaguement anarchiste mais assez rance.
Ce joyeux cocktail de thèmes et de très (trop?) nombreux personnages, qui frise sans cesse l’indigestion, a son pendant côté graphique : dans un semi-réalisme détaillé et très coloré, un peu daté mais non sans charme, Le Turk remplit ses pages de cases superposées sur des décors, abuse des gros plans et provoque une sensation – très certainement voulue – d’étouffement. Même ses pleines pages ne permettent pas de respirer !
Malgré un univers attirant et une trame plaisante à suivre, ce premier tome d’un diptyque est donc un album du trop-plein, qui cache des manques : trop de protagonistes qui demeurent caricaturaux ou mal creusés, des planches trop chargées qui ne réussissent que rarement à impacter, un scénario touffu qui perd le sens des priorités. Alors peut-être que, maintenant que fois le décor et les enjeux sont posés, le second tome gagnera en rythme et en hauteur de vue ? On peut l’espérer.





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