Providence
Dans le futur, les humains ont conquis l’espace et ont terraformé une planète nommée Providence. C’est là que vivent les mieux lotis, qui exploitent les ressources de la Terre, où ne survivent que les ouvriers et les déclassés. Par le passé, Providence s’est rendue coupable de massacres de masse sur Terre, dont elle tente de se repentir à grands coups d’investissements et de bons sentiments. Mais la rancœur est tenace sur la planète bleue, qui a viré au gris industriel et au rouge sang. Pourtant, certains tentent de croire à une entente possible, tel Keren, jeune et brillant chercheur né sur Terre, et qui travaille pour Providence. Mais son idéalisme est mis à mal jour après jour par les tensions entre les peuples…
Au premier tiers de l’album, l’histoire bascule et il est préférable de ne rien dire pour préserver la puissance du choc. On peut simplement glisser que le personnage du père de Keren, le massif et chaleureux ouvrier Eliam va mettre en lumière le cœur du propos de cette dystopie glaçante : à force de vouloir gommer les erreurs et l’inconnu, les algorithmes et les modèles gérés par les intelligences artificielles rongent peu à peu l’empathie, l’intuition, voire le bon sens. Tout ce qui fait que l’humain est fragile, perfectible mais aussi empli de quelque chose d’unique et d’imprévisible. En laissant aux machines les choix de vie en société, malgré l’efficacité avérée de leurs décisions, les humains finissent par se déresponsabiliser et dissoudre les liens entre eux.
Au fil d’un scénario qui atténue ses quelques points faibles (des personnages secondaires trop éludés, un manque de détail du contexte général et de ses implications…) par des scènes impressionnantes, un propos intéressant et une belle figure paternelle, Nicolas Dehgani (auteur du chouette polar Ceux qui brûlent) emballe par ses choix graphiques. Une unique couleur, un rouge orangé, et des trames et textures viennent soutenir sa ligne solide, aux influences tant manga que ligne claire bien digérées. On sent aussi les échos de l’animation (il est diplômé des Gobelins) dans le découpage, les poses, les cadrages, le tout bien mis en valeur dans un très grand format faisant la part belle aux décors de SF soignés. Un bel écrin pour un sujet malin et bien traité.





Publiez un commentaire