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BoDoï, explorateur de bandes dessinées – Infos BD, comics, mangas | September 7, 2026















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Un grand brûlé

7 septembre 2026 |
SERIE
Un grand brûlé
DESSINATEUR(S)
SCENARISTE(S)
EDITEUR(S)
PRIX
17 €
DATE DE SORTIE
20/03/2026

Benoît Preteseille est une importante figure de l’édition alternative de bande dessinée : cofondateur de Warum, puis fondateur des discrètes éditions ION (qui explorent l’image sous de multiples formes), il a publié des albums brillants où son style, quoique toujours reconnaissable, s’adapte aux publics. D’abord très marqué par le surréalisme, il a ensuite exploré des figures de la littérature populaire, puis questionné (ou détruit) le monde de l’art, entre provocation sanglante et biographie fort littérale (L’Art et le sang, Histoire de l’art macaque, Duchamp, quincaillerie), mais s’est aussi adressé avec brio au public jeunesse en dessinant plusieurs ouvrages chez Biscoto. Il a aussi publié du texte sans image et, surtout, chante et mixe en performances punk sous le nom de Benoît Tranchand (qui a pris la suite du groupe Savon tranchand). Tout ceci pouvant plus ou moins se croiser selon les titres.

un-grand-brule_image1Dans cette pluralité de pratiques et d’approches narratives, il y a quelques genres que Preteseille n’avait jamais touchés, et notamment l’autobiographie, pourtant tendance dans la scène du neuvième art à ses débuts. Plus de vingt ans après, il ose enfin s’y lancer, et le pose en début d’ouvrage : ce sujet, il le porte sur son visage, sur son corps, il est dans les regards, mais il impose le silence (sauf aux enfants, aux camarades de brûlures ou aux couillons compatissants). Hors de question de tirer des larmes, ni de dire que c’est génial, mais le temps ayant passé, il peut en parler et revenir au début : « Le 1er avril 2001, je suis mort. »

Un grand brûlé est un étonnant récit dans sa constitution même, et on comprend bien qu’il arrive à ce moment de la vie de l’auteur. Il débute par une quarantaine de pages réalisées quelques années plus tard, jamais publiées. Des planches elles-mêmes encadrées d’un trait figurant une page, au sein de la page imprimée. Vient ensuite son récit, qui n’est pas tant celui d’un rétablissement que d’une réflexion sur le fait d’être grand brûlé, sur la transformation de la sociabilité, sur ce groupe peu commun constitué de ces personnes dont les marques sont très visibles.

Preteseille convoque nombre de témoignages d’autres personnalités : anthropologue, journaliste, mémoire familiale (dont un grand-père dont la grande peur était de voir ses enfants mourir dans un incendie), gueules cassées de 14… Il y cite aussi des chansons ou des propos qui, subrepticement, nous placent quelques secondes dans l’esprit d’un homme pour qui « brûler » n’a rien de l’amour romantique.

L’autre matière de ce livre est la plongée dans ses propres travaux. En plus des 40 premières pages évoquées, Preteseille convoque des images d’autres ouvrages qui prennent d’autres sens. Si le visage écorché de Fantamas dans L’Art et le sang, ou le défilé monstrueux des freaks de Mardi gras, affirmés comme puissance de vie, peuvent paraître assez évidemment connectés, on comprend soudain pourquoi l’auteur a tenu à consacrer un joli leporello à Sarah Bernhardt, dont on sera nombreux à apprendre qu’elle était unijambiste (et ne le cachait pas dans ses propos). Les Poupées sanglantes, ouvrage précédemment publié par Atrabile, adapté de Gaston Leroux, mettant en scène un homme difforme et des corps recomposés, est aussi largement remobilisé.

Tous ces dessins, repris ou non, sont encadrés d’un texte qui fait forme, placé dans la page de manière parfois autonome, jouant sur ses couleurs, ses soulignements… C’est une pratique courante chez l’auteur, mais qui semble poussée particulièrement loin ici, et rappelle que la lettre est toujours un dessin.

Ainsi, tout frontal et premier degré qu’il soit, Un grand brûlé s’avère un objet atypique, et profondément réussi. Par son accumulation de sources, ses rebonds, ses retours en arrière et ses auto-citations, c’est sans doute une des autobiographies les plus fondamentalement ancrées dans le récit de soi qu’il m’ait été donné de lire en bande dessinée. Cette méthode proche du patchwork permet de mobiliser différentes approches et, sans jamais vivre à la place de l’auteur ce qu’il raconte, d’entrevoir avec puissance ce qu’il martèle.

Et si le patchwork n’est pas évoqué, c’est une pratique de la couture, une notion qui rejoint la cicatrice (autant que l’éclair en couverture), qui traverse tout l’ouvrage. D’une cicatrice à l’autre, l’auteur évoque d’ailleurs l’importance du tatouage comme « impulsion […] en cherchant des zones praticables entre les cicatrices ». Ce qui renvoie au début de notre texte : au sein des images publiées par ION, on compte un certain nombre de livres de tatouage, chose atypique chez les éditeurs de dessin, chose qui ne fait que plus de sens dans une œuvre qui, si elle ne se limite assurément pas à ce trauma profond, s’y tisse nécessairement.

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