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BoDoï, explorateur de bandes dessinées – Infos BD, comics, mangas | November 28, 2022















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La Mer à boire

24 novembre 2022 |
SERIE
La Mer à boire
DESSINATEUR(S)
SCENARISTE(S)
EDITEUR(S)
PRIX
28 €
DATE DE SORTIE
04/11/2022
EAN
238387034X
Achat :

B. a rendez-vous avec A., à Bruxelles City. Et il n’en peut plus, il crève d’envie de se lover contre elle, de la déshabiller du regard et des mains. Sauf que tout vrille et tout bascule, et le rendez-vous manqué se mue en cauchemar haletant, en descente aux enfers des fantasmes les moins avouables, en feuilleton échevelé sens dessus dessous. Une « romance » onirique et obsessionnelle comme seul Blutch sait en dessiner.

la-mer-a-boire_image1Libéré de tout carcan scénaristique comme de toute figure héroïque, Blutch propose une matérialisation, volontiers onirique et malaisante, de visions érotiques et artistiques puissantes, plus ou moins déjà croisées dans son oeuvre. Les personnages au genre mouvant (ici B a tantôt l’allure d’une grande brune piquante, tantôt celle d’un ado filiforme), les positions de soumission, les références au cinéma, à la peinture et à la bande dessinée, les rebondissements façon écriture automatique surréaliste, mais aussi les cow-boys et les Indiens, les businessmen dégoulinants, les starlettes monstrueuses, tout cela compose la psyché dessinée de l’auteur de Lune l’Envers… Tout comme, lui, B., incarnation sans fard de Blutch lui-même, plongé dans un délire inquiétant, toujours à s’interroger sur la notion de couple, son sens, sa postérité, sa continuité, et, de la même manière, sur sa condition d’auteur.

Déstabilisant, le procédé façon rêve pourra paraître gratuit et facile. Mais à bien y regarder, le concept est puissant, et l’aspect improvisé – Blutch ne s’en cache pas – correspond bien à l’urgence qui émane du récit, comme une quête désespérée d’un moment pour se sentir encore un peu vivant, dans le regard de l’autre (l’amante) et des autres (les lecteurs). La construction finale de cette histoire née d’une impulsion donne donc toute sa profondeur – et son trouble aussi – à un album au dessin grandiose, d’une exigence et d’une précision bluffantes, dans des registres variés et osés.

La Mer à boire n’est certainement pas le livre de Blutch le plus accessible ni le plus agréable, mais il vient ajouter une ligne importante à la bibliographie funambulesque d’un auteur qui ne cesse de marcher au bord du gouffre.

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