La Nuit du misothrope
Chaque année depuis quatre ans, la nuit du 4 août, les habitants se terrent chez eux. À la même période, une personne du quartier disparaît, victime d’une étrange malédiction. Toutes les victimes avaient un point commun : invisibles ou marginales, elles avaient chacune une particularité ou un défaut. Jonas était fainéant, Rachel avait peur de tout, Louis était mélancolique. Josepha, elle, c’est le soleil du quartier, pleine d’empathie pour les autres et ceux qui n’ont pas voix au chapitre. Une voix parmi d’autres pour recréer, tant bien que mal, du lien social.
L’auteure Gabrielle Piquet (La Villa sur la falaise, Arnold et Rose) revient avec un album aux airs de roman noir, campé dans un quartier isolé de ville mondialisée. On pourrait être aux États-Unis (les écriteaux sont en anglais) ou n’importe où. L’amoncellement des enseignes et panneaux publicitaires ne résistant pas à l’uniformisation rampante des quartiers, autant de symboles impersonnels et déshumanisés d’une mondialisation brouillant les repères. Car au-delà du voisinage cimenté par les visites de la bienveillante Josepha, c’est toute une sociologie romancée des marges qu’offre Gabrielle Piquet, avec en guest-star les petites gens, les déclassés, les originaux ou les écorchés vifs.
Les 100 pages auraient pu être plombantes mais le résultat est tout autre. Qui est ce serial-killer qui terrorise les habitants ? Josepha aura des intuitions malgré le manque d’indices. Au-delà de l’intrigue, finalement secondaire, il faut se laisser bercer par la plume inspirée de l’auteure, qu’on craint d’abord redondante ou trop travaillée (comme dans Arnold et Rose) mais qui finit par séduire par sa clairvoyance, dans un style agréablement littéraire. La monotonie de la mise en scène, elle, loin d’ennuyer, répète les motifs pour mieux étirer une atmosphère au goût aigre et saisir cet individualisme forcené, symptôme d’un malaise civilisationnel et d’une modernité étouffante qui ne fabrique plus que de la solitude et de l’aliénation. Josepha l’apprendra à ses dépens. Une BD touchante à l’ambiance immersive, portée par la sensibilité et la légèreté mélancolique de son dessin.
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