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BoDoï, explorateur de bandes dessinées – Infos BD, comics, mangas | November 19, 2017

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Les + du Blog : ALAN MOORE 1/4

29 novembre 2006 |

Si vous croisiez un soir sans lune cet homme tout vêtu de noir, cheveux et barbe n’ayant pas connu les ciseaux depuis perpète, chaque doigt caparaçonné de bijoux en argent et le regard curieux de ceux qui n’ont plus qu’un œil en état de marche, on vous parie un Tintin dédicacé par Hergé contre le deuxième SAS que vous changeriez de trottoir vite fait. Ce serait dommage, vu que vous auriez croisé le plus formidable scénariste du moment, l’auteur des Watchmen (Les Gardiens), de La Ligue des gentlemen extraordinaires, de Top Ten, de From Hell, le repreneur génial de Swamp Thing (La Chose des Marais), l’homme qui a accepté de travailler avec Rob Liefeld (preuve définitive que Moore n’a peur de rien). Cultivant son côté ours, le bonhomme fréquente peu les journalistes. C’est dire si l’objet qui vient de tomber du ciel va être vénéré par tous les amateurs d’excellente BD populaire ET intelligente : Les Travaux extraordinaires d’Alan Moore présente une interview fleuve d’Alan Moore, agrémentée de planches le mettant en scène, préfacée de manière rigolote par sa fille Leah, écrivain elle aussi, et postfacée par Amber, son autre fille, qui révèle comment son père a essayé de lui faire traiter son institutrice de «salope !» Et comment ça a raté. Dans le premier des quatre extraits que vous propose bodoi.info, Moore évoque l’Angleterre des petites gens et sa jeunesse. De quoi mieux comprendre son V pour Vendetta dont la version DVD vient de sortir.

« LA CLASSE LABORIEUSE EST PEUPLÉE DE CRÉATURES SOUFFRETEUSES,
PAUVRES, MOCHES ET CONSIDÉRABLEMENT CRÉTINES »

Quand la révolution industrielle a eu besoin de bras pour actionner les machines, elle a alors attiré les gens des villages en ville et elle les a mis dans des logements de bas étage – ces anciennes maisons victoriennes en terrasse, louées à la municipalité – et c’est là où j’ai grandi, où j’ai passé les dix-sept premières années de ma vie, dans le plus ancien quartier de cette très ancienne ville qu’est Northampton. Dans un endroit où le style de vie des gens -je pense en particulier à Mamie, ma grand-mère maternelle, qui vivait avec mes parents, mon frère et moi – n’avait pas changé de façon significative. Sa vie n’avait pas dû être bien différente de celles de sa mère et de la mère de sa mère avant elle. La maison dans laquelle nous vivions tous ensemble était située dans le bas de Andrews Road à Northampton, en face de la gare – Castle Station – qui était construite sur l’emplacement du château. Il faisait bon y vivre, nous avions l’électricité. Ma grand-mère paternelle, Même, qui vivait tout près, avait toujours l’éclairage au gaz et pas l’électricité.
D’un autre côté, Même avait des toilettes avec une chasse d’eau et je me souviens avoir passé beaucoup de temps enfant à me demander qui d’entre nous vivait dans le meilleur logement. Nous avions l’électricité, mais pas de toilettes à l’intérieur; les nôtres étaient sans citerne hors de la maison, au fond du jardin et il n’y avait pas de lumière. Mais, en même temps, comme je l’ai dit, j’étais parfaitement heureux. En fait, pendant les dix ou onze premières années de ma vie, j’ignorais totalement que l’on pouvait vivre autrement.
(… …)
Est-ce que le système scolaire était bon à Northampton?
Tu poses probablement la question à la mauvaise personne. Je suis très aigri par l’ensemble de notre système éducatif. Je pense qu’il n’y a rien de plus important au monde que l’éducation. Je pense aussi que le système éducatif ici – et peut-être est-ce aussi vrai en Amérique -n’a pas l’objectif d’éduquer les gens, de les rendre heureux ou de les rendre plus aptes à vivre leur vie. Je le conçois de la façon suivante dans ce pays; jusqu’à il y a peu, nous autres de la classe des serfs, n’étions pas du tout éduqués. C’est en gros avec la révolution industrielle qu’il a fallu éduquer les paysans. Avant cela, les gens vivant en communautés rurales n’avaient pas réellement besoin de savoir lire, écrire ou compter de façon plus complexe qu’en faisant des marques dans la poussière. C’était suffisant.
Mais une fois qu’on les a déplacés en ville pour les faire travailler dans les usines, ils ont eu besoin de savoir au moins lire les instructions, pour savoir à quelle heure arriver au travail, pour être capable de faire des choses basiques. On a donc eu besoin d’éduquer la population ouvrière. Je pense que le système britannique des classes sociales s’est appuyé au départ sur une théorie génétique. Les classes dominantes dominent parce qu’elles sont génétiquement plus aptes à dominer. La classe laborieuse est peuplée de créatures souffreteuses, pauvres, moches et considérablement crétines, juste un peu plus évoluées que les grands singes, qui sont destinées à être dominées.
À partir du moment où on était convaincu de cette barrière génétique entre les classes, on prenait peu de risque à instruire un minimum les classes laborieuses. Il n’y avait pas de danger à le faire, parce qu’il était impossible qu’ils deviennent des êtres humains à part entière. On a donc commencé à éduquer la classe ouvrière. C’est pour cette raison que dans notre système, on avait même l’habitude de recevoir gratuitement des quarts de litre de lait à la pause. Mais si on commence à donner du calcium à la classe ouvrière – une vraie nourriture et un régime adapté – d’un seul coup apparaissent des membres de cette classe qui ne naissent plus courbés à cause du rachitisme, qui ne seront pas des petites choses, émaciées et maladives. On obtient donc ces grands gaillards de lignée ouvrière, qui semblent en fait beaucoup plus vigoureux que certains membres de la classe supérieure, mous et con-sanguins, qui ont obéi à des règles de sélection en matière de reproduction. Ils répondent bien à l’éducation, ils deviennent malins et ça pose un petit problème. C’est arrivé dans les années soixante, avec l’émergence de toute une génération d’ouvriers, vigoureux et intelligents, dont les espoirs avaient augmenté.
Je me souviens très bien des espoirs de la classe ouvrière. Mon père gagnait à l’époque – si mes souvenirs sont bons – 15 livres par semaine, pour son travail d’ouvrier. Il me parlait du futur. Il me disait que quand je serai grand, je ne voudrais pas gagner 15 livres par semaine comme lui, que je voudrais gagner, disons, 18 livres la semaine. C’est tout ce qu’il pouvait m’imaginer réussir accomplir (rires). Pour lui, penser pouvoir gagner 19 livres la semaine était de l’ordre du délire.
Prochain extrait : LES CLÉS ET LE MESSAGE DES WATCHMEN

Extrait des Travaux extraordinaires d’Alan Moore par George Khoury et compagnie, traduction Jean Depelley, TwoMorrows Publishing, 176 pages, 29 euros (disponible en librairies spécialisées, Fnac, Makassar, ou directement sur le site web www.twomorrows.com).
© 2006 George Khoury and TwoMorrows Publishing.

Lire les autres dossiers : 2/4, 3/4, 4/4

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Commentaires

  1. Lorsque quelqu’un connait un seul mot de plus de qutre syllabes, c’est tout naturel qu’il soit enclin a l’utiliser dans chaque texte.
    Dans le cas present : caparaçonné.

  2. Lorsque quelqu’un connait un seul mot de plus de qutre syllabes, c’est tout naturel qu’il soit enclin a l’utiliser dans chaque texte.
    Dans le cas present : caparaçonné.

  3. M’enfin !
    Juste une petite lydex… xydles… dyxle… dyslexie !

    Et puisqu’on pinaille : l’oubli des voyelles, vous me la copierez quatre fois, et on ne va pas s’enquiquiner à vérifier les accents, à présent, tout le monde connaît la musique…

    :)

  4. M’enfin !
    Juste une petite lydex… xydles… dyxle… dyslexie !

    Et puisqu’on pinaille : l’oubli des voyelles, vous me la copierez quatre fois, et on ne va pas s’enquiquiner à vérifier les accents, à présent, tout le monde connaît la musique…

    :)

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