Propaganda
Edward Bernays, ce nom vous dit-il quelque chose ? C’est tout simplement l’inventeur des « relations publiques » modernes, terme élégant mais un peu creux pour ne pas dire « propagande » ou « manipulation via la communication ». C’est ce qu’il a théorisé dans son best-seller Propaganda, publié en 1923, et qui trouve encore tout son écho aujourd’hui.
La scénariste Françoise Ruscak et le dessinateur Maxime Belloche s’emparent de ce texte pour illustrer les réflexions et les succès de Bernays à son époque, tout en leur donnant un contrepoint plus contemporain. Pour ce faire, ils mettent en scène une jeune stagiaire dans une agence de communication qui dialogue avec le fantôme de Bernays. Un principe narratif efficace, pour naviguer dans les différentes réalisations du publicitaire, neveu de Sigmund Freud : c’est lui qui a imaginé le slogan patriotique « I Want You » pour appeler à s’engager lors de la Première Guerre mondiale ; c’est lui aussi qui a dopé les ventes de cigarettes chez les femmes en avançant qu’il s’agissait là d’une avancée sociale et émancipatrice ; on lui doit également l’idée préconçue que le petit-déjeuner serait le repas le plus important de la journée (tout ça pour vendre du bacon…) ; il est aussi à l’origine une campagne de fake news contre le Guatemala, pour préserver le monopole sur la banane d’une firme américaine, et qui aida la CIA à fomenter un coup d’État…
Le fond est passionnant et édifiant sur le thème la manipulation des masses par les canaux de communication. La forme de la BD en est, hélas, parfois victime : la quantité d’infos est extrêmement importante et les pages sont parfois un peu trop remplies, voire étouffantes. L’idée du fantôme de Bernays, amusante au début, finit par lasser et perdre en efficacité, et le personnage principal manquer de substance. Toutefois, en fragmentant sa lecture chapitre par chapitre, la BD Propaganda remplit son office : introduire aux principes (et au cynisme) de la communication économique et politique, sous une forme agréable. Et en cela, elle est une lecture tout à fait recommandable, notamment pour les plus jeunes, dès le lycée.





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