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Stanislas redonne vie au « Perroquet des Batignolles »

27 juin 2011 |

stanislas_introCe fut d’abord un feuilleton radiophonique, mitonné par Tardi et le critique de cinéma Michel Boujut (récemment décédé), et diffusé sur France Inter en 1997. Le Perroquet des Batignolles est désormais aussi une bande dessinée, réalisée par Stanislas. L’auteur de Victor Levallois s’est emparé de cette histoire abracadabrante: celle d’un preneur de son de Radio France qui enquête sur des assassinats, et s’intéresse de près à un célèbre faussaire. Entretien avec un artiste friand de BD « classique », qui se régale à marcher sur les traces d’Hergé.

PL_PER-BAT-01.inddQui est votre héros, Oscar Moulinet ?
Un ingénieur du son qui vit avec une Madame météo marine. Tous deux travaillent à Radio France. Cette contrainte était imposée par la station commanditaire du feuilleton, France Inter, qui souhaitait que l’action ait un lien avec elle. Oscar est un Parisien, dont la famille est recomposée – sa compagne a déjà une fille. Ce héros est assez commun, loin du surhomme, ce qui lui permet d’être un bon vecteur pour un récit rocambolesque.

La Maison Ronde semble être un personnage à part entière…
J’aurai pu changer le métier d’Oscar et ne pas évoquer du tout Radio France. Or, j’aimais l’idée de traiter d’un média emblématique de la France, et de dessiner ce bâtiment à l’architecture marquante, très gaullienne. Ce fut un véritable régal d’y situer l’action. J’ai effectué beaucoup de repérages extérieurs, mais n’ai pu visiter que partiellement l’intérieur, actuellement en travaux.

PL_PER-BAT-01.inddPourquoi avoir choisi de situer l’histoire dans une période résolument contemporaine, et nettement marquée comme telle ?
J’avais envie de capter mon époque, d’en saisir un cliché, comme ont pu le faire Franquin, Hergé, Jacobs ou Tillieux plusieurs décennies auparavant. Mais il m’aurait fallu effectuer un énorme travail de recherche et de documentation pour précisément restituer la France de 1997. J’ai donc situé le récit au début du XXIe siècle, ce qui me laisse une amplitude d’une dizaine d’années.

Comment vous êtes-vous retrouvé à adapter Le Perroquet des Batignolles ?
Après la diffusion du feuilleton – que je n’ai jamais écouté, pour ne pas me laisser influencer par la voix des comédiens -, Tardi m’avait contacté pour me proposer de le faire. Il lui paraissait logique d’en tirer une série de bandes dessinées, or lui n’avait ni le temps ni l’envie de le faire. A ce moment-là, j’étais occupé à dessiner Victor Levallois, une série à laquelle je tenais et que je ne souhaitais pas abandonner. Alors j’ai refusé, la mort dans l’âme. Et puis, il y a deux ans, j’ai terminé Victor, et j’ai cherché un projet fort dans lequel me lancer. J’ai repensé à ce Perroquet et ai rappelé Tardi.

Michel Boujut et Tardi vous avaient-ils fixé un cahier des charges ?
Non, pas du tout, je jouissais d’une liberté totale. Ils étaient ravis de ressortir leur travail du placard. Je ne connaissais pas Michel Boujut et, quand nous nous sommes réunis tous trois, j’ai éprouvé beaucoup de plaisir à discuter avec ces deux anarchistes érudits. Ils m’ont confié 110 fascicules au format A4, contenant chacun le scénario d’un épisode du feuilleton. Michel Boujut m’encourageait à forcer la dose, il me disait de faire « comme au théâtre ».

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PL_PER-BAT-01.inddComment avez-vous travaillé ?
Il était convenu que je ferai une bande dessinée classique, avec de vrais décors et des phylactères denses, où il convenait de caser la typographie de façon astucieuse et harmonieuse. Je me suis beaucoup amusé avec cette intrigue partant dans tous les sens, riche de personnages drolatiques, bourrée de clins d’oeil à la culture occidentale – à la peinture ou au cinéma notamment. Il est certes toujours un peu fastidieux de se coltiner plus de 50 pages réalistes, mais j’ai réussi à y trouver mon plaisir. Il m’a fallu trouver des trucages graphiques pour rendre un propos bavard digeste, via des gestuelles, des lieux différents pour éviter l’ennui. En faisant mon découpage d’après le scénario, j’ai ôté ou résumé certaines scènes trop radiophoniques. J’ai toiletté l’ensemble, qui comportait certaines incohérences: on voyait par exemple certains protagonistes mourir puis ressusciter quelques épisodes plus loin… Il faut dire que Michel Boujut et Tardi avaient composé ce feuilleton à la manière d’un cadavre exquis, rédigeant chacun cinq épisodes à tour de rôle. De quoi créer une certaine confusion !

PL_PER-BAT-01.inddOù en êtes-vous du deuxième épisode du Perroquet des Batignolles ?
Je l’ai commencé, et il sera encore plus passionnant que le premier. Oscar va aller voir l’ornithologue du Jardin des Plantes pour analyser une mystérieuse plume qu’il a trouvée. Cela permettra d’effectuer une visite dessinée en règle du Museum d’histoire naturelle. Et puis on ira aussi à Lyon, voir le cinéaste Bertrand Tavernier. L’ennemi de notre héros, Le Fâcheux, va devenir un méchant qui glace le sang… Ce sera très varié et épique. Je prévois de tirer cinq ou six albums de l’intégralité du feuilleton.

Vous qui avez participé à la création de L’Association, quel regard portez-vous sur les mouvements qu’elle a récemment connus ?
J’ai pris le parti de ne plus y travailler, car je la sens bien mal engagée. Comme plusieurs copains, j’ai été poussé à la démission par Jean-Christophe Menu il y a cinq ans, mais je continuais à travailler pour L’Association comme auteur. Je regrette que les salariés aient pris le pouvoir sans légitimité éditoriale, et que Menu soit parti. J’aurais aimé qu’il puisse continuer à mener une ligne pure et incorruptible, permettant de défendre une bande dessinée radicale et expérimentale. Lewis Trondheim et David B. [respectivement trésorier et président de L’Association] ne continueront pas dans cette voie-là. De mon côté, je ne suis fâché avec personne, sauf avec les salariés.

Propos recueillis par Laurence Le Saux

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Le Perroquet des Batignolles.
Par Stanislas, Michel Boujut et Tardi.
Dargaud, 13,95€, le 17 juin 2011.

Images © Dargaud.

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