Le Sel des jours
Quelle drôle de matière que le sel. De celle qui redonne goût à l’existence, elle peut également devenir mortifère en cas de trop plein. Elle assèche et enchante, corrompt et ravive, peut provenir des larmes comme de la mer. Avec cette suite d’illustrations pouvant se lire comme une bande dessinée aux larges ellipses temporelles, Sandrine Martin tente de comprendre ce qui nous remplit et nous détruit. L’autrice des Petites Niaiseuses vient ici scruter notre plus grande inquiétude de nous lever le matin et de nous coucher le soir : le sempiternel besoin d’amour.
Tout démarre, bien sûr, par un coup de foudre. Dans cette faille ouverte,
l’héroïne tombe avec allégresse. Le paradis la rattrape avec les premiers temps du couple qui ne sont que joies et petits papillons. Puis viennent les temps plus durs avec la routine, les enfants et les doutes. L’éther initial dans lequel elle flottait ressemble désormais à une cage dans laquelle les hauts et les bas sont très palpables et sur lesquels ont vient se cogner régulièrement.
Pour parvenir à nous raconter tout cela, Sandrine Martin illustre, c’est son métier. Petites pastilles, pages entières et grandes double-pages se suivent et se répondent dans une grande démonstration de force narrative. Les images sont bien belles, c’est sûr, avec ses jeux de couleurs affriolantes, ses traces de crayons sensibles et le formidable équilibre que la dessinatrice parvient à construire. Mais, plus que ça, elle parvient à y ajouter son propre ton, ses références et sa mythologie. D’un récit singulier, elle vient toucher à la vie personnelle de chacun et chacune d’entre nous. Malgré l’étrange format narratif du Sel des jours, une tension surgit, une intrigue avance et nous nous prenons d’empathie pour ces personnages qui, pourtant, resteront muets pendant la totalité de l’histoire. Petit miracle pour cœur tout mou, ce livre illustré va faire chavirer bien des esprits.





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