Brooklyn Dreams ****

Par Glenn Barr et J.M. DeMatteis. Futuropolis, 26 €, le 3 juillet 2009.
Que faire quand on a une quarantaine d’années et qu’on a eu une enfance un brin mouvementée dans les années 70 à Brooklyn, New York, entre un père italien, une mère juive, et la déferlante du LSD? Une longue psychanalyse ou un bon roman graphique. Ou les deux en un, pourquoi pas?
Tel est l’objet de ces Brooklyn Dreams, souvenirs distordus du scénariste J.M.DeMatteis sur son adolescence dépressive, sa peur du sexe et sa quête de sens. Une quête de sens et de réponses qui va le mener vers une sorte d’illumination spirituelle. Mais, dans son univers étrange entre Will Eisner, Woody Allen et Martin Scorsese, ce ne sont pas tant les événements qu’il raconte ou les personnages qu’il décrit qui fascinent: c’est la manière de le faire. En effet, l’auteur et son dessinateur réussissent à faire avaler ces presque 400 pages de confessions intimes comme un bon milkshake en plein été: avec douceur et fraîcheur.
Le narrateur adulte évoque donc ses souvenirs, avec l’envie de raconter un événement précis. Mais à mesure qu’il parle, son esprit d’escalier se met en marche: il pense devoir éclairer son propos en racontant d’autres passages de son enfance, ou de mieux décrire son entourage. Résultat, les digressions se multiplient, et même les digressions dans les digressions. On aboutit à un portrait riche, vivant et détaillé d’une cellule familiale finalement assez banale, mais qui, racontée avec la verve de DeMattei, prend des allures fantastiques. Le dessin du graphiste Glenn Barr joue sur le même niveau: mêlant cartoon et peinture, il produit des cases répondant avec humour et ironie au langage imagé et plein de références à la culture américaine de son scénariste. L’ensemble est donc une superbe séance de psychanalyse dessinée, un peu décevante par sa conclusion (parce qu’une analyse, ça ne finit jamais vraiment…), mais tellement enthousiasmante par sa mise en scène que, quand on repose ce gros pavé qui a mis 15 ans à débarquer en France, c’est pour applaudir des deux mains.
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