ID. Noires
Il est toujours bien difficile de porter un regard objectif sur ce genre de projet. L’importance symbolique et la portée sociale de livres comme ID. Noires, basé sur des récits d’exilés, met bien souvent à mal la pertinence même d’un quelconque jugement critique. La dureté des histoires retranscrites et le processus forcément extraordinaire de sa création ne peut qu’intimer la bienveillance et taire nos inclinaisons négatives. Pourtant, ici, ouf, nous n’en avons que très peu.
ID. Noires est signé du studio Baraka Grafika, collectif mêlant des migrants membres du groupe bruxellois de La Voix des Sans-Papiers (Mamadou Taslim Diallo, Alberto Isifin Tchama, Halidou Ouandaogo et Thierno Dia) et des étudiants issus du master BD de l’École Saint-Luc (Amandine Bertholet, Simon Boillat, Agustin David Llosa et Margot Preham). À huit cerveaux et seize mains, il ont tenté de décrire ce qu’était un exil, une arrivée dans un pays étranger et l’enfer administratif qui s’ensuit. Les parcours de Taslim, venu de Guinée-Conakry, le Sénégalais Thierno, le Burkinabé Halidou et le Bissao-Guinéen Alberto racontent, chacun avec ses singularités, les violences du pays d’origine et du voyage mais aussi la détermination et le courage de ces hommes et femmes qu’on anonymise ici sous le nom de migrant. Ils mettent aussi en évidence le peu de cas que nos pays riches font de ces gens qui se retrouvent baladés, exploités et finalement mis hors-la-loi.
Devant la dureté des récits et la fureur des sentiments, la BD, pourtant, ne ploie pas. Mieux, grâce au mélange inédit des styles et des cultures graphiques, elle s’enrichit de nouvelles façons de faire, d’autre manière de poser une histoire, d’autres façons de construire la page. L’art brut des néo-dessinateurs s’insère parfaitement dans les traits plus aguerris des étudiants. Le lecteur est désarçonné, balloté dans une univers à la fois familier et totalement réinventé par une créativité venu de mille chemins différents. Au-delà du poignant récit de l’émigration, le studio Baraka Grafika donne, avec cette ID. Noires, une vivacité inattendue à l’art séquentiel.
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