Image Image Image Image Image Image Image Image Image Image

BoDoï, explorateur de bandes dessinées – Infos BD, comics, mangas | October 25, 2021















Retour en haut de page

Haut de page

No Comments

Attentat contre Charlie : deux témoignages par le dessin

15 mars 2021 |

Coco Portrait

© Joel Saget / AFP

Six ans. Déjà. Six ans que les bureaux de Charlie hebdo ont été attaqués par deux terroristes, causant douze morts (parmi lesquels les dessinateurs de presse Cabu, Charb, Honoré, Tignous et Wolinski), onze blessés et une dizaine de rescapés devant continuer à vivre avec tout ça. Puisqu’après, il reste les survivants. Ayant décroché son premier reportage pour Charlie hebdo trois semaines seulement avant les attentats du 7 janvier 2015, Corinne Rey, alias Coco, fait partie de ceux-là. Bientôt quarantenaire, la discrète dessinatrice vient de devenir la première femme caricaturiste de presse attitrée à un grand quotidien. Au premier avril, elle succèdera à Willem (Grand Prix d’Angoulême en 2013 et lui aussi figure de Charlie Hebdo) qui quitte Libération à l’aube de ses 80 ans, et après 40 ans de service.

Dessiner pour montrer, pour raconter, pour vivre

Dans sa nouvelle bande dessinée, Dessiner encore, l’autrice se livre. Son ouvrage cathartique entre forcément en résonance avec ceux de Luz (Catharsis, puis Indélébiles) et de Catherine Meurisse (La Légèreté), eux aussi rescapés de l’attaque contre le journal satirique et ses membres. Et à la lecture des écrits de ces trois auteurs, l’évidence est là : leur reconstruction passe par le dessin. Échappatoire, griffonnage frénétique, recherche de la beauté, évitement, besoin de raconter… Ces trois dessinateurs sont intimement liés à leur moyen d’expression, qui devient tour à tour moyen de défense, miroir intime et déversoir purgatif.

La ligne épaisse et vivante, les dessins généreusement simples et imposants, Coco revient sur son vécu de l’attaque. Vécu d’autant plus tragique qu’elle INT Dessiner 210X260mm P001-352.indda été confrontée directement aux tueurs pendant de très longs instants, éprouvants, qu’elle retranscrit dans des pages vibrantes et tragiques d’une grande intensité. Mais plus que cela, elle raconte son histoire d’avec le journal. De ses débuts en août 2008 au jour tragique. De sa difficulté à reprendre pied et des nombreuses fois où l’horreur la rattrape inévitablement.

Et en cela la couverture de Coco est évocatrice. Le bleu de la vague qui la submerge inéluctablement, de manière subite et violente, les innombrables feuilles qu’elle griffonne et le crayon auquel elle s’amarre pour ne pas sombrer. Puis, en 4e de couverture, ces deux fantômes cagoulés, le regard effrayant, toujours tapi dans l’ombre, dans les souvenirs. Pour l’éternité. Mais aussi cette lumière, cet espace blanc qui fait respirer l’image et la dessinatrice. Cette lueur d’espoir, fugace et qui lui permettra de reprendre le dessus.

Cette BD retrace aussi plus largement la grande et la petite histoire du journal. L’affaire des caricatures de Mahomet et les saccages des bureaux de la rédaction, le travail sur le « numéro des survivants » et notamment sa difficile recherche de couverture par Luz, les attentats qui ont suivi les 8 et 9 janvier 2015… Des moments évidemment douloureux. D’autres, très nostalgiques. Ceux d’une époque, d’une équipe, auxquelles elle est attachée. Des souvenirs de Cabu, de Charb et du reste de l’équipe. Des petits riens, de l’amour, de l’admiration et une volonté indestructible de dessiner. Dessiner pour oublier. Dessiner pour montrer. Dessiner pour raconter. Dessiner pour vivre.

Ses 350 pages se dévoilent par vagues, entre étouffement, submersion d’émotion, perte de contrôle, souvenirs émus, réminiscences violentes, pensées fugaces et folle envie d’exister, de dessiner, de dire. S’en dégage un témoignage bouleversant. Essentiel. Pour Coco, mais aussi pour le lecteur, qui déconstruit et revient une date inoubliable du début du XXIe siècle, devient témoin et soutien d’une dessinatrice, d’une équipe et d’un journal, tristes victimes de leur propre liberté.

INT Dessiner 210X260mm P001-352.indd

Un procès couché sur papier

Proces Janvier 2015 CouvAu mois de janvier est également paru un livre qui revient sur ces tragiques attaques, au travers de la retranscription du procès des attentats de janvier 2015 commencé le 2 septembre 2020. Janvier 2015 – Le procès n’est pas une bande dessinée, il s’agit d’un recueil de textes écrits par Yannick Haenel, des citations et de dessins de François Boucq. Les deux auteurs ayant assisté à la totalité des audiences, ce riche et très dense volume regroupe l’intégralité des deux mois et demi de procès.

L’approche est tout autre par rapport aux livres que nous connaissons des rescapés du drame. Judiciaire et au plus près des personnes impliquées de près ou de loin dans ces événements, accusés ou victimes. Des témoignages, de longs textes de Yannick Haenel et des dessins pris sur le vif par François Boucq qui arrive à capter l’instant, les postures, l’atmosphère d’une salle d’audience. Un ouvrage lui aussi poignant et dur, tristement dédié à Samuel Paty, décapité en pleine rue le 16 octobre 2020 alors que ce procès était encore en cours… Ce qui montre que tout est encore loin d’être derrière nous.

Planches intérieures © Dessiner encore, de Coco, aux Éditions Les Arènes BD

____________________

Dessiner encore.
Par Coco.
Les Arènes BD, 352 p., 28 €.

Janvier 2015 – Le procès.
Par Yannick Haenel et François Boucq.
Les Échappés-Charlie Hebdo, 216 p., 22€.

____________________

Publiez un commentaire