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BoDoï, explorateur de bandes dessinées – Infos BD, comics, mangas | August 18, 2017

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D : pour le meilleur et le vampire

16 janvier 2009 |

d_intro.jpgDepuis 2002, date de sortie du dernier Garulfo – l’histoire d’une grenouille héroïque capable de faire de l’ombre au prince charmant -, il nous laissait exsangues, sans rien de nouveau à nous mettre sous la dent. Le duo formé par le dessinateur Bruno Maïorana et le scénariste Alain Ayroles a heureusement repris de la vigueur : ces deux adeptes du conte de fées, qu’ils revisitaient de façon inspirée, publient D, un triptyque dédié aux vampires. On y retrouve leur savoir-faire : dialogues impeccables, trait nerveux et personnages fouillés. Au service d’une histoire qui démarre à pas feutrés : l’explorateur Richard Drake s’éprend de la belle Miss Lacombe, menacée par un ténébreux dandy qui pourrait bien être un vampire…

d_chateau.jpgBruno Maïorana, êtes-vous un spécialiste des vampires ?
Bruno Maïorana : Non, mais j’adore le mythe de Dracula et j’ai lu plein de bouquins sur le sujet. On en trouve des mauvais, et… des médiocres. Mais il existe quelques exceptions, comme les ouvrages de Bram Stoker ou Anne Rice. Pour D, je n’ai pas voulu m’inspirer des ambiances gothiques des films de genre, trop kitsch à mon goût. Je souhaitais au contraire éviter le clinquant vampirique, rester sobre et élégant.

D’où vient cet intérêt pour les vampires ?
B. M. : Il remonte à une bêtise enfantine. Gamin, je me suis levé un soir en douce pour voir ce que mes parents regardaient à la télé. C’était le Nosferatu de Murnau. J’en ai fait des cauchemars pendant toute la semaine qui a suivi ! Petit, j’étais hypnotisé par l’exemplaire familial de Dracula de Bram Stoker. Sa couverture noire ornée d’un filet de sang me terrifiait et me fascinait à la fois. J’ai dû attendre de grandir pour pouvoir le lire, et c’est devenu un de mes livres cultes. Je savais dès lors que je ferais un jour une BD sur les vampires !

d_dracula.jpgAlain Ayroles, vous avez proposé l’idée de cette série à Bruno Maïorana. Saviez-vous que c’était un sujet qu’il ne pourrait refuser ?
Alain Ayroles : Oui. Et il m’a mis en garde dès le départ, en me disant qu’il fallait que ce soit vachement intéressant et original. Le défi m’a plu, j’ai relevé le gant.
B. M. : Quand Alain m’a dit qu’il tenait un bon scénario sur ce thème, j’ai cru qu’il se moquait de moi. Cela me semblait mission impossible ! Pendant qu’il m’exposait l’histoire, je ne pouvait rien dire d’autre que des « ha ouais ! » à répétition. Toutefois, le lecteur ne percevra peut-être pas tout de suite le côté original du scénario, car il se dévoile au fil des trois albums.

Garulfo détournait le conte de fées. Souhaitez-vous emprunter le même chemin avec le genre vampirique ?
A. A. : Attention, Garulfo n’était pas une parodie mais un véritable conte de fées, qui s’achevait par la traditionnelle phrase « Ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants ». Avec D, nous appliquons la même méthode, en suivant les règles des histoires de vampires. Même si ce thème est usé jusqu’à la corde, il est encore possible de le rendre intéressant, en lui insufflant par exemple un peu de poésie, de psychologie ou de l’action à des moments inattendus. Ces micro-décalages parviennent à créer de l’inédit.

Vous êtes-vous beaucoup documentés ?
A. A. : Oui, nous sommes revenus à l’origine du mythe. Via les œuvres qui ont fondé l’image du vampire – Dracula de Bram Stoker, Carmilla de Sheridan le Fanu ou Le Vampire de Polidori. En me plongeant dans ces livres, je découvert que le mythe du vampire abordait un très grand nombre de thèmes : l’immortalité et la séduction bien sûr, mais aussi la prédation, le parasitisme, l’érotisme…
B. M. : Dracula est une sorte de super-mythe !

Vous resituez les vampires à l’époque où ils apparaissent en littérature : en pleine Angleterre victorienne.
A. A. : Je me suis notamment intéressé aux figures du moment, comme Oscar Wilde. Son roman Le Portrait de Dorian Gray rappelle le vampirisme par son approche fantastique du thème de l’éternelle jeunesse. Il n’est pas étonnant que le mythe de Dracula soit né à l’époque de Jack l’éventreur ou du roman L’Etrange cas du Dr Jekyll et de Mister Hyde de Stevenson. Les émotions étaient alors tellement réprimées que, lorsqu’elles s’exprimaient, cela ne pouvait être qu’avec force et sauvagerie.

Votre héros, l’aventurier Richard Drake, se situe à contre-courant de cette société corsetée.
A. A. : Je me suis inspiré d’un incroyable explorateur anglais du XIXe siècle, Richard Francis Burton. Cet ethnologue avant l’heure, fin lettré et sabreur hors pair, a visité l’Afrique, l’Asie, l’Amérique du Sud, a découvert les sources du Nil… Il est étonnant, « bigger than life » [qui dépasse l’entendement]. A tel point que nous avons dû réduire ses qualités afin d’en faire un personnage crédible. Comme son modèle historique, Richard Drake se sent à l’étroit dans la société anglaise. Ce qui l’amène à partir à l’aventure.

d_dialogue.jpgPourtant, vous ne lui faites vivre qu’une simple histoire d’amour très romantique !
B. M. : Nous sommes très fleur bleue…
A. A. : Lorsque notre album commence, Richard Drake est entre deux expéditions. Il n’est donc pas censé vivre des histoires extraordinaires. Mais le fantastique va entrer dans sa vie sous la forme d’un personnage des plus ordinaires : Mister Jones, un banal comptable. La nuit, ce petit homme terne s’empare de sa mallette contenant un pieu, un marteau et un crucifix, et part à la chasse…

Cette époque victorienne est-elle enthousiasmante à dessiner ?
B. M. : Bien sûr. Sauf que ça faisait neuf ans que je m’escrimais à dessiner des carrosses et des châteaux moyenâgeux pour Garulfo. Pile au moment où je les réussissais, il m’a fallu changer de siècle !
A. A. : Il doit maintenant représenter des fiacres et des manoirs !
B. M. : La véritable difficulté a été de m’habituer au jeu des acteurs. Dans Garulfo, les expressions et les poses étaient très exagérées. A l’inverse, les héros de D sont tout en retenue et en subtilité. Ce sont des Anglais… Je me suis beaucoup documenté sur l’époque, notamment pour comprendre comment fonctionnaient les intérieurs victoriens. J’ai compris que le « Victorien » installe dans son salon trois chaises où nous n’en mettons qu’une !

Pourquoi avoir abandonné la bande dessinée pendant si longtemps ?
B. M. : J’avais décidé de vivre de mes rentes ! Mais, au bout d’un moment, l’argent s’épuise. Et lorsque j’ai voulu reprendre, les choses se sont compliquées. J’ai eu du mal à passer à autre chose, à me détacher des héros de Garulfo.
A.A. : Nous avons eu la tentation de continuer cette série. Bruno et Guy Delcourt me l’avaient demandé. J’avais promis d’essayer de trouver une suite enthousiasmante, mais sans succès.
B. M. : Et puis nous ne voulions pas galvauder un travail dont nous étions fiers. Il a donc fallu aller de l’avant!

Propos recueillis par Allison Reber

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D #1
Par Bruno Maïorana et Alain Ayroles.
Delcourt, 14,95 €, le 21 janvier 2009.
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Commentaires

  1. Ah enfin de quoi se mettre sous la dent (je sais le jeu de mot est facile) avec cette nouvelle série tant attendue, qui risque de très vite se retrouver chroniquée sur http://blog.vampirisme.com/vampire/.

    Avec ces deux auteurs, qui ont déjà su nous séduire avec leur Garulfo, il y a fort à parier qu’on va une fois de plus se retrouver embarqué dans une histoire aussi belle qu’originale.

  2. Ah enfin de quoi se mettre sous la dent (je sais le jeu de mot est facile) avec cette nouvelle série tant attendue, qui risque de très vite se retrouver chroniquée sur http://blog.vampirisme.com/vampire/.

    Avec ces deux auteurs, qui ont déjà su nous séduire avec leur Garulfo, il y a fort à parier qu’on va une fois de plus se retrouver embarqué dans une histoire aussi belle qu’originale.

  3. Bon sang ! (je sais, je sais…) Je suis impatiente de découvrir de quelle façon, forcément originale, le thème du vampire a été traité par nos deux compères…

    (Et non, je ne suis pas « Héphylie » avec un « H » ! Rien à voir, tsss…)

  4. Bon sang ! (je sais, je sais…) Je suis impatiente de découvrir de quelle façon, forcément originale, le thème du vampire a été traité par nos deux compères…

    (Et non, je ne suis pas « Héphylie » avec un « H » ! Rien à voir, tsss…)

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