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BoDoï, explorateur de bandes dessinées – Infos BD, comics, mangas | August 18, 2017

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Grand Prix d’Angoulême 2014 : et si c’était Katsuhiro Otomo ?

28 janvier 2014 |

BoDoï dresse le portrait des trois finalistes pour le Grand Prix 2014 du Festival international de la bande dessinée d’Angoulême. Après Alan Moore et Bill Watterson : Katsuhiro Otomo.

otomo_photoLes mangakas lauréats du Grand Prix de la ville d’Angoulême, il n’y en a tout simplement jamais eu. Jusqu’à l’an dernier, avec Akira Toriyama, créateur de Dragon Ball, honoré d’un « Prix du 40e anniversaire »… Cette année, au sein de la liste des 25 présidents potentiels, on ne trouvait que deux Japonais, Jiro Taniguchi et Katsuhiro Otomo. C’est dire l’événement si ce dernier arrivait en tête du deuxième tour de scrutin !

«Akira, ce n’est pas du manga, c’est de la BD!», pouvait-on entendre, sous forme de compliment, dans les années 1990, quand le manga n’avait pas encore gagné ses lettres de noblesse en Gaule. Pourtant, l’influence même de la culture occidentale est centrale dans l’œuvre du petit Katsuhiro Otomo, né en 1954. Une influence clairement française même, de par son amour pour le style de Moebius des années Métal Hurlant. Et jusque dans son premier manga qu’il dessine à 19 ans, adaptant un récit… de Prosper Mérimée !

otomo_domuDans les années 1970, inspiré par le genre gekiga (manga aux thèmes contemporains et dramatiques, à destination d’un lectorat adulte), il s’éloigne du style académique d’un Osamu Tezuka. Otomo se tourne donc vers un type de récit plus mature et porté vers le fantastique. C’est à cette époque qu’il esquisse les première idées qui le conduiront à la réalisation de son deuxième chef d’œuvre animé, Memories. Certaines de ces histoires ont d’ailleurs été rassemblées dans un gros volume chez Kana.

Mais revenons aux années 1980, avec Domû. Cette histoire d’une petite fille découvrant ses pouvoirs de psychokinésie dans une banlieue dortoir du Japon pose les bases de l’œuvre qui fera connaître notre petit génie dans le monde entier. Cette œuvre est bien entendu Akira. Récit fleuve qui influença toute l’industrie de la pop culture mondiale des années 80-90, Akira n’est pas qu’une démonstration de management d’une équipe de dessinateurs au service de l’auteur. Car pour dessiner ses décors tentaculaires devenus cultes, ses milliers de figurants, ses machines de guerre, Katsuhiro Otomo crée le studio MashRoom, comptant au plus fort de sa production pas moins de 40 employés ! Le débat alors de savoir si l’industrialisation de la fabrication d’un manga efface les mérites d’un auteur de BD est un non-sens. Autant prétendre qu’un cinéaste, un architecte, ou encore un metteur en scène de théâtre n’est pas un artiste…

akira_poster_japonaisVéritable tour de force graphique qui déferla dans les années 1990 en France et aux États-Unis, Akira est aussi une entrée en matière dans une certaine façon de concevoir le monde, au delà de certains dogmes occidentaux et manichéens. Ce choc aussi bien esthétique que culturel sera bien entendu relayé par ce que beaucoup considèrent (à tort, mais on les pardonne) comme le premier chef d’œuvre de l’animation japonaise : l’adaptation cinématographique d’Akira par l’auteur lui-même, en 1988. Celui-ci avait déjà fait ses armes sur certaines productions plus confidentielles comme Armaggedon (un autre classique qui a très mal vieilli, par contre) et Manie Manie (un omnibus en collaboration avec d’autres réalisateurs plus confirmés – magnifique mais hélas trop court).

Animation virtuose, décors grandioses… Malgré un budget très en-deçà des productions animées américaines de l’époque, Akira est une leçon de cinéma ! Otomo récidive plus tard avec Roujin Z en 1991. Un film étrange et drôle où l’auteur s’intéresse au vieillissement de la population nippone, au travers d’un scénario apocalyptique (et prémonitoire ?). Il ne délaisse pas le manga pour autant, écrivant notamment Mother Sarah, avec Takumi Nagayasu.

Plus tard, avec Memories, il dirigie un étrange mais fascinant dessin animé collectif avec deux autres réalisateurs, oscillant entre space opera, trip d’auteur antimilitariste… et comédie pouet pouet. En 2001, il écrit le long-métrage Metropolis pour Rintaro. Et trois ans plus tard, hélas, c’est le faux-pas avec Steamboy. Film monstre de tous les records, la bête est à nouveau une démonstration technique virtuose, mais le scénario s’égare dans une sorte de fourre-tout, confirmant l’adage que les bonnes idées ne font pas forcément les bons films.

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Otomo ne se laisse pas démonter et collabore à la création d’une mini-série en 3D intitulée Freedom, une expérimentation formelle intéressante et plutôt en avance sur son temps. C’est en juillet 2013, à presque 60 ans, qu’il livre sa dernière expérience en date avec Short Peace (inédit en France à ce jour). Là encore, il pousse l’animation traditionnelle et l’imagerie numérique dans ses derniers retranchements: les bandes-annonces promettent une œuvre au moins visuellement époustouflante !

Au final, Katsuhiro Otomo ressemble à un éternel gosse qui joue aux adultes, et qui est payé pour. Un grand rêve de gosse en somme. Cela ne ferait-il pas un beau président pour le Festival d’Angoulême?

Kara

 

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