La Sculptrice
Coline est paumée. Artiste sculptrice dans l’impasse, dans ses créations comme dans sa vie, elle se rend au vernissage couru de la nouvelle expo de Sigrid Citadelle, ancienne camarade de promo et amour de jeunesse. Elle va d’abord y croiser Rémi, un étrange personnage dont elle ne se souvient pas mais qui lui affirme qu’il était dans leur classe. Avec lui, les catastrophes s’enchaînent : Coline fait tomber une sculpture, se fait envoyer chez le psy, découvre qu’elle n’a plus de proches à qui se confier. Et ce, alors que la ville est en train d’être totalement inondée suite à l’effondrement d’un barrage…
Le trop rare Quentin Vijoux (Eugène, Jeux de classe) développe ici un récit surréaliste, où les situations absurdes s’enchaînent, effaçant la frontière entre le réel et l’onirique. Coline, en plein tourment émotionnel, se retrouve embarquée dans une quête kafkaïenne pour prouver sa bonne santé mentale, alors que ses frustrations et sa colère se sont matérialisées en un ami imaginaire au projet cathartique. Elle croise sur son chemin divers personnages loufoques ou malaisants, et peu à peu se libère de ses entraves, non sans marcher au bord du gouffre de la folie : à force d’avoir voulu vivre selon ses fantasmes d’adolescente, elle n’a pas laissé s’épanouir sa propre personnalité. Au fil de ces étranges aventures, on pense à certains albums de Blutch (Vitesse moderne, Lune l’envers), mais la ligne claire de Quentin Vijoux, ainsi que sa mise en scène aérienne sans case et sa gamme limitée de couleurs et matières (bleu, rouge, trames) confère à ce livre une légèreté bienvenue, une ambiance singulière comme un rêve déstabilisant mais pas désagréable. Une des très jolies surprises du printemps.





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