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BoDoï, explorateur de bandes dessinées – Infos BD, comics, mangas | October 18, 2017

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8 Comments

« Le Chat du rabbin » en version animée: honnête, mais pas divin

1 juin 2011 |

Pas évident d’adapter soi-même son oeuvre au cinéma. Zep l’a prouvé il y a peu avec le décevant Titeuf, le film, singulièrement plat. Joann Sfar parviendrait-il, lui, à restituer l’univers complexe, finement doré à l’humour, de son Chat du rabbin ?

chat_afficheLa réponse est mitigée. Pas déplaisant, mais pas transcendant non plus, le long-métrage s’éloigne du schéma narratif de la bande dessinée, sans toutefois oublier son ton caractéristique, à la fois philosophique et piquant.

« Soit on décidait de n’adapter que le premier tome de la BD, ce qui revenait à réaliser la chronique tendre d’une famille juive à Alger, précise Joann Sfar dans le dossier de presse du film. Soit on assumait le fait que cette série ne parle pas spécifiquement des Juifs, mais d’un chat qui fait face à la religiosité et au colonialisme, et l’on exploitait plusieurs volumes de la série. C’est le choix que nous avons fait: traverser toute l’Afrique pour reprendre la route de l’imaginaire colonial et raconter l’universalité de la bêtise humaine. »

Sur un temps relativement court – 1h40 -, ramené aux faits étalés dans la série, le spectateur embarque donc aux côtés d’un chat parlant (puis muet), curieux et débatteur, et de son maître le rabbin Sfar, pour des aventures intellectuelles et humaines, qui remettent en question tous les dogmes. Et permettent à un Juif de se frotter à des musulmans ou à un ancien soldat du Tsar, à la recherche d’une contrée merveilleuse peuplée de Juifs noirs… Malgré un ventre mou ici ou là – notamment vers le milieu du film, quand la grande expédition de nos héros peine à démarrer –, le matou malin (pour lequel « Dieu n’est qu’une invention qui rassure ») maintient l’attention de qui le regarde évoluer, sans toutefois captiver totalement.

chat_1Habilement ciselés, les dialogues sont interprétés par un casting prestigieux, en tête duquel figure François Morel dans la peau du chat. Seulement voilà, la voix si caractéristique du comédien des Deschiens peine à faire oublier l’homme derrière le félin, lui octroyant une personnalité un peu trop affirmée.

Dans le rôle de Zlabya, sensuelle fille du rabbin ici sacrifiée par le scénario, on trouve Hafsia Herzi (la révélation de La Graine et le mulet d’Abdellatif Kechiche). Qui affuble la jeune femme, plutôt mystérieuse et sereine dans la bande dessinée, d’un parler terriblement trivial, la transformant en adolescente boudeuse tête-à-claques. Deux regrets donc, contrebalancés par une incarnation fort juste du rabbin (Maurice Bénichou), du Malka des lions (Jean-Pierre Kalfon) ou de l’Africaine (Marguerite Abouet, la scénariste d’Aya de Yopougon).

chat_2Visuellement, ce Chat du rabbin se révèle plutôt séduisant : réalisé par Joann Sfar et Antoine Delesvaux, d’après les travaux d’une soixantaine d’animateurs et de dessinateurs – figurent notamment au générique les auteurs Vincent Perriot, Gabriel Schemoul, Gregory Elbaz, Agnès Maupré… -, son dessin précis, finement découpé et habillé de couleurs chaleureuses, apporte une belle élégance à l’ensemble.

Ici ou là, quelques séquences drolatiques ou oniriques – la rencontre avec Tintin et son stupide cabot, ou bien la découverte de la Jérusalem noire – insufflent à l’ensemble une fraîcheur supplémentaire. On reste beaucoup plus réservé quant à l’usage de la 3D, censée amener le spectateur « au plus près des personnages dans les moments d’intimité », selon Joann Sfar. Les passages où le relief apparaît semblent fort réduits et n’apportent rien à la perception de l’histoire, obligeant à supporter des lunettes – et un coût financier augmenté – pour un bénéfice fort restreint, voire inexistant.

Soigneusement ficelé et plutôt agréable au final, ce Chat du rabbin version animée provoque un enthousiasme tempéré. Ambitieux sur le fond, comme la série dessinée, il se veut grand public sur la forme. Mais ses propos philosophico-humanistes – qui nous paraissent peu accessibles aux moins de 12 ans – sauront-ils retenir l’attention des familles ?

chat_3

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Le Chat du rabbin
Par Joann Sfar et Antoine Delesvaux.
Sur un scénario de Joann Sfar et Sandrina Jardel.

Avec les voix de François Morel, Maurice Bénichou, Hafsia Herzi, François Damiens, Mathieu Amalric, Jean-Pierre Kalfon, Fellag, Marguerite Abouet, Sava Lolov…

Long-métrage d’animation en 3D. Durée: 1h40.
En salles le 1er juin 2011.

Images © Autochenille Production.

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Commentaires

  1. Francis Pincemoi

    Voila une critique argumentée et détaillée, et que j’approuve dans l’ensemble. Mais ce film prouve les limites de l’adaptation en dessin animé par rapport à l’oeuvre originale. Car si les mouvements réduits (pour faute de budget et le condensé de 300 pages sur 1h30 permettent de faire une oeuvre digest, on peut aussi bien se payer la série originale d’albums! On voit bien que l’on est pas chez Dreamworks ou Pixar, l’animation rappelle celle des DA français des années quatre-vingt. Alors que dans Persépolis, elle apportait un plus au trait de Satrapi!)!!
    Ce DA ne plaira pas aux enfants (pas assez de gags). Pourtant il y en avait entre 5 et 10 ans dans la salle, sans doute accompagnés de leur parents. J’ai vu Sfar à la télé promouvoir son film en se faisant l’apôtre d’une réconciliation juifs-arabes, mais je doute que ce film y contribue.
    Quant à la 3D, on la voit surtout au niveau des décors qui peuvent dans certains cas donner une une impression de profondeur. Un gadget, qui servira à doper d’une euro de plus chaque place vendue!

  2. Francis Pincemoi

    Voila une critique argumentée et détaillée, et que j’approuve dans l’ensemble. Mais ce film prouve les limites de l’adaptation en dessin animé par rapport à l’oeuvre originale. Car si les mouvements réduits (pour faute de budget et le condensé de 300 pages sur 1h30 permettent de faire une oeuvre digest, on peut aussi bien se payer la série originale d’albums! On voit bien que l’on est pas chez Dreamworks ou Pixar, l’animation rappelle celle des DA français des années quatre-vingt. Alors que dans Persépolis, elle apportait un plus au trait de Satrapi!)!!
    Ce DA ne plaira pas aux enfants (pas assez de gags). Pourtant il y en avait entre 5 et 10 ans dans la salle, sans doute accompagnés de leur parents. J’ai vu Sfar à la télé promouvoir son film en se faisant l’apôtre d’une réconciliation juifs-arabes, mais je doute que ce film y contribue.
    Quant à la 3D, on la voit surtout au niveau des décors qui peuvent dans certains cas donner une une impression de profondeur. Un gadget, qui servira à doper d’une euro de plus chaque place vendue!

  3. wil

    moi je pense surtout qu’il faut mettre ceux qui ce sont occupés du montage en prison! c’est beau comme une poesie les personnages sont bien presents mais les dialogues parfois auraient merités d’etre calés differement et les scene d’etre soit coupées un poil plus tot soit un poil plus tard. quand le chat mange l’oiseau je ne sais pas si c’est juste dans ma salle mais il y a eu limage de l’oeil qui est restée figé un tout petit pe de trop mais assez pour casser l’impression de mouvement rapide. et des exemples comme ça il y en a plein…

    sion slabia… ahh slabia avec la voix de hafzia herzi (ça ne doit pas du tout s’ecrire comme ça) moi j’en suis amoureux!
    et l’anim du chat est digne des disney du livre de la jungle!

    donc pour les hyperfans: à voir quand meme parce que bon la drogue ça ne se refuse pas.
    pour ceux qui n’aiment pas sfar: ne faites pas le deplacement
    pour les autres ça se laisse voir comme une poesie un apres midi de soleil.

  4. wil

    moi je pense surtout qu’il faut mettre ceux qui ce sont occupés du montage en prison! c’est beau comme une poesie les personnages sont bien presents mais les dialogues parfois auraient merités d’etre calés differement et les scene d’etre soit coupées un poil plus tot soit un poil plus tard. quand le chat mange l’oiseau je ne sais pas si c’est juste dans ma salle mais il y a eu limage de l’oeil qui est restée figé un tout petit pe de trop mais assez pour casser l’impression de mouvement rapide. et des exemples comme ça il y en a plein…

    sion slabia… ahh slabia avec la voix de hafzia herzi (ça ne doit pas du tout s’ecrire comme ça) moi j’en suis amoureux!
    et l’anim du chat est digne des disney du livre de la jungle!

    donc pour les hyperfans: à voir quand meme parce que bon la drogue ça ne se refuse pas.
    pour ceux qui n’aiment pas sfar: ne faites pas le deplacement
    pour les autres ça se laisse voir comme une poesie un apres midi de soleil.

  5. melanie

    Vu ce week-end dans une salle enthousiaste. Plein d’enfants. Le film a été applaudi. Vos critiques sont respectables, argumentées et sincères. Je vous trouve cependant très durs avec Titeuf et Le Chat du Rabbin…et beaucoup trop gentils avec les X-Men!!! Quand on lit les pincettes que vous prenez pour parler de l’animation française, et qu’on voit votre enthousiasme pour les pires produits US, ça laisse rêveur. Comprenez-moi, je ne vous demande pas de soutenir à tout prix les films français, mais on a tout de même le sentiment de deux grilles de lectures.

  6. melanie

    Vu ce week-end dans une salle enthousiaste. Plein d’enfants. Le film a été applaudi. Vos critiques sont respectables, argumentées et sincères. Je vous trouve cependant très durs avec Titeuf et Le Chat du Rabbin…et beaucoup trop gentils avec les X-Men!!! Quand on lit les pincettes que vous prenez pour parler de l’animation française, et qu’on voit votre enthousiasme pour les pires produits US, ça laisse rêveur. Comprenez-moi, je ne vous demande pas de soutenir à tout prix les films français, mais on a tout de même le sentiment de deux grilles de lectures.

  7. Chère Mélanie, allez donc lire ma critique de Thor et vous verrez que je ne suis pas complaisant avec les films de super-héros américains. http://www.bodoi.info/?p=46937
    Simplement, les attentes envers une adaptation du Chat du rabbin et une nouvelle transposition de l’univers des X-Men ne sont pas les mêmes, les films, les moyens et les univers ne sont pas comparables. Alors, les grilles de lecture peuvent varier d’un film à l’autre, cela me semble normal. Car on ne dira jamais « X-Men est mieux que Le Chat du rabbin », vous conviendrez que cela n’aurait aucun sens. X-Men: le commencement est un bon film dans son genre, pas plus. Le Chat du rabbin est une adaptation correcte par Joann Sfar de sa BD, sans plus. C’est tout.

  8. Chère Mélanie, allez donc lire ma critique de Thor et vous verrez que je ne suis pas complaisant avec les films de super-héros américains. http://www.bodoi.info/?p=46937
    Simplement, les attentes envers une adaptation du Chat du rabbin et une nouvelle transposition de l’univers des X-Men ne sont pas les mêmes, les films, les moyens et les univers ne sont pas comparables. Alors, les grilles de lecture peuvent varier d’un film à l’autre, cela me semble normal. Car on ne dira jamais « X-Men est mieux que Le Chat du rabbin », vous conviendrez que cela n’aurait aucun sens. X-Men: le commencement est un bon film dans son genre, pas plus. Le Chat du rabbin est une adaptation correcte par Joann Sfar de sa BD, sans plus. C’est tout.

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