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BoDoï, explorateur de bandes dessinées – Infos BD, comics, mangas | October 17, 2018















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Sélection BD érotiques #19

9 octobre 2018 |

Humour, adultère, transgression, fantastique… Alors que la bande dessinée se fait plutôt torride en cette rentrée (voir Servir le peuple ou Polaris), zoom sur quelques titres qui explorent le genre érotique avec un certain talent.

Petit Paul

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Bastien Vivès récidive. Après l’audacieux Les Melons de la colère et le grotesque mais pas moins gênant La Décharge mentale (tous deux dans la collection BD Cul des Requins Mateaux), le voici qui revient avec une nouvelle oeuvre érotique et délirante, sur le nouveau label Porn’Pop dirigé par Céline Tran. On retrouve ici en héros le petit frère bien membré des Melons, dans de courtes mésaventures de porn rural, où le ressort est toujours le même : incapable de contrôle les érections et les éjaculations de son sexe long comme « un quatre-quarts breton » voire comme une lance à incendie (si, si), Petit Paul cause des dégâts et des râles de plaisir un peu partout – dans les champs, à l’école, chez les copines de sa soeur… Nageant en plein cartoon, les personnages de Bastien Vivès ont beau être mineurs pour certains, on est loin du malaise que pouvait susciter par moments La Décharge mentale. Car ici, on n’est absolument pas dans de la pornographie brutale et sans recul, on est dans le grand n’importe quoi, dans une outrance rigolarde dont le manga maîtrise on ne peut mieux les artifices, et que l’auteur du Chemisier essaie de reproduire. Avec un talent certain dans la mise en scène et les dialogues faussement niais. C’est délicieusement débile et aussi très anecdotique. Mais largement plus original que l’autre sortie Porn’Pop de la rentrée, Les Joies du sex-toy et autre pratiques sexuelles, qui n’est qu’un guide illustré pour bien choisir ses accessoires pour pimenter ses nuits, traduction d’un ouvrage américain – pas totalement inintéressant, mais très pauvre en termes de bande dessinée.

Glénat/Porn’Pop, 12,90 €, 176 p., septembre 2018.

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Pour la peau

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Dans le genre si délicat et codifié de l’érotisme, c’est la très belle surprise de cette rentrée, voire de l’année. Sous le label Erotix, qui publiait principalement des perles du patrimoine du 9e art, les éditions Delcourt sortent ici une création au format roman graphique, écrite par Sandrine Saint-Marc et dessinée par Deloupy (Algériennes, Love Story à l’iranienne…). L’histoire de Gabriel et Mathilde, qui se croisent par hasard lors d’une fête, et font l’amour quasiment sur le champ. Elle a un mec, lui une femme et deux enfants. Ils se retrouvent de temps à autre pour s’ébattre dans le bureau de Gabriel, ils ne parlent pas, profitent de l’instant, dans une forme de pulsion primitive et terriblement jouissive. La bonne idée ici vient du dispositif narratif : peu de dialogues, donc, et des voix off qui alternent entre celle de Mathilde et celle de Gabriel, commentant chacun cette relation passionnelle, l’inconfort social dans lequel elle les met, et le besoin viscéral de sentir le corps de l’autre, comme une forme de dépendance. Ce double discours est associé à un double style graphique très élégant : une ligne claire noire et épaisse quand elle parle, un trait fin, coloré et plus réaliste quand lui prend la parole. Cela facilite l’immersion et permet aussi d’éviter l’ennui. En effet, si l’histoire demeure finalement assez classique, ces trouvailles narratives et, surtout, une façon très douce et charnelle de montrer (frontalement) les scènes de sexe font de Pour la peau une bande dessinée érotique moderne et modèle à bien des égards. Car les personnages ne sont pas un prétexte à une enfilade de pages porno, ils sont le coeur de l’oeuvre. Joli coup.

Delcourt/Erotix, 112 p., 17,50 €, août 2018.

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Grande Surfesse

Nouvelle livraison de la collection BD Cul des Requins Marteaux, et nouvelle réussite. Signé Matthias Arégui (Bob et Sally sont des copains), cette Grande surfesse, à la couverture délicieuse, est un récit sous forme de fantasme : un type à la tête difforme se masturbe en imaginant une virée dans son supermarché préféré, dans lequel la maraîchère, la boulangère, la caissière, la vigile et la directrice – toutes dotées du même physique, visage rond, coupe courte et croupe appétissante – enchaînent les propositions indécentes et les offrandes incongrues (quel glaçage sur votre muffin?). Le principe de la mise en abyme – le lecteur observe un personnage qui lui-même écrit son propre scénario mental – est malin, et Matthias Arégui va même jusqu’à donner vie au fantasme lui-même… Bien conçu et bien rythmé, doté d’un chouette graphisme en rose et bleu, mettant en avant courbes généreuses et angles très aigus, ce petit album est un joli exercice de style, drôle et affriolant, jouant intelligemment de la forme courte et du petit format de la collection. Vous avez votre carte de fidélité ?

Les Requins Marteaux/BD Cul, 128 p., 14 €, le 20 octobre 2018.

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Otto ou l’île miroir

Dans cet ouvrage tout en hauteur, se déploie un conte fantastique et érotique inspiré, où la forme épouse le fond comme rarement. Une grande image par double page, symétrique autour de son axe vertical. Et sur chaque double page, un titre palindrome et un court texte racontant l’histoire, celle d’un homme échouant sur une île mystérieuse, où il rencontre Anna et sa jumelle Ève, avant de s’éprendre d’un homme qui s’avère être son double… Tout est ici question de jeux de miroir et de formes symétriques, dans un volume plus proche du conte illustré que de la BD, sans case ni bulle, où les dessins crayonnés et finement charbonneux déroulent des lignes voluptueuses ou géométriques. On fixe, on parcourt, on s’arrête, on cherche les éventuelles différences entre les deux moitiés de l’image, et on finit hypnotisé par cette histoire d’amour intense et mortifère imaginée par Anne-Margot Ramstein. Un ouvrage original et audacieux, délicatement édité, comme toujours, par les Strasbourgeois de 2024.

Éditions 2024, 48 p., 23 €, juin 2018.

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Chromatopsie

Le pourpre d’une robe et d’un rouge à lèvres qui fait tourner la tête d’un jeune garçon. L’orange d’un agrume comme mauvais remède à un surpoids mal assumé. Le vert d’une plante urticante pour se protéger d’un mari violent. Le gris des cheveux du soir de la vie. Le noir de la rupture… Quentin Zuttion propose ici un recueil de courtes nouvelles graphiques, autour de l’identité sexuelle, du désir, des relations courtes, longues, interrompues, en devenir. Avec pour thématique la couleur, qui sert de fil rouge à chacune des histoires, dans une perspective souvent très imagée (le noir, couleur du « monstre » qui ose mettre fin à une idylle ; le bleu d’un papillon qu’on avale comme une drogue qui ferait monter encore plus haut dans l’orgasme…). Ce ne sont pas toujours des récits érotiques, mais le corps et ce qu’on souhaite en faire sont au coeur de la réflexion de l’auteur. Qui, et c’est assez rare pour être souligné, met davantage en scène des personnages homosexuels qu’hétéro, de façon très naturelle et sans aucun militantisme. Parfois un peu inégal et obscur, Chromatopsie s’impose globalement par son angle original et tenu, et un dessin tout en fragilité.

Éditions Lapin, 240 p., 24 €, juin 2018.

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