Acki
Le souvenir d’une amitié est-il une amitié ? En partant de cette distension de l’intimité, l’Allemand Max Baitinger entend nous parler du temps qui passe et de ce qu’on en fait. Acki enveloppe la complexité de son sujet d’une couverture de simplicité et la borde par la poésie de ses lignes et la folie de ses fulgurances. L’auteur de Sibylla et Röhner retrouve une nouvelle fois ses réflexes de brasseur de la banalité et la transforme en une mixture à la saveur inattendue.
Le scénario du nouveau titre de Max Baitinger ne fait pas de détour inutile. On y suit Dietz, ingénieur qu’on suppose quarantenaire, partant pour un weekend avec ses amis du lycée. L’accompagne Volker, personnage marginal et quasi-mutique, a priori moins enthousiaste que son ancien camarade. Les deux amis arrivent à Leipzig, ville de résidence de leur troisième compère Acki, qui ne donne aucune nouvelle. Les voilà, errants à la recherche d’un passé silencieux, en proie aux souvenirs et aux hallucinations. Se dessine alors le parcours de vie de chacun des protagonistes, dont les divergences semblent manifestes.
En quelques traits volubiles et grâce à une monochromie fanée, l’élégant dessin de Max Baitinger retranscrit parfaitement ce qui fait le trouble des ces années bâtardes. Remuées ici par de vieilles amitiés dont l’actualité est loin d’être évidente, les existences des trois hommes sont mises en regard. En fait de chercher Acki, Dietz tente de retrouver un paradis perdu que seuls ses fantasmes sont à même de raviver. Lui, le seul à avoir choisi une vie rangée, se laisse bouffer par la frustration inhérente à cette existence. Cela engendre chez lui une violence qu’il a bien du mal à réfréner. À coups de malaises bien réels et d’hallucinations terrifiantes, l’auteur allemand parvient très justement à mettre le doigt sur cette foutue crise de la quarantaine. Et, au milieu de l’anecdotique, à poser une question vertigineuse : qu’est-ce qu’une vie réussie ?






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