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BoDoï, explorateur de bandes dessinées – Infos BD, comics, mangas | November 20, 2017

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Emmanuel Guibert, apprenti japonais

15 décembre 2008 |

guibertintro1.jpgVous pensiez qu’il était français ? Erreur, Emmanuel Guibert est japonais… Le dessinateur du Photographe – une bouleversante trilogie basée sur un récit de Didier Lefèvre, qui a photographié la guerre en Afghanistan – le prouve avec le beau livre Emmanuel Guibert Japonais, édité par Futuropolis. Il y livre en images et en mots sa passion pour le pays du soleil levant, où il s’exila en résidence artistique pendant quatre mois l’année dernière. Ciselant ses phrases aussi joliment que ses albums, l’artiste a répondu à nos questions, tout nous interrogeant presque aussi longuement sur nos impressions.

Quand êtes-vous allé au Japon pour la première fois ?
Ma première visite eut lieu en août 2003, pendant une semaine, lors du vernissage d’une exposition à Kawasaki, en banlieue de Tokyo. A cette occasion, j’ai brièvement découvert la ville de Kyoto, qui m’a ébloui. Elle me paraissait à la fois fascinante et stimulante. J’étais écrasé par la chaleur et le décalage horaire, et j’ai pu dormir là-bas pour la première fois depuis mon arrivée à Tokyo quatre jours auparavant. Un an plus tard, j’y suis retourné à l’occasion de la préparation de l’album collectif Japon pour Casterman. Chaque auteur pouvait choisir une ville, et j’ai joué des coudes pour obtenir Kyoto. C’est une ville comparable à Rome ou Paris ! Elle compte 1,5 million d’habitants, ce qui est peu pour le Japon, dont elle a été la capitale pendant plus de mille ans. On y trouve beaucoup de monuments extraordinaires.guiberttel.jpg

Vous y êtes retourné en résidence à la Villa Kujoyama en 2007…
En partant, je savais que je voulais en faire un livre, mais j’ignorais ce qu’il y aurait dedans. L’intérêt était d’y aller le nez en l’air. Je suis bien conscient que, même en passant plusieurs mois sur place, je n’ai fait que gratter le vernis de ce pays.

Pourquoi ce titre Emmanuel Guibert Japonais ? Par goût de la provocation ?
J’avais déjà choisi ce parti-pris en allant au Japon pour Casterman : je ne souhaitais pas délivrer les impressions d’un Français sur une contrée étrangère, mais raconter la vie comme elle va, à la manière d’un autochtone.

Qu’appréciez-vous au Japon ?
L’histoire de ce pays est étroitement liée à la pratique du dessin. Les gens manifestent une grande révérence pour cet art, et montrent beaucoup de sollicitude et de bienveillance pour les dessinateurs. Particulièrement quand vous travaillez dehors, et même si vous êtes infoutu – comme moi malheureusement – de parler leur langue. Pour les Japonais, un Français qui dessine est tout de suite Claude Monet ! Cela implique un enthousiasme débordant beaucoup l’intérêt de ce que l’on est en train de réaliser. En face de vous, les gens battent des bras, cela crée une espèce de « Beatlemania » très agréable à vivre.

guibertcasque2.jpgguibertcasque.jpgComme vous le racontez dans une des nouvelles ouvrant le livre, certains réagissent tout de même étrangement…
L’un de ces récits détaille effectivement un malentendu : pendant que je travaillais, Kenzo, le jardinier du sanctuaire où je me trouvais, est venu me parler. Il semblait amical, puis a opéré une volte-face brutale et a disparu. Ce genre d’événement est une exception. Le dessin m’a permis d’avoir des milliers d’échanges brefs mais agréables avec des inconnus. J’adore ce que les anglophones appellent le « small talk », ces propos qui semblent sans conséquence mais impliquent une attitude ouverte. Si l’on n’est pas embarrassé par la situation et prêt à confier une ou deux choses, on peut parvenir à s’extraire des poncifs.

Comment travailliez-vous à la Villa Kujoyama ?
J’échangeais volontiers avec les autres artistes présents (une réalisatrice, une romancière, un animateur…), mais chacun menait une existence autonome. J’étais en famille, ma femme prenait des photos et ma fille dessinait – nous faisions du quatre mains ! Je travaillais intensivement, que ce soit sur une vieille table de bureau abandonnée, que j’avais débitée, sur de vieux carnets achetés chez des bouquinistes, ou sur du tissu trouvé dans un marché… J’aime les supports vivants, qui me font ressentir une émotion. Je me suis entraîné au collage et à la lithographie. J’ai tout essayé jusqu’à plus soif, dans un désordre total ! D’où l’aspect un peu foutraque du livre.

guibertcarnet.jpgDéfinissez-vous toujours le dessin comme un moyen de « détacher des morceaux de réel et les emporter chez soi » ?
Oui. Cela permet de comprendre pourquoi on décide de s’attacher à un objet le temps de le représenter. Pendant un moment, on choisit de se couper du reste, en espérant trouver des secrets qui nous rétribueront de ne pas regarder ailleurs. On passe du temps avec ce qui nous chatouille, nous parle, nous poigne, pour voir si le charme perdure. Le dessin sert à interroger les émotions.

Quels sont vos projets ?
Un livre de conversation entre Didier Lefèvre [photographe et co-auteur du Photographe, décédé en 2007] et moi devrait paraître au premier semestre 2009 chez Actes Sud. Nous avions enregistré beaucoup de cassettes pour préparer Le Photographe. De nombreuses digressions, notamment sur l’exercice du métier de Didier, n’avaient pas trouvé leur place dans les albums. Elles seront reprises dans cet ouvrage, qui comportera un florilège de ses photos. Je travaille aussi sur plusieurs de ses reportages, que je ne souhaite pas laisser dormir dans ses tiroirs. Je cherche à leur donner une forme, mais je ne sais pas encore laquelle. Sinon, je suis occupé par l’adaptation d’Ariol en dessin animé, et la suite de La Guerre d’Alan

Propos recueillis par Laurence Le Saux

Images © Futuropolis – Photo Didier Lefèvre

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Emmanuel Guibert Japonais
Par Emmanuel Guibert.

Futuropolis, 46 €, le 4 décembre 2008.
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