Frankenstein
Après avoir creusé l’héritage familial dans Le Poids des héros, qui avait succédé à son adaptation du Joueur d’échecs de Stefan Zweig, David Sala se confonte à un autre monument de la littérature : Frankenstein. On connaît l’histoire imaginée par Mary Shelley, déjà mille fois transposée en livre ou au cinéma. Un médecin ambitieux et tenace, obsédé par la mort, parvient à insuffler la vie à un corps rapiécé à partir de morceaux de cadavres. Mais, horrifié par le résultat de son expérience, il rejette sa créature, qui devient alors un monstre sanguinaire à traquer. Et l’interrogation, qui naît de cette histoire d’un homme voulant jouer au dieu, demeure : qui est vraiment le plus monstrueux entre le créateur et la créature, et, en miroir, qui est finalement le plus humain des deux ?
Avec sa technique de peinture appliquée au couteau, David Sala renouvelle sa pratique mais produit toujours des planches expressionnistes aux couleurs somptueuses qui impressionnent. Ses ambiances funèbres collent parfaitement à la dépression chronique du frêle Victor Frankenstein, quand son jaillissement de teintes chaudes donnent à voir une créature sous un jour original. C’est d’ailleurs dans la seconde partie, celle de l’errance de ce nouvel homme scarifié, que l’album prend son véritable envol, après un premier tiers froid et un peu lent : l’espoir y succède à la peur, avant de laisser la place à la violence et à une infinie noirceur. Dans un style narratif réussissant à être à la fois introspectif et grandiloquent, David Sala tisonne les thèmes de la filiation, de la postérité, de ce qui fait l’essence et le sens d’un être humain. Par delà les mots, des images fortes restent dans l’œil et l’esprit du lecteur, celles d’un enfant abandonné cherchant sa place dans un monde d’hommes terrifiés par les différences et leur propre finitude. Une adaptation inspirée d’un texte mythique qu’on pensait déjà trop rebattu.





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