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BoDoï, explorateur de bandes dessinées – Infos BD, comics, mangas | November 17, 2017

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Gérard Lauzier est mort

8 décembre 2008 |

lauzier_photo_vignette.jpgGérard Lauzier, l’auteurs des fameuses Tranches de vie, est mort samedi dernier, 6 décembre 2008, des suites d’une longue maladie. Il avait 76 ans. Lauréat du Grand Prix au Festival d’Angoulême en 1993, il n’avait plus publié de bande dessinée depuis 1992 et son Portrait de l’artiste.

t_empeches_tout_le_monde_de_dormir.jpgCe n’est qu’après des études de philosophie et d’architecture que Gérard Lauzier se lance dans la bande dessinée, en passant par la case dessin humoristique. Lili Fatale, son premier album, paraît en 1974. Puis le journal Pilote publie ses Tranches de vie, satires féroces du parisianisme. D’autres livres suivent, tels La Course du rat, La Tête dans le sac, Souvenir d’un jeune homme. Bientôt, c’est le cinéma qui l’attire, d’abord en tant que scénariste et dialoguiste, puis comme réalisateur. Il tourne son premier long-métrage en 1982: T’empêches tout le monde de dormir avec Daniel Auteuil. Mais c’est Mon père, ce héros, avec Gérard Depardieu, qui restera son film le plus célèbre.

Gérard Lauzier nous avait accordé une interview il y a un an, à l’occasion du Hors-série BoDoï consacré aux lauréats du Grand Prix d’Angoulême. Nous republions ci-dessous cet entretien, axé sur les premières fois…

Les premières fois de Gérard Lauzier

La première dédicace que vous avez faite…
Je ne m’en souviens pas. Vous savez, j’ai commencé la bande dessinée il y a 30 ans…

Le premier Festival d’Angoulême…
J’ai assisté à l’un des premiers et j’y retourne depuis chaque année. J’ai fréquenté beaucoup de milieux professionnels : ceux du cinéma, du spectacle, de la publicité, du journalisme… Celui de la bande dessinée est le plus sympathique. Les egos n’y sont pas turgescents, mais raisonnables.

lauzier_tranches01.jpgLa première lettre de fan que vous avez reçue…
Je ne m’en souviens pas. Par contre, j’ai déjà été insulté – ce qui, d’une certaine manière, est une forme d’hommage. Il s’agissait du groupe de dessinateurs Bazooka, qui officiaient à Libération dans les années 1970. Lors d’une édition du Festival d’Angoulême, ils m’avaient reproché d’être un fasciste misogyne. Et avaient fracassé à terre l’un de mes originaux. En partant, Kiki Picasso m’avait craché dessus. À l’époque, cette réaction était surtout idéologique : ces anarchistes se voulaient provocateurs. Claire Bretécher avait aussi été prise à partie.

La première planche ratée, jetée rageusement au fond d’une corbeille à papier…
Disons que c’était une page 18 en 1975.

La première histoire dont vous avez été particulièrement fier…
Fier, c’est exagéré. Disons que j’ai été content lorsque j’ai publié Saint-Édredon, car c’était la première fois que des lecteurs me disaient : « J’ai lu ton truc dans Pilote, c’était bien. »

Le premier prix qui vous a transporté de joie…
Le premier prix fait toujours plaisir. D’autant que celui-là était accompagné d’un chèque qui m’a permis d’acheter une voiture. C’était le premier prix Jean Bellus, illustrateur de presse, récompensant un jeune dessinateur. Tous les prix devraient être accompagnés d’un chèque !

lauzier_tranches2.jpgLa première adaptation en dessin animé, film…
Un certain nombre de mes albums ont été adaptés au cinéma. Le premier était La Course au rat, qui est devenu à l’écran Je vais craquer de François Leterrier, avec Christian Clavier. Une adaptation agréable puisqu’elle fut un succès. Et qu’elle m’a donné l’occasion d’assister à mon premier tournage. Je suis plutôt content des adaptations suivantes, puisque c’est moi qui ai écrit le scénario ou réalisé le film.

La première difficulté que vous avez rencontrée en voulant faire ce métier…
Faire publier mes dessins.

La première personne qui vous a fait confiance…
Georges Arnaud, journaliste et écrivain qui s’est fait connaître avec Le Salaire de la peur. Grâce sa notoriété – et à ses moustaches -, il avait du poids dans les rédactions de différents journaux et a imposé mes dessins.

La première personne qui a démoli votre travail…
Ça, je m’en souviens bien. La première bande dessinée que j’ai sortie a été démolie par le critique d’un magazine littéraire. Je n’avais pas l’habitude, car il n’existe pas de critique en dessin de presse. Ce mauvais papier m’a donné l’occasion de faire connaissance avec Claire Bretécher. Elle m’avait appelé pour me dire de ne pas faire attention, que le journaliste était un con. C’est ainsi qu’a démarré notre amitié.

Propos recueillis par Allison Reber

Les dessins ci-dessus sont extraits de Tranches de vie #1. © Dargaud.

Commentaires

  1. Quelqu'une

    Merci pour cet hommage à Gérard Lauzier, cette interview, sûrement le meilleur sociologue des années 70/80 avec Claire Bretécher. J’aime beaucoup ces deux auteurs au regard libre, acéré et anticonformiste, leur amitié ne m’étonne pas. La Course du Rat, un chef d’oeuvre intemporel de la bd, je le relis régulièrement avec grand plaisir.

  2. Quelqu'une

    Merci pour cet hommage à Gérard Lauzier, cette interview, sûrement le meilleur sociologue des années 70/80 avec Claire Bretécher. J’aime beaucoup ces deux auteurs au regard libre, acéré et anticonformiste, leur amitié ne m’étonne pas. La Course du Rat, un chef d’oeuvre intemporel de la bd, je le relis régulièrement avec grand plaisir.

  3. bobo

    Une réaction tardive, mais un petit adieu sentimental.
    Lauzier, il a accompagné mon adolescence boutonneuse, ma maturité conquérante puis déclinante, et il m’accompagne encore à l’heure de la sagesse. Je lui dois bien un petit quelque chose.
    Les tranches de vie enfilent les perles. On ne trouve nul part ailleurs une ironie aussi cruelle parce que juste sur les travers d’une culture – le parisianisme – et d’une époque -les années 70-80. Ce sont quasiment des carnets anthropologiques. Les modes, les tics, les jargons des différents milieux y sont saisi avec une précision chirurgicale. Et la farce se fait toujours au dépens des hypocrites. Lauzier n’est – zut -n’était, ni de gauche, ni de droite. Il était simplement révolté par le mensonge, l’hypocrisie, la lâcheté.
    Il n’était jamais gratuitement caricatural. Et en réalité, il était même tendre et nostalgique. L’île grande est tendre. Plusieurs personnages désespérés de ses galeries sont tendres. Romantiques même, dans leur rage de ne pas se soumettre, d’être droits. Lauzier était réactif, pas réactionnaire.
    Soit dit en passant, Lili Fatale, avec des références relookées et quelques gadgets modernes, genre GSM, serait toujours parfaitement d’actualité. Et toujours férocement drôle.
    Triste non?
    Au revoir Lauzier. Merci pour tout.

  4. bobo

    Une réaction tardive, mais un petit adieu sentimental.
    Lauzier, il a accompagné mon adolescence boutonneuse, ma maturité conquérante puis déclinante, et il m’accompagne encore à l’heure de la sagesse. Je lui dois bien un petit quelque chose.
    Les tranches de vie enfilent les perles. On ne trouve nul part ailleurs une ironie aussi cruelle parce que juste sur les travers d’une culture – le parisianisme – et d’une époque -les années 70-80. Ce sont quasiment des carnets anthropologiques. Les modes, les tics, les jargons des différents milieux y sont saisi avec une précision chirurgicale. Et la farce se fait toujours au dépens des hypocrites. Lauzier n’est – zut -n’était, ni de gauche, ni de droite. Il était simplement révolté par le mensonge, l’hypocrisie, la lâcheté.
    Il n’était jamais gratuitement caricatural. Et en réalité, il était même tendre et nostalgique. L’île grande est tendre. Plusieurs personnages désespérés de ses galeries sont tendres. Romantiques même, dans leur rage de ne pas se soumettre, d’être droits. Lauzier était réactif, pas réactionnaire.
    Soit dit en passant, Lili Fatale, avec des références relookées et quelques gadgets modernes, genre GSM, serait toujours parfaitement d’actualité. Et toujours férocement drôle.
    Triste non?
    Au revoir Lauzier. Merci pour tout.

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