Jeune et fauchée
Alors qu’elle fête ses 20 ans de carrière en 2026, Florence Dupré la Tour n’a jamais été aussi présente en librairie ni aussi loquace sur son histoire personnelle et familiale. Après Cruelle, Pucelle et Jumelle qui retracent son enfance principalement sous le prisme de la religion et de la sexualité, elle décortique dans Jeune et fauchée ce qui est le début de la perte de l’innocence, son rapport à l’argent, à sa condition sociale et à son statut d’autrice.
Dans ce volume autobiographique généreux, elle revient sur le choc qu’a été son passage à l’âge adulte, et plus particulièrement sa vie en dehors de la cellule familiale qui l’a expulsée du jour au lendemain. Elle passe en revue son quotidien de jeune femme livrée à elle-même, d’abord étudiante fragile, puis autrice de BD tiraillée par les contraintes financières. Il est question de la précarité au jour le jour, des difficultés d’une mère célibataire, de son changement de statut social, des défaillances familiales et parentales… C’est à la fois désolant et très drôle, touchant et désarmant, mais toujours raconté avec suffisamment de recul et d’autodérision pour que ce ne soit ni plombant ni tire-larmes. Avec son dessin plein de vie et rondement caricatural qui donne corps aux situations dramatiques ou cocasses, Florence Dupré la Tour poursuit son grand-œuvre avec une transparence et une limpidité exemplaires.
La lumière et le confort financier arrivant en fin d’ouvrage, ce tome semble refermer ces premières décennies compliquées de son existence. Elle conclut alors son récit en mettant judicieusement en lien sa propre histoire avec la question de la rémunération des artistes-auteurs, et surtout la non-continuité de leurs revenus (ils n’ont pas d’indemnisation chômage entre deux contrats comme les intermittents du spectacle)… Une problématique toujours d’actualité qui serait bien temps de régler une bonne fois pour toutes !






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