Le Guide mondial des records
Paul Baron mène la vie typique d’un homme moyen en tout : 1m75 pour 77kg, propriétaire de 31 ans endetté jusqu’à 50, pas d’ambition, pas de talent particulier, pas de femme et un job routinier – pas si ordinaire – qui le confronte aux exploits les plus incroyables et surtout les plus absurdes. Paul Baron, agent du Guide mondial des records, valide ou non toutes sortes de performances : la plus longue lettre du monde, le chou le plus lourd, le record du premier cent mètres nage libre dans la catégorie plus de 100 ans ou la capacité à empiler 23 osselets dans une main droite. Du très normal quoi. Jusqu’au jour où il reçoit une requête un peu bizarre : un homme se dit être le plus grand serial-killer de l’Histoire. Et c’est loin d’être une plaisanterie de mauvais goût…
Si l’homme fut un temps la mesure de toute chose, la bêtise semble être devenue celle de notre époque. Après le très bon Les Cobayes, le duo Benacquista/Barral revient avec une fable loufoque sur la modernité, d’une étonnante justesse et parfaitement divertissante. En mettant en scène Paul Baron, un homme exceptionnellement ordinaire, chargé d’enregistrer les records les plus crétins, les auteurs singent la vaine quête de célébrité et torpillent le culte idiot de la performance. Les ressorts, un suspense cocasse, un humour absurde très fin, la surenchère dans les défis les plus saugrenus. Et Baron, cet homme dépité ou pathétique, qui préfère rire de son inutilité sociale entouré de la girl next door et de l’hilarant Grand Jacot, champion du monde de bras de fer. Baron aime d’ailleurs passionnément l’anonymat, refuse l’originalité qui ne mène nulle part.
De bout en bout, les auteurs maîtrisent leur sujet : des textes courts et parfaits, un rythme fluide, une histoire originale sans être invraisemblable ou guignolesque. Il faut d’ailleurs apprécier ce parc d’attraction d’un nouveau genre qui fait la part belle à la Renaissance, aux philosophes et ses humanistes d’acteurs : Socrate, Archimède, Epicure côtoient ainsi les choux et les burgers, le département de la Creuse l’Ecole d’Athènes… Malin, drôle, attachant et très bien vu, ce récit se déguste aussi grâce au dessin réaliste et dynamique de Nicolas Barral, toujours dans le ton. Voilà donc une magnifique ode aux losers qui célèbre la normalité, peut-être le plus court et sûr chemin vers le bonheur… Sur un sujet pas facile à traiter, les auteurs s’en sortent avec brio. Bravo !
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