Le Vase de cristal
Gisela était un personnage. Une femme fière et têtue, une mère dure, une grand-mère étonnante aimant rire, mais aussi très cassante. Un caractère ! Il faut dire qu’elle en a vécu des bouleversements dans sa vie, qui instillent le doute puis endurcissent. À commencer par son départ précipité d’Allemagne début 1939, fuyant les persécutions contre les juifs, qui la mena, seule et à même pas 18 ans, en Afrique. Sa vie d’adulte commença alors vraiment, dans un tourbillon d’émotions difficile à imaginer aujourd’hui. C’est pourtant ce à quoi s’attelle sa petite-fille Astrid : au décès de Gisela, elle est chargée avec son père de vider l’appartement de l’aïeule. Un voyage en Allemagne et la découverte d’objets lointains lui permettront de jeter la lumière sur le parcours hors norme de sa grand-mère, et ainsi de mieux comprendre sa famille.
Avec son dessin fragile et sa mise en scène plutôt simple, Le Vase de cristal ressemble de loin à mille autres bandes dessinées de témoignage, qui ont fleuri ces 15 dernières années. Avec la surcouche Seconde Guerre mondiale et traque des juifs, sujet largement abordé en documentaire comme en fiction. Mais, à l’image de l’autrice qui interroge les mémoires familiales, il ne faut pas s’arrêter aux apparences. En effet, en narrant comment elle se confronte aux souvenirs et aux secrets de l’ancienne génération, Astrid Goldsmith éclaire la personnalité et les relations de tout un pan de l’arbre généalogique. Ainsi que ses liens avec son père – poète frustré, très mal à l’aise avec la matérialité des choses –, avec qui elle entreprend le voyage chez Gisela, et qui demande de l’attention tel un petit garçon… Elle brosse aussi le portrait d’une grand-mère complexe, difficile à saisir, et, à travers elle, questionne la place des femmes dans sa famille et la société. Toutes ces thématiques – l’émancipation, les choix de vie, l’équilibre d’un couple, les relations fraternelles, les persécutions contre les juifs – sont abordées avec finesse et sincérité, au fil d’un scénario sobre et malin, éclairé par des dessins sans fioritures, à la légèreté bienvenue, qui suscitent l’émotion sans la souligner.





Publiez un commentaire