Image Image Image Image Image Image Image Image Image Image

BoDoï, explorateur de bandes dessinées – Infos BD, comics, mangas | August 17, 2017

Retour en haut de page

Haut de page

8 Comments

Denis Robert revient sur l’affaire Clearstream en BD

14 janvier 2009 |

affaire_intropsd.jpg« Écrire un Clearstream pour les Nuls » c’est en gros l’ambition de Denis Robert. Mission délicate mais nécessaire pour cet ancien journaliste de Libération qui s’est trouvé mêlé au scandale qu’il a voulu dénoncer. Il a en effet enquêté sur la corruption et l’opacité des systèmes financiers. Au point de soupçonner l’institution financière luxembourgeoise Clearstream de dissimuler des transactions financières au niveau mondial. Une accusation que cette société cherche à faire oublier en noyant le journaliste sous de multiples procès. Cette première « affaire Clearstream » se complexifie lorsque paraît dans la presse une liste – falsifiée – de personnalités politico-médiatiques ayant un compte chez Clearstream. Denis Robert est accusé, un temps, d’avoir produit cette liste sur laquelle figure notamment Nicolas Sarkozy. Pour expliquer comment il s’est trouvé mêlé à ce sac de nœuds et rappeler le sens premier de ses enquêtes, Denis Robert a choisi la bande dessinée. Yan Lindingre (Chez Francisque) et Laurent Astier (Cellule Poison) l’ont aidé. Le premier en co-scénarisant et le second en dynamisant le récit grâce à son superbe trait nerveux.

Denis Robert, pourquoi revenir sur l’affaire Clearstream via la bande dessinée ?
clearstream_chirac.jpgDenis Robert : L’Affaire des affaires ne parle pas de Clearstream. Ce livre évoque plutôt un bout d’histoire de France. Il ne s’agit pas d’un reportage, mais d’un témoignage nourri de réflexions sur la société. Bien sûr, Clearstream est évoqué – sans cette affaire, il n’y aurait pas de BD – mais je voulais surtout raconter mon parcours. Après avoir travaillé pour et dans la presse, je me suis retrouvé à sa Une. L’image qu’on a donnée de moi ne me ressemble pas. J’ai voulu expliquer d’où je venais et le sens de mon travail journalistique.

Yan Lindingre, comment êtes-vous arrivé sur le projet ?
Yan Lindingre : Je fais partie, avec quelques Grolandais* et des dessinateurs de Nancy, de la bande de copains qui soutiennent Denis. Après la parution de ses enquêtes sur Clearstream, il a dû faire face à une trentaine de procès, intentés par l’institution financière et ses filiales. Nous l’aidons à trouver l’argent pour payer sa défense. Un jour, Denis a lancé l’idée de raconter en bande dessinée les affaires Clearstream I et II. Il souhaitait les expliquer de manière plus claire et didactique que dans ses livres Révélation$, La Boîte noire ou Clearstream l’enquête.

Cette bande dessinée est-elle la biographie de Denis Robert ?
D. R. : Pas vraiment, puisqu’elle traite aussi de l’univers compliqué de la finance et que le personnage principal est un double de papier, mais ce n’est pas moi. Cet album n’est pas une adaptation de mes livres non plus. C’est une véritable création originale. La BD demande un effort de simplification très intéressant qui permet de mettre cette histoire en perspective. L’exposé de mon parcours, depuis mon départ de Libération jusqu’à l’affaire Clearstream, devrait donner des clés aux lecteurs pour comprendre les affaires Clearstream mais surtout les crises financières et politiques actuelles. Parce que nous parlons de finance, de politique et du travail des juges. Après lecture, on regardera par exemple avec un œil neuf le fait que l’homme d’affaire Bernard Madoff ait eu un compte chez Clearstream. C’est une info ça, non ?
Y. L. : Pour résumer, nous voulions écrire un Clearstream pour les Nuls. Entrer directement dans l’ « affaire » aurait été trop complexe. Nous avons donc expliqué comment Denis en est arrivé à réaliser ses enquêtes. Ce premier tome raconte ses premières investigations dans les années 90 sur la corruption du milieu politique et le travail des juges dans ce domaine. Ces recherches l’ont conduit à s’intéresser à l’institution financière Clearstream, sujet du second tome. Le troisième tome sera consacré à la seconde affaire Clearstream, c’est-à-dire à l’apparition d’une fausse liste de personnalités politico-médiatiques accusées de posséder un compte chez Clearstream.clearstream_liberation_stri.jpg

La justice vous a reproché, Denis Robert, de porter des accusations contre Clearstream sans les étayer suffisamment. Votre album, qui mêle fiction et réalité, n’alimente-t-il pas cette critique ?
D. R. : Mes ennemis et détracteurs trouveront toujours à y redire ! Mais je n’ai pas fait cet album dans un esprit de provocation.
Y. L. : Et puis la BD fait référence aux livres de Denis. C’est comme dans un cours d’Histoire : tout n’est pas détaillé, mais on sait quel ouvrage consulter pour trouver plus d’informations. D’ailleurs, c’est sa manière de formuler les choses que l’on reproche à Denis, pas la quantité de preuves qu’il apporte. Son comité de soutien n’est pas le seul à considérer que son travail est consciencieux. Les juges Van Ruymbeke ou Eva Joly l’estiment aussi. Plusieurs jugements rendus ont conclu au sérieux de ses enquêtes. Mais Clearstream a les moyens de faire appel…

clearstream_denis_petit.jpgDans l’album, on peut lire que « la fiction est le meilleur moyen de traiter des affaires ». Est-ce votre opinion ?
D. R. : Oui. Les rapports de force entre le pouvoir économique et les journaux sont devenus tellement usants qu’il faut être fou, très riche ou masochiste pour se lancer aujourd’hui dans des investigations aussi dérangeantes. La fiction permet de contourner certains obstacles. Un exemple… Dans L’Affaire des affaires, je ne donne pas le nom de l’élu parisien qui voulait acheter le silence de Chantal Pacary sur certaines affaires de corruption, même si je pourrais le faire. Cela me vaudrait des procès que je pourrais gagner. Mais je ne veux pas m’épuiser à les intenter. L’important est que les lecteurs comprennent que je dis la vérité. Ça me suffit.

Pourquoi avoir fait appel à Yan Lindingre ?
D. R. : La bande dessinée que je place au-dessus de tout est Maus d’Art Spiegelman. Réussir à parler de l’Holocauste par le biais de souris et de souris est génial. Comme les personnages de Yan ont des traits porcins, j’aurais voulu écrire une histoire de la finance où les journalistes seraient des petits cochons, les politiques des renards et les banquiers des requins. Mais Yan ne le sentait pas. Il a estimé qu’il fallait un trait se situant entre le réalisme et la caricature. Nous avons sélectionné parmi une dizaine de dessinateurs Laurent Astier, qui apporte une cohérence très intéressante au scénario.
Y. L. : Mes personnages animaliers supposent une approche humoristique qui ne correspondait pas à l’incroyable polar que l’on raconte. Je me suis occupé du découpage en prenant soin de faire respirer le récit grâce à des scènes plus légères, décrivant le quotidien de Denis. Laurent Astier, que Dargaud nous a recommandé, a dessiné l’ensemble en fluidifiant ma mise en scène.

Avec votre réputation sulfureuse, les éditions Dargaud ont-t-elles accepté facilement votre projet ?
D. R. : Oui et non. L’éditeur Philippe Ostermann connaissait mes livres. C’est une chance. Mais je crois qu’il a eu quelques difficultés à convaincre dans l’univers BD de la pertinence de ce projet. Il faut lui poser la question mais il me semble qu’il est particulièrement fier aujourd’hui de cet album.
Y. L. : Lire Denis Robert, c’est l’adopter ! Parce qu’on comprend alors le sérieux de son travail. Richard Malka, l’avocat de Clearstream, a reconnu devant moi ne pas avoir lu les ouvrages de Denis. Il s’en tient aux passages diffamatoires, sans connaître le sens de ses enquêtes. Bien sûr, notre album a été soumis à plusieurs relectures afin que l’on ne puisse rien nous reprocher.clearstream_combat.jpg

Denis Robert, où en êtes-vous de vos déboires judiciaires?
D. R. : Les affaires continuent. Il faut bien différencier Clearstream I, mes enquêtes de 2001 sur la finance qui éclairent le fonctionnement trouble de la multinationale luxembourgeoise. Et Clearstream II qui est une affaire de barbouzerie franco-française où on a utilisé mon travail à des fins politiques et économiques. Je me bagarre sur les deux fronts. Je gagne certains procès. J’en perds d’autres. Perdre en diffamation ne veut pas dire qu’on ne dit pas la vérité. Ces combats prennent du temps et coûtent cher. Je suis aujourd’hui soutenu par des dizaines de milliers de personnes [via le blog Le Soutien]. La crise financière renforce mon crédit. Chaque jour de nouvelles adhésions arrivent au comité. Chaque affaire financière qui éclot renvoie à nos révélations. Regardez Madoff, il a utilisé Clearstream… Aujourd’hui les magistrats français m’ont renvoyé en correctionnelle pour avoir fait mon travail ! Et Clearstream multiplie ses plaintes contre moi depuis des années. S’il le faut, j’irais jusqu’à la Cour européenne des droits de l’homme, porté par mes nombreux soutiens. D’un point de vue journalistique, moral et politique, j’ai raison.

Propos recueillis par Allison Reber

* membres de l’émission Groland Magzine sur Canal +.

___________________________________________________________________

L’Affaire des affaires #1
Par Laurent Astier, Denis Robert et Yan Lindingre.
Dargaud, 22 ?€, le 21 janvier 2009.

Vous pouvez lire le début de l’album sur le mini site de la série.

Acheter L’Affaire des Affaires #1 sur Amazon.fr

Votez pour cet article

___________________________________________________________________

affaire_affaires_couv.JPG clearstream_chirac_planche.jpg clearstream_liberation.jpg clearstream_spectre.jpg clearstream_spectre_2.jpg

© Dargaud

Commentaires

Publiez un commentaire