Le Décaméron
Ici est le temps de la confession. S’il est bien possible qu’une case de notre cerveau embrumé renferme le nom du Décaméron et, plus improbablement, celui de Bocacce auteur du XIVe siècle, il est certain que pas une ligne n’a été lue par l’auteur de celles-ci. De même, les livres de Vincent Vanoli, auteur incontournable de la bande dessinée indépendante et à la bibliographie pourtant abondante, se font aujourd’hui plutôt rares sur les étals de librairie mais aussi sur nos étagères. L’inculture est crasse. Grâce aux éditions The Hoochie Coochie, pourtant, il est possible de remplir d’une pierre deux vides.
L’auteur et dessinateur aux personnages grotesques et au noir et blanc élégant s’est fendu, au début des années 2000, d’une adaptation du livre de contes plusieurs fois centenaire. De la masse de récits, il en a retenu dix, pour narrer les beautés et les fourberies des âmes humaines, les hiérarchies sociales et les façons de s’en dépêtrer. L’édition originale par les mythiques éditions Ego comme X retrouve ici une nouvelle jeunesse et cette nouvelle mouture prouve à qui en doutait que le temps ne fait rien à l’affaire : la justesse du propos de l’auteur de la fin du Moyen Âge et son traitement par l’un des artisans de la révolution indépendante du début du millénaire gardent sans frottement leur efficacité et leur pertinence.
De ces dix histoires ressuscitées, Vincent Vanoli parvient à la fois à en garder l’insolence en même temps qu’en faire l’objet d’une bande dessinée innovante et militante. Chacune d’elle possède son propre traitement, depuis le muet jusqu’aux dialogues précieux, du très référencé au plus ambitieux. Mais Vincent Vanoli n’est pas ici dans l’exercice de style. Il utilise le pluralisme du 9e art pour que son scanner des âmes et des relations humaines soit le plus juste possible. En prenant appui sur un des livres piliers de nos civilisations occidentales, il parvient à une démonstration subtile et, peut-être, un peu fataliste, sur la persistance de nos bassesses et de nos qualités. Pour terminer la confession : c’est du grand art.




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