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BoDoï, explorateur de bandes dessinées – Infos BD, comics, mangas | November 20, 2017

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Les + du Blog : ALAN MOORE 2/4

1 décembre 2006 |

Après avoir raconté sa vision de la société anglaise dans la seconde moitié du vingtième siècle, le scénariste de V pour Vendetta évoque les Watchmen. Et en livre les clés et le message.

« NI UN SUPER-HÉROS, NI UN LEADER POLITIQUE, NI UN SCÉNARISTE DE BD N’ONT À DIRE AU LECTEUR CE QU’IL FAUT FAIRE »

Est-ce que Rorschach est le personnage le plus important de l’histoire?
Non, je ne pense pas qu’il y ait un personnage central dans ce livre. En fait, un des sujets des Gardiens réside dans le fait que tous les personnages aient des points de vue extrêmement différents. Des idées très distinctes, car ils sont tous très différents. Rorschach a une vision viscéralement morale du monde. Pour lui, le monde n’apparaît moralement qu’en noir et blanc.
Le Comédien, lui, voit le monde d’une façon extrêmement cynique. Il est peut-être aussi violent que Rorschach et possède son propre code de conduite, qui n’est pas forcément moral. Il a plutôt une vision cynique et méprisante du monde et de la moralité. Dr Manhattan est quelqu’un de complètement extérieur aux considérations terrestres. Il a été humain et c’est certainement ce que l’on peut dire de mieux sur lui. Il a une sorte de vision quantique du monde dans laquelle la moralité et le cynisme n’existent pas; ça n’a en effet aucun rapport avec l’espèce d’existence basée sur les niveaux de particules qui l’intéresse. Adrian Veidt est… quelqu’un d’éclairé. Il est foncièrement intelligent – un peu comme les personnages nietzschéens – il croit que les individus qui assument leurs responsabilités pour eux-mêmes peuvent changer le monde. Malheureusement, le fait qu’il croie en cela jusqu’au bout lui donne peut-être une sorte d’arrogance qui frise le délire démiurge. La plupart des gens qui ont ravagé notre planète se prenaient également pour des héros, qu’ils nous sauvent des Juifs, des races noires, des communistes ou de quoi que ce soit d’autres…
À la fin, Veidt se rend compte que ses plans ont échoué.
En fait, il ressent un poids énorme et sombre sur sa conscience. Il y a aussi l’ambiguïté de la dernière phrase du Dr Manhattan : «Rien ne s’arrête jamais». Il n’y a pas de résultat. La grosse dame n’a pas encore chanté, peut-être qu’elle ne le fera jamais. Dans le monde réel, les choses ne sont pas fragmentées en histoires; c’est un continuum. Bien sûr, on finira un jour par savoir qui a tué Roger Ackroyd ou qui que ce soit, mais quelque chose surviendra le lendemain ou le surlendemain de ce jour et la vie continuera. C’est un procédé à grande échelle, où il n’y a pas de fin… sauf dans la fiction. C’est ce qui donne ses mauvais rêves à Adrian Veidt. Cette découverte soudaine et épouvantable de la conscience. Oui, il fait des cauchemars ; il rêve qu’il nage vers ce grand vaisseau noir, vers le vaisseau de Tales of The Black Freighter. Il est aussi condamné que le narrateur de l’histoire qui finit lui aussi nageant vers ce vaisseau, pour prendre place à bord, parmi l’équipage atroce. C’est là où finit Adrian Veidt.
Dan et Laurie sont les personnages les plus humains. Dan est romantique et Laurie est une forte tête, terre-à-terre et plutôt aigrie. Donc, ils ont tous des points de vue différents sur le monde. Il n’y en a pas de plus importants que d’autres. Le sujet principal de ce livre est qu’il n’y a pas de personnage qui ait raison ou tort. Ce sont tous des êtres humains, ou des humains à l’origine, qui font pour le mieux, en fonction des circonstances, comme chacun d’entre nous a priori. Je ne voulais pas qu’un personnage détienne la vérité, un dont le point de vue soit le bon, un qui soit le héros, un auquel les lecteurs puissent s’identifier, parce que ce n’est pas comme cela dans la vraie vie… dans ma vie.
En définitive, c’est au lecteur de faire son choix. La décision lui appartient, car c’est son monde en fin de compte. Comme je le dis dans la dernière case, c’est ton choix. C’est au lecteur d’énoncer sa propre réponse au monde, d’une certaine façon. Sur ce point, on n’a pas à lui dire ce qu’il doit faire par l’intermédiaire d’un super-héros, d’un leader politique ou d’un scénariste de BD. C’était le message qu’il y avait derrière les Gardiens.


Prochain extrait :
DÉCODER L’HISTOIRE DE PETER PAN D’UN POINT DE VUE SEXUEL

Extrait des Travaux extraordinaires d’Alan Moore par George Khoury et compagnie, traduction Jean Depelley, TwoMorrows Publishing, 176 pages, 29 euros (disponible en librairies spécialisées, Fnac, Makassar, ou directement sur le site web www.twomorrows.com).
© 2006 George Khoury and TwoMorrows Publishing.

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