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BoDoï, explorateur de bandes dessinées – Infos BD, comics, mangas | December 11, 2017

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Marion Montaigne : science, sexisme et série animée

21 septembre 2015 |

MONTAIGNE_MARION_c_Vollmer_LoAprès Riche pourquoi pas toi?, Marion Montaigne revient à sa série scientifico-hilarante Tu mourras moins bête. Dans le tome 4 paru chez Delcourt, on y découvre entre autres pourquoi Dark Vador a un quotidien pourri, ce que fait un biomécanicien de ses journées, les pas trop bonnes idées de ces scientifiques se prenant eux-mêmes comme cobayes, pourquoi ça pue quand on pète, et comment se déroule un vol parabolique. Un contenu riche et varié, intelligent et désopilant, pour une bande dessinée jouissive qui va devenir une série animée sur Arte. L’occasion de revenir avec cette auteure de 35 ans sur son actualité bien fournie.

Comment est né le projet d’adaptation de Tu mourras moins bête en série animée sur Arte ?

Il est né tôt, trop tôt même. On m’avait déjà contactée en 2009 pour adapter mon blog en version animée, mais à l’époque, je cherchais surtout à en faire des livres ! Certains producteurs m’avait également approchée, mais souhaitait édulcorer le contenu de mon blog ou même le transposer en dessin 3D, ce qui ne collait pas du tout avec l’esprit. Puis, quelques temps plus tard, un producteur d’Agat films est revenu à la charge, en me disant que c’était le moment où jamais : Arte lançait un appel d’offres pour un projet de série animée qui serait adaptée à la fois pour l’antenne et le web.

Comment intervenez-vous dans la création du dessin animé ?

montaigne_tu_mourras_serieNous nous étions mis d’accord dès le départ : il fallait conserver le côté trash du blog, tant dans le contenu que dans le dessin, pour que cela fonctionne et surtout que son esprit ne soit pas dénaturé. Je n’ai pas souhaité être réalisatrice du dessin animé, car c’est un métier à part entière que je n’avais pas envie d’assumer. Ce sont Émilie Sengelin puis Amandine Fredon qui s’en sont chargées avec – ça fait vraiment « bonus de DVD » ce que je vais dire, mais c’est vrai ! – de très bons animateurs, qui ont su tirer le meilleur de mon trait à l’écran. Ils m’avaient même demandé des vidéos de moi en train de dessiner, pour bien comprendre mon travail, par où je commençais un dessin, etc. De mon côté, j’ai écrit très rapidement 30 épisodes, en adaptant fidèlement mes notes de blog. Et bien sûr, je regarde ce qui est produit. Mais tant que l’esprit foutraque est là, ça me va !

Comment sera diffusée la série ?

Elle démarrera sur la chaîne Arte début 2016, dans le créneau de Silex and the City. Trente épisodes sont prévus, qu’on pourra aussi voir en ligne – d’ailleurs on peut déjà en voir cinq. Et il y aura un site dédié, où l’on pourra trouver une bibliographie aussi complète que possible, des interviews de scientifiques et même des quiz débiles. Je pense que c’est important, pour que les gens qui s’intéressent à ce que je raconte fassent bien la distinction entre ce qui est du registre de la vanne et la réalité. Par exemple, un jour que j’intervenais à l’École normale supérieure à Lyon, je passais des diapos et vidéos aux étudiants, notamment de cette histoire de poulets morts qu’on envoie dans des réacteurs d’avion pour les besoins des tests. Hé bien, je me suis rendue compte que certains pensaient que c’était une blague que j’avais inventée, alors que c’est bien réel ! Sur le site, il y aura peut-être aussi des errata, car la science avance chaque jour, et ce qui est dit dans mes histoires peut s’avérer différent ou faux à l’aune de nouvelles découvertes.

montaigne_tu_mourras_frodonEn 2009, nous vous avions interviewée autour de votre blog, qui n’était pas encore édité, et vous disiez vouloir « continuer un an maximum, de peur de [vous] essouffler ». Et nous sommes six ans plus tard et la série continue…

C’est parce que vous m’aviez interviewée au Plus petit et plus informel festival de bande dessinée du monde et qu’ils m’avaient fait jouer au foot là-bas : je ne savais plus trop où j’en étais ! Plus sérieusement, à l’époque, je produisais une ou deux notes par semaine, alors qu’aujourd’hui je n’en poste plus qu’une par mois. Mais désormais je rencontre des chercheurs et j’ai adopté un rythme qui me convient mieux.

Comment choisissez-vous les sujets à aborder ?

En général, j’essaie de lire cinq livres en même temps, mais ce n’est pas facile ! Et quand je tombe sur un sujet qui me plaît, je creuse et cherche de la documentation annexe. Actuellement, je lis notamment un ouvrage sur les expériences improbables menés par des scientifiques, comme cette tentative d’électrocution d’enfants pour les faire grandir plus vite… Je lis aussi un roman et un livre de Jean-Claude Ameisen sur le rôle de la mort dans la fabrication du vivant. Mais c’est un truc hyper pointu sur la salive qui me donne en ce moment le plus d’idées !

Les grands films hollywoodiens vous inspirent également beaucoup, car vous démontez souvent tout ce qui ne pourraient pas fonctionner en vrai. Plus personne ne doit vouloir vous accompagner au cinéma !
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Au cinéma, j’arrive à me retenir. Mais quand le film repasse à la télé, je dois avouer que je peux être vraiment pénible ! J’ai l’esprit tordu, c’est ainsi ! Je dois toutefois préciser que j’adore la plupart des films que je balance : je ne compte plus le nombre de fois où j’ai regardé Le Seigneur des anneaux.

Dans le tome 4 de Tu mourras moins bête, vous racontez votre expérience de vol parabolique. Est-ce facile de se faire inviter à de tels événements ?

J’avais une de ces trouilles pour ce vol, mais je ne pouvais décemment pas refuser. C’est honteux de chance, une telle invitation ! Comme quand j’ai pu assister au décollage d’Ariane aux côtés des ingénieurs, ultra stressés, qui avaient conçu ses moteurs. Le Cnes (Centre national d’études spatiales) essaie au maximum de vulgariser ses travaux – qui sont quand même financés avec l’argent des citoyens. Il invite des blogueurs, des romanciers, des poètes… En réalité, quand vous rencontrez la bonne personne, celle qui a la possibilité de vous envoyer quelque part moyennant quelques démarches, ce n’est pas si compliqué. On se retrouve très vite dans des situations qu’on pensait impossibles, dans des lieux qu’on imaginait totalement confidentiels.

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Vous faites par ailleurs partie des membres du Collectif des créatrices de bandes dessinées contre le sexisme. Comment s’organise ce mouvement?

montaigne_tu_mourras_poorCela faisait plusieurs années que plusieurs auteures dont moi-même nous étonnions sur le thème récurrent « les filles et la BD » ou la « BD des filles pour les filles » qu’on nous renvoyait sans cesse. Un étiquetage, un truc de classement marketing sans doute, dans lequel nous ne reconnaissons absolument pas. Là, on dit « stop ». Nous ne sommes pas toutes des féministes militantes, comme le montrent les témoignages publiés sur le site : beaucoup racontent du sexisme ordinaire, de la misogynie « à la papa »… Mais on veut surtout affirmer là que nous sommes des auteures avant d’être des auteures femmes.

Et que pensez-vous dès lors du Prix Artémisia, lancé par des auteures femmes, qui distingue chaque année une bande dessinée créée par une femme?

Ah, c’est compliqué… Je n’ai jamais été très à l’aise avec ça. Surtout que j’ai été en lice une année pour ce prix… J’aurais été bien embêtée si je l’avais eu. Parce que j’aurais gagné quoi ? Une compétition entre filles ? Ça veut dire que l’on ne joue pas dans la même catégorie que les garçons ? Je serai d’accord d’être nommée dans la catégorie « science » par exemple. Mais en quoi, entre toutes les auteures sélectionnées, le fait d’être femmes nous rapproche ? Je ne veux pas qu’on juge mon travail sous cet angle.

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tu_mourras4_couvQuels sont vos projets pour les mois à venir ?

Entre le Collectif, le syndicat des auteurs de BD qui travaille sur les États généraux de la bande dessinée, et le lancement de la série sur Arte début 2016, je ne vais chômer ! J’ai aussi un album au Lombard, à paraître également début 2016 dans la collection La Petite Bibliothèque des savoirs, écrit avec Jean-Noël Lafargue, sur l’intelligence artificielle. Et puis, là, il faut que j’aille bosser mon truc sur la salive !

Propos recueillis par Benjamin Roure

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Tu mourras moins bête #4.
Par Marion Montaigne.
Delcourt, 19,99 €, le 9 septembre 2015.

Images © Marion Montaige, Delcourt, Arte – Photo © Chloé Vollmer-Lo

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Commentaires

  1. CherryTree

    Keep up the Good work, Marion !!

    Je surkiffe Le prof Moustache. Même avec une voix de mec ^^

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