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BoDoï, explorateur de bandes dessinées – Infos BD, comics, mangas | October 20, 2017

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20 Comments

Alain Finkielkraut

27 février 2008 |


Lettre ouverte à Alain Finkielkraut

Les propos d’Alain Finkielkraut ne méritaient pas de réponse. Pourquoi en effet accorder de l’attention à ce philosophe et producteur chez France-Culture qui considère encore les bandes dessinées comme étant des « illustrés » ? Pourquoi  réagir quand il déclare : « Quand on me raconte une histoire, j’ai besoin qu’on me donne à penser, qu’on me donne l’envie d’interrompre ma lecture et de lever la tête, pas qu’on dessine pour moi les héros. » ? Parce que ces paroles ont eu de l’audience. Elles ont été publiées dans Libération du 26 janvier et réitérées à l’antenne de France Inter. Il n’y a pas de raison de laisser dire. L’Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée, par le biais de son président Jean-Christophe Ogier, a rédigé un texte en réaction. Libération n’a pas souhaité le publier pour l’instant. A nous de le faire circuler.

« Lettre ouverte à Alain Finkielkraut et à ceux qui ont encore besoin qu’on leur explique la bande dessinée

Cette réponse a été rédigée le lendemain du festival d’Angoulême le 28 janvier 2008. Libération n’a, pour l’heure, pas jugé utile de la diffuser.

Quand Alain Finkielkraut dit « Quand on me raconte une histoire, j’ai besoin qu’on me donne à penser, qu’on me donne l’envie d’interrompre ma lecture et de lever la tête », sait-il qu’il dit là exactement les mots qui définissent la manière dont un lecteur se saisit d’une bande dessinée ? Non, sans aucun doute, non. Si tel était le cas, le philosophe n’ajouterait pas comme il le fit dans l’entretien accordé à Libération, le week-end même où se tenait le Festival International de la Bande dessinée d’Angoulême. « La beauté des livres, c’est qu’ils sont sans images et qu’ils offrent ainsi libre carrière à l’imagination.

Il y a tant de livres à lire, de toiles à admirer, que je n’ai pas de temps à perdre pour ce qu’on appelait autrefois des illustrés ». Ah, l’éternelle question de la reconnaissance de la bande dessinée au pays de Christophe (le créateur du Sapeur Camember pas des Mots Bleus) et d’Astérix. Voici donc la « bédé » une fois encore renvoyée en bas de page, pour ne pas dire au ban de la culture.           Nous n’avons rien contre les illustrés qui ravirent les enfants d’hier. Mais réduire la bande dessinée aux illustrés relève d’une démarche qui cantonnerait systématiquement la littérature à Oui-oui et au Club des 5. Personne n’y songerait. Qu’un philosophe puisse le faire sans remords ni crainte de provoquer un immense éclat de rire nous en dit donc autant sur les limites de cette pensée que sur la place que tient encore aujourd’hui la bande dessinée dans la réflexion commune. La bande dessinée a le même âge que le cinéma qui, lui, empêche par nature toute interruption du récit, mais que nul ne songerait à condamner en bloc parce qu’il oserait associer aux mots des images, et plus encore de la musique et des bruits… de quoi empêcher Alain Finkielkraut de penser. Il est remarquable que Persépolis, le film de Marjane Satrapi soit à juste titre salué, primé et commenté sur toutes les chaînes de radio et télé, dans tous les journaux alors même que la bande dessinée Persépolis, au moins aussi forte voire plus convaincante encore dans ce qu’elle porte de réflexion et d’émotion, n’avait guère à sa sortie dépassé le cercle des chroniqueurs « BD ».
Après plus d’un siècle de bandes dessinées nous ne cessons d’espérer que le 9ème art n’ait plus à faire la preuve de son incomparable richesse, de sa puissance d’évocation et de partage d’imaginaires complexes et subtils, sans oublier l’essentiel : de sa résistance absolue à toute tentative de réduire la bande dessinée à du texte « illustré ». On sait désormais qu’aux côtés de Shoah, le film de Claude Lanzmann, et de Si c’est un homme, le témoignage littéraire de Primo Levi, la bande dessinée Maus de l’Américain Art Spiegelman est indéniablement l’une des rares œuvres ayant permis d’approcher l’indicible. C’est aussi ce que prouve Là où vont nos pères de l’Australien Shaun Tan couronné il y a quelques jours meilleur album de l’année à Angoulême. Pour faire toucher du doigt, de l’œil (et de l’oreille !) la difficulté de l’étranger abordant une nouvelle terre, ici point de dialogue, tout est dessin, couleurs sépias, bestiaire étonnant, objets incongrus. Et le blanc entre les cases pour respirer et réfléchir.
Comme garantie d’intelligence, pour échapper à la relégation à laquelle nous condamne Alain Finkielkraut lorsqu’il conclut sa diatribe en déclarant « les enfants gâtés veulent rester des enfants », faut-il rappeler l’attachement que portent à la bande dessinée Michel Serres, Umberto Eco ou Alain Resnais ? Ce dernier évoquait récemment dans un documentaire de France Culture la difficulté qu’il y a à « lire une bande dessinée »  (le verbe lui-même est impropre). Tout le monde ne peut pas comprendre ce qui rattache le lecteur à la bande dessinée. Mais le mépris pour ce mode d’expression artistique populaire et élitaire n’est plus tolérable. »          Jean-Christophe Ogier, 28 janvier 2008
au nom de l’ACBD (Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée)   

 

 

 

Images © Fabrice Tarrin

 

Commentaires

  1. Erik

    Selon M. Finkielkraut « l’enfant gâté a succédé à l’homme cultivé ». Sa diatribe envers la BD ne démontre qu’une seule chose : c’est qu’il est ignorant en matière de BD. Ce n’est que péché véniel qui pourrait être totalement pardonnable si cette ignorance n’était doublée d’arrogance. M. Finkielkraut agit en enfant gâté et non en homme cultivé. Son sombre constat sur la société contemporaine s’applique donc et avant tout à lui-même.
    Petite question en forme de boutade pour finir : Monsieur aime les livres sans images ? Que fait-il au cinéma ? Ferme t-il les yeux pour laisser « libre carrière à son imagination » ?

  2. Erik

    Selon M. Finkielkraut « l’enfant gâté a succédé à l’homme cultivé ». Sa diatribe envers la BD ne démontre qu’une seule chose : c’est qu’il est ignorant en matière de BD. Ce n’est que péché véniel qui pourrait être totalement pardonnable si cette ignorance n’était doublée d’arrogance. M. Finkielkraut agit en enfant gâté et non en homme cultivé. Son sombre constat sur la société contemporaine s’applique donc et avant tout à lui-même.
    Petite question en forme de boutade pour finir : Monsieur aime les livres sans images ? Que fait-il au cinéma ? Ferme t-il les yeux pour laisser « libre carrière à son imagination » ?

  3. CARLOT Yvan

    Monsieur le « philosophe »,
    Avez-vous fait – pour faire simple-, le distingo entre BD d’adultes et BD destinées à des jeunes publics ? Cela ne semble pas être le cas, car vous semblez mettre dans le même sac ces deux types sous la rubrique « les illustrés » en référence aux magazines, journaux et certains comics etc…destinés à ces jeunes publics; illustrés qui fleurissaient du temps de votre jeunesse sans percevoir que derrière ceux-ci, toute une forêt foisonnante de créativité se développait pour aborder par d’autres voies les problèmes de société ou d’histoire immédiate… Les titres de BD abondent ; renseignez-vous.

    Avez-vous, monsieur le philosophe, envisagé l’intérêt pédagogique de la BD, support que l’Education Nationale a reconnu comme outil à part entière parmi l’ensemble du panel mobilisable par les enseignants, du primaire au lycée ? Et ce n’est pas anecdotique. Nous sommes dans une société d’images et certains publics scolaires ont plus de facilité pour parvenir aux savoirs par ce biais que par les « ouvrages sans image ». Lisez les ouvrages de pédagogie consacrés à la BD et rappelez-vous que vous avez été jeune….

  4. CARLOT Yvan

    Monsieur le « philosophe »,
    Avez-vous fait – pour faire simple-, le distingo entre BD d’adultes et BD destinées à des jeunes publics ? Cela ne semble pas être le cas, car vous semblez mettre dans le même sac ces deux types sous la rubrique « les illustrés » en référence aux magazines, journaux et certains comics etc…destinés à ces jeunes publics; illustrés qui fleurissaient du temps de votre jeunesse sans percevoir que derrière ceux-ci, toute une forêt foisonnante de créativité se développait pour aborder par d’autres voies les problèmes de société ou d’histoire immédiate… Les titres de BD abondent ; renseignez-vous.

    Avez-vous, monsieur le philosophe, envisagé l’intérêt pédagogique de la BD, support que l’Education Nationale a reconnu comme outil à part entière parmi l’ensemble du panel mobilisable par les enseignants, du primaire au lycée ? Et ce n’est pas anecdotique. Nous sommes dans une société d’images et certains publics scolaires ont plus de facilité pour parvenir aux savoirs par ce biais que par les « ouvrages sans image ». Lisez les ouvrages de pédagogie consacrés à la BD et rappelez-vous que vous avez été jeune….

  5. Serge k

    Je savais une tripotée de philosophes un peu lourd depuis quelque temps, je pense que c’est une mode. De plus en plus ils balancent des vannes à quatre sous, se la jouent ( ils lisent des livres savants sans image). Je ne suis pas philosophe moi, encore moins intello, je suis ouvrier. L’image incite à la lecture d’un texte pour plus de cinquante pour cent de la population. Le dessin, sans parler de la démarche artistique conforte le lecteur dans la compréhension du texte, nous n’avons pas tous ta culture « d’érudit » mon cher Finkielkraut. Pour faire court, quand on ne sait pas on ferme sa gueule… Serge

  6. Serge k

    Je savais une tripotée de philosophes un peu lourd depuis quelque temps, je pense que c’est une mode. De plus en plus ils balancent des vannes à quatre sous, se la jouent ( ils lisent des livres savants sans image). Je ne suis pas philosophe moi, encore moins intello, je suis ouvrier. L’image incite à la lecture d’un texte pour plus de cinquante pour cent de la population. Le dessin, sans parler de la démarche artistique conforte le lecteur dans la compréhension du texte, nous n’avons pas tous ta culture « d’érudit » mon cher Finkielkraut. Pour faire court, quand on ne sait pas on ferme sa gueule… Serge

  7. p

    Bon mais de toute façon le blabla de Finkielkraut n’a pas grand chose à voir avec de la philo. Je comprends que Finkielkraut n’ait pas envie de lire des bd si il dit avoir encore énormément de chose qu’il voudrait lire dans la littérature. Cela ne pose pas de problème, tout le monde a aujourd’hui des choix à faire, nous avons accès à énormément de chose et la vie est courte. Quand Finkilekraut reconnaitra simplement qu’il est ignorant, qu’il n’a pas envie de s’y intéresser et qu’il ne peut émettre aucune opinion sur la question il sera peut être en chemin pour retrouver une pensée sérieuse. En attendant bah…

  8. p

    Bon mais de toute façon le blabla de Finkielkraut n’a pas grand chose à voir avec de la philo. Je comprends que Finkielkraut n’ait pas envie de lire des bd si il dit avoir encore énormément de chose qu’il voudrait lire dans la littérature. Cela ne pose pas de problème, tout le monde a aujourd’hui des choix à faire, nous avons accès à énormément de chose et la vie est courte. Quand Finkilekraut reconnaitra simplement qu’il est ignorant, qu’il n’a pas envie de s’y intéresser et qu’il ne peut émettre aucune opinion sur la question il sera peut être en chemin pour retrouver une pensée sérieuse. En attendant bah…

  9. Michel Weyer

    Ne sousestimez surtout pas le nombre et la qualité de celles et ceux qui, comme moi-même, voient aujourd’hui dans la protestation d’Alain Finkielkraut une mise en garde plus que bienvenue parce que susceptible de sauver encore ce qui peut l’être de la pensée et de la culture. Dire que « de toute façon le blabla de Finkielkraut n’a pas grand chose à voir avec la philo » vient d’être unanimement considéré par le cercle de lecture et de réflexion auquel j’appartiens comme l’expression la plus idiote pouvant sortir de la bouche d’un philistin.

  10. Michel Weyer

    Ne sousestimez surtout pas le nombre et la qualité de celles et ceux qui, comme moi-même, voient aujourd’hui dans la protestation d’Alain Finkielkraut une mise en garde plus que bienvenue parce que susceptible de sauver encore ce qui peut l’être de la pensée et de la culture. Dire que « de toute façon le blabla de Finkielkraut n’a pas grand chose à voir avec la philo » vient d’être unanimement considéré par le cercle de lecture et de réflexion auquel j’appartiens comme l’expression la plus idiote pouvant sortir de la bouche d’un philistin.

  11. Finkielkraut a decide d’etre la mouche du coche, de critiquer tout ce qui est intouchable, c’est une attitude salutaire, meme si parfois il en fait un peu trop.

  12. Finkielkraut a decide d’etre la mouche du coche, de critiquer tout ce qui est intouchable, c’est une attitude salutaire, meme si parfois il en fait un peu trop.

  13. schuckberry

    il ne faut pas confondre cinéma où l’on voit et écoute avec BD où l’on lit et voit .mais ce qu’ils ont de commun c’est qu’ils sont consommés passivement alors que dans un livre nous avons une part de créativité puisqu’on imagine l’illustration.

  14. schuckberry

    il ne faut pas confondre cinéma où l’on voit et écoute avec BD où l’on lit et voit .mais ce qu’ils ont de commun c’est qu’ils sont consommés passivement alors que dans un livre nous avons une part de créativité puisqu’on imagine l’illustration.

  15. tboulard

    Bon…Je suis un veritable admirateur de la BD(schuiten,tardi,sartrapi,etc…)mais il m’est impossible de nier l’existence,veritable,et ce depuis la nuit des temps,de cette lutte entre l’image et l’ecrit.Confrontation qui nous vient droit de celle entre l’oral et l’ecrit.Il me paraît tout à fait normal,que certains,dont ma personne,reflechissent à cette question(brûlante apparemment).Les remarques d’A.F sont des reflexions personnelles qui ne meritent pas qu’on le traite de la sorte.Ces remarques nourissent un debat,stop.N’allons pas plus loin…Car plus loin,si je vous lis bien…c’est le meurtre.

  16. tboulard

    Bon…Je suis un veritable admirateur de la BD(schuiten,tardi,sartrapi,etc…)mais il m’est impossible de nier l’existence,veritable,et ce depuis la nuit des temps,de cette lutte entre l’image et l’ecrit.Confrontation qui nous vient droit de celle entre l’oral et l’ecrit.Il me paraît tout à fait normal,que certains,dont ma personne,reflechissent à cette question(brûlante apparemment).Les remarques d’A.F sont des reflexions personnelles qui ne meritent pas qu’on le traite de la sorte.Ces remarques nourissent un debat,stop.N’allons pas plus loin…Car plus loin,si je vous lis bien…c’est le meurtre.

  17. yglum

    De toute façon, « tout ça n’est que littérature »

  18. yglum

    De toute façon, « tout ça n’est que littérature »

  19. yglum

    …et on ne va pas « philosopher » la-dessus pendant des mois!

  20. yglum

    …et on ne va pas « philosopher » la-dessus pendant des mois!

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