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BoDoï, explorateur de bandes dessinées – Infos BD, comics, mangas | December 3, 2016

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Kobané calling

19 septembre 2016 |
SERIE
Kobané calling
DESSINATEUR(S)
SCENARISTE(S)
EDITEUR(S)
PRIX
23 €
DATE DE SORTIE
07/09/2016
EAN
2366242263
Achat :

Zerocalcare est dessinateur, mais aussi jeune militant calfeutré dans sa Rome natale. Entraîné par une petite délégation humanitaire, l’éternel adolescent part pour Kobané, au nord de la Syrie, à la frontière turque. Là où les troupes kurdes se battent contre Daech. Ce livre est son carnet de bord.

kobane_calling_image1Le défi est considérable. D’abord, proposer plus de mille cases en noir et blanc sans ennuyer le lecteur. Ensuite, s’adresser à ceux qui ne savent pas situer Rome et Istanbul comme à ceux qui connaissent Rebibbia et le Rojava. Enfin, trouver l’équilibre entre le sensationnalisme du reportage, le détachement de l’occidental et la simplification d’une guerre racontée en petits dessins au bout d’une semaine de voyage.

Pour s’en sortir, il joue sur tous les tableaux. Avant tout, du rythme, toujours. Variation picturale, parenthèses explicatives, flashbacks, croisements d’histoires, chapitres courts. Ensuite, de l’humour, incisif et généreux. L’autodérision rapproche le lecteur du protagoniste dans ses préjugés, ses repères, ses réflexes et ses doutes. La traduction de Brune Seban préserve d’ailleurs toute l’expressivité du texte.

Enfin, et l’alchimie est prodigieuse, de l’engagement. L’Européen punk et nonchalant se retrouve au front d’un conflit aux reflets de guerre civile et mondiale. Le Kurdistan syrien est pris en étau entre Daech et un État turc répressif. Au hasard des rencontres, le personnage embrasse la cause kurde et s’étonne d’encourager le PKK, classé organisation terroriste, face à la Turquie d’Erdoğan, qui se présente pourtant comme démocratique et laïque.

Cet ouvrage brille par ses questionnements. Comment croire – et comment nier – le mal absolu qu’incarne Daech ? Que fait l’Occident au Moyen-Orient ? Quelle différence entre terrorisme et résistance ? Quel est le modèle politique idéal ? Ces interrogations, lancinantes, sont entrecoupées de détails du quotidien, de délires consciencieusement déroulés jusqu’à leur terme, de réponses prudentes, d’enthousiasme léger, de penchants assumés.

Le dessin parcourt ce relief dans un style efficace, entre expressionnisme et graffiti. L’auteur joue avec la réalité, la subjectivité, le devoir de discrétion, l’oubli des détails, l’incompréhension des langues. L’approximation est un compagnon de route qui donne au récit sa tendresse. Et cette dernière est bienvenue lorsque, en tournant une page, la barbarie tombe sans prévenir. Bref, lire Kobané calling frôle le devoir civique, et pourtant, c’est très plaisant.

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