La Fille-chat et autres histoires
La grandeur n’a rien à voir avec le tonnerre. Ni spectacle pyrotechnique, ni tumulte assourdissant ne sont nécessaires pour mettre en lumière le gouffre de nos âmes. Anneli Furmark s’est ainsi faite spécialiste de la vérité chuchotée. Livre après livre, elle susurre la tempête de nos sentiments, usant de dialogues d’une justesse confondante et d’un trait aussi fin que troublé. En témoigne sa précédente bande dessinée, Walk me to the corner qui voyait une femme mariée bouleversée par un nouvel amour. Le prouve ce recueil de cinq histoires qui pointent les tourments des relations intimes.
La forme courte sied particulièrement bien à cette auscultation des cœurs. Que ce soit dans la nouvelle qui donne le titre à cet ouvrage ou dans les quatre autres récits, la Suédoise nous offre un condensé pur de cette grâce qui la caractérise. Nous suivons ici un couple en crise en milieu festivalier, là une jeune femme en proie à de sérieux doutes sur la pertinence de sa relation amoureuse. Plus loin nous assistons à l’apparition malvenue d’une ancienne amante, aux troubles surnaturels causés par la mise en maison de retraite d’une mère et enfin aux souvenirs mystiques d’une femme aux parents divorcés. Ces situations, tirées d’un quotidien des plus banals, parviennent toutes à s’émanciper de leur neutralité par l’ajout d’un surnaturel pudique et d’une intelligence foudroyante.
Par ses histoires singulières, Anneli Furmark construit les possibilités d’une émotion universelle. On trouvera, dans chacun de ces contes, des pièces qui s’emboîtent et qui, ô surprise, formeront à la fin une image assez précise des atermoiements qui remuent chacun d’entre nous. L’échange entre le lecteur et les personnages est un flux permanent. Si la vie de ces héros nous est étrangère, les émotions qu’ils expriment sont, elles, d’une familiarité bouleversante. L’écriture aussi simple que précise de l’autrice parvient à nous rendre au souffle près les tortures mentales qu’ils subissent et qui viennent invariablement raviver les nôtres. Son dessin, minimal et vibrant, et l’utilisation timorée des possibilités du neuvième art renforcent cette atmosphère de murmures, de confidences et de communions. La Fille-chat est la démonstration que l’humanité est un partage et qu’il n’est point besoin de grands discours pour l’affirmer.






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